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Du monument historique au patrimoine

On pourrait, certes, faire tout d'abord l'histoire des objets désignés comme monuments historiques, à travers les différents thèmes susceptibles d'être commémorés, selon les époques et les contextes : hauts faits et grands hommes, événements et héros de la vie militaire, religieuse, politique, voire scientifique ou artistique. On pourrait ensuite faire l'histoire de ses formes privilégiées, telles que, pour l'architecture, la colonne, l'arc, la pyramide (et on remarquerait alors qu'il leur arrive aujourd'hui de subsister sous forme monumentale, mais hors de tout projet commémoratif explicite, comme avec la Grande Arche de La Défense ou la pyramide du Grand Louvre à Paris). Mais se poserait inévitablement la question, fondamentale, de la notion même de monument historique, en tant qu'elle a, elle aussi, une histoire. Car une telle notion n'est en rien un « invariant culturel », mais « une invention spécifiquement occidentale et de surcroît fort récente », comme le souligne – à la suite de l'historien d'art André Chastel – Françoise Choay dans son introduction à la traduction française de l'ouvrage de Riegl : d'où le paradoxe que constitue le caractère daté d'un objet consacré au travail d'immortalisation, et dont la définition n'a pas cessé, on va le voir, de s'étendre.

En effet, si la construction de monuments commémoratifs remonte à des temps reculés, leur perception comme monuments historiques, autrement dit comme investis d'une valeur de remémoration, n'apparaît guère avant la Renaissance, lorsque commença à se manifester, en Italie, le souci de conserver les œuvres de l'Antiquité. Mais un tel souci ne fut pas assorti d'un terme spécifique avant la période révolutionnaire. C'est en France, semble-t-il, qu'apparut pour la première fois, dans un recueil d'antiquités nationales publié en 1790, l'expression « monument historique ». Et c'est bien dans la Révolution que cette notion (tout comme d'ailleurs l'institutionnalisation des musées) prend son origine, de par cet apparent paradoxe, souligné par Dominique Poulot, qu'est « la conservation révolutionnaire des œuvres de l'Ancien Régime » : contrecoup, en fait, des destructions iconoclastes perpétrées à partir de 1789. Ainsi fut créée, dès 1790, une Commission des monuments, suivie, en 1794, d'un « Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme et sur les moyens de le réprimer » remis par l'abbé Grégoire, inventeur donc du terme vandalisme (« Je créai le mot pour tuer la chose », écrivit-il à son propos).

La succession des textes qui en portent témoignage permet de repérer cette sensibilisation progressive à la cause des monuments historiques : après la série d'ouvrages d'A. L. Millin sur Les Monuments français, publiée de 1790 à 1798, et le Rapport de l'abbé Grégoire paraîtront notamment les Considérations morales sur la destruction des œuvres d'art de Quatremère de Quincy (1815), ou encore Guerre aux démolisseurs de Victor Hugo (1825). Mais une telle sensibilisation ne trouva pas de structure politique et administrative avant la monarchie de Juillet quand, sous le ministère Guizot, fut créé en 1830 un poste d'inspecteur général des monuments historiques, confié tout d'abord à Ludovic Vitet, puis à Prosper Mérimée. Dans la même perspective fut constituée en 1837 une Commission des monuments historiques (contemporaine d'une certaine institutionnalisation de l'érudition : Société de l'histoire de France, créée en 1833, et Société française d'archéologie, en 1834).

La notion de monument historique et la systématisation d'un intérêt national à son égard furent la conséquence non d'une prise de conscience progressive des valeurs artistiques ou symboliques, mais avant tout d'une réaction aux destructions révolutionnaires, qui avaient fait des monuments, en tant qu'objets matériels, les victimes de leur fonction symbolique. C'est donc au nom de la conservation que grandit un tel intérêt, visant, comme le remarque le juriste R. Brichet, à « préserver les œuvres d'art contre les multiples dangers qui les menacent, au nombre desquels on peut citer la ruine par incurie, le vandalisme par insouciance, le dépeçage par cupidité, la défiguration par ignorance, la restauration par mauvais goût, et même le vandalisme par occultation ».

Or le souci de conservation implique [...]

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Pour citer l’article

Nathalie HEINICH, « FRANCE (Arts et culture) - Le patrimoine », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-arts-et-culture-le-patrimoine/