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Les « gilets jaunes » : un révélateur des fractures françaises

Né spontanément sur les réseaux sociaux d’une protestation contre la hausse des taxes sur le diesel, le mouvement des « gilets jaunes » doit son nom au gilet de sécurité qui doit équiper tous les véhicules automobiles français. Sentiment d’injustice fiscale devant une mesure qui taxe les « petits », quand le gouvernement se voit reprocher la suppression de l’ISF et la diminution de l’imposition des revenus du capital, rejet par la province et le monde rural de décisions prises depuis Paris, révolte de la « France périphérique » contre la « start-up nation », exaspération devant certaines déclarations publiques du président de la République, que l’on accuse de mépriser les humbles, tout ce qu’exprime la révolte des « gilets jaunes » met au jour les tensions sourdes qui fragmentent la société française et dont chacun est soudain obligé de prendre conscience. La révolte est celle des classes moyennes dites inférieures, des petits salaires, des retraites modestes, des indépendants ou des petits entrepreneurs qui ont le sentiment de peiner à « joindre les deux bouts ». À l’origine, le point commun de ceux qui vont devenir la « France des ronds-points » est de dépendre presque exclusivement de la voiture pour leurs déplacements privés et professionnels. Cette France de la ruralité et des petites agglomérations désertées par les services publics de proximité se fait rapidement le porte-voix de revendications sur le pouvoir d’achat et exprime un désarroi devant le fonctionnement de la démocratie représentative, dont ils estiment qu’elle est incapable de prendre en compte leurs préoccupations quotidiennes.

L’appel à exprimer sa colère, en bloquant les ronds-points et les péages, et en manifestant sans autorisation sur les Champs-Élysées le 17 novembre, rencontre un succès qui surprend l’ensemble du pays et des observateurs internationaux, d’autant que le mouvement ne bénéficie d’aucun appui logistique de la part de quelque organisation que ce soit. Le ministère de l’Intérieur, qui manque de références et sans doute de moyens techniques en la matière, dénombre 282 710 participants sur le territoire. Par la suite, les « gilets jaunes » maintiennent une présence permanente sur les ronds-points et, tous les samedis de novembre et de décembre, réitèrent l’opération, étendant peu à peu le champ de leurs revendications : pouvoir d’achat, rétablissement de l’impôt sur la fortune, référendum d’initiative citoyenne (RIC)… Ils expriment avant tout leur hostilité à la personne du président de la République. Numériquement, la mobilisation faiblit, mais le mouvement bénéficie d’un soutien relativement stable dans l’opinion malgré un effritement en fin d’année. Avec un temps de décalage, l’exécutif répond aux revendications initiales en supprimant d’abord l’augmentation des taxes sur le diesel, puis par plusieurs mesures portant sur le pouvoir d’achat : prime de 100 euros par mois aux foyers rémunérés au SMIC, annulation de l’augmentation de la CSG sur les retraites inférieures à 2 000 euros par mois, défiscalisation et « désocialisation » des heures supplémentaires et, enfin, possibilité offerte aux entreprises de verser une « prime de Noël » non imposable et exonérée de cotisations sociales. Dans son allocution télévisée du 10 décembre, le président de la République affirme comprendre les « colères justifiées », mais annonce son intention d’appliquer une politique de fermeté contre les atteintes aux personnes et aux biens.

Mouvement des « gilets jaunes », 2018

Photographie : Mouvement des « gilets jaunes », 2018

Apparu à la mi-novembre en réaction à la hausse des taxes sur les carburants, le mouvement des « gilets jaunes » occupe les ronds-points dans tout le pays (en haut à Montélimar, le 1er décembre 2018) avant d'organiser des manifestations dans les grandes villes et notamment à Paris,... 

Crédits : Serge Goujon (en haut), Mo Wu (en bas)/ Shutterstock.com

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En effet, les manifestations et les blocages de routes sont l’occasion d’affrontements avec les forces de l’ordre, de dégradations de commerces, de plus de la moitié des radars routiers, de péages autoroutiers, de mobilier urbain... Des permanences d’élus sont attaquées, la préfecture du Puy-en-Velay incendiée, des sculptures du musée de l’Arc de triomphe vandalisées… En fin d’année, on dénombre dix morts en relation avec les événements, principalement dus à des accidents routiers causés par les blocages de la circulation. Alors qu’une partie de l’opposition souligne les violences policières et les blessures causées par les lanceurs de balles de défense (LBD) et les grenades de désencerclement (traumatismes graves, atteintes irréversibles aux yeux, mutilations…), les soutiens de la majorité sont avant tout frappés, au-delà des agressions contre les forces de l’ordre et les journalistes, par la violence verbale et symbo [...]

Dégradation d’une statue du musée de l’Arc de triomphe lors d’une manifestation des « gilets jaunes », 2018

Photographie : Dégradation d’une statue du musée de l’Arc de triomphe lors d’une manifestation des « gilets jaunes », 2018

Le 1er décembre 2018, au cours de la troisième journée de mobilisation des « gilets jaunes » (baptisée Acte III), des manifestants pénètrent dans le musée de l'Arc de triomphe et dégradent une copie de l'œuvre de François Rude Départ des volontaires en 1792 (dite La... 

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Alexandre Benalla devant la commission d’enquête du Sénat, 2018

Alexandre Benalla devant la commission d’enquête du Sénat, 2018
Crédits : Alain Jocard/ AFP

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Célébration du centenaire de l’armistice de 1918 à Paris

Célébration du centenaire de l’armistice de 1918 à Paris
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Mouvement des « gilets jaunes », 2018

Mouvement des « gilets jaunes », 2018
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Dégradation d’une statue du musée de l’Arc de triomphe lors d’une manifestation des « gilets jaunes », 2018

Dégradation d’une statue du musée de l’Arc de triomphe lors d’une manifestation des « gilets jaunes », 2018
Crédits : Sathiri Kelpa/ SOPA Images/ LightRocket/ Getty Images

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  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 2018 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2018/