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BROKOFF FERDINAND MAXIMILIEN (1688-1731)

Nous trouvons en Brokoff l'un des représentants les plus notables et les plus caractéristiques du baroque tchèque, et tout d'abord par son origine : il est en effet le fils de Johann Brokoff (1652-1718), modeste sculpteur sur bois dont le nom reste attaché à la célèbre statue de saint Jean Népomucène sur le pont Charles, à Prague. Johann est l'un de ces ouvriers d'art qui avaient maintenu les vieilles traditions artisanales à travers les malheurs de la Bohême, et Ferdinand Maximilien reçoit sa formation dans l'atelier de son père où travaille aussi son frère aîné Michael Johann Josef (1686-1721). La carrière de Ferdinand, assez brève, se déroule pratiquement à Prague. À peine âgé d'une vingtaine d'années, il prend la direction de l'atelier paternel et donne alors quelques-unes de ses œuvres les plus caractéristiques ; le musée de sculpture qu'est le pont Charles lui doit la splendide figure du Turc (1714) dit le « Turc de Prague » : dolman à fourrure, grosses moustaches, turban et large panse ; c'est un personnage quasi familier, traité dans cet esprit de réalisme vigoureux qui distingue Brokoff. Quelques années plus tard, il sculpte les Atlantes qui soutiennent le portail du palais Morzin ; point de figures mythologiques, ce sont deux nègres, aux muscles et aux veines gonflés par l'effort, les sourcils froncés et l'expression plus mécontente qu'accablée ; ils ont un petit air de fête avec leurs anneaux de plumes aux bras et aux jambes, et l'on dirait que la charge qui leur est imposée ne les importune que momentanément.

La puissance de la composition plastique, jointe à un fort accent réaliste et à une légère nuance d'humour, donne ainsi à Brokoff une position toute particulière dans le courant d'ensemble de la sculpture baroque. En effet, on trouverait difficilement un artiste chez qui se sentent mieux le passage et la transition entre art de cour et art populaire, si caractéristique de l'art baroque tchèque. Les statues en bois polychrome de l'église pragoise de Saint-Gall (env. 1720), par exemple la Madeleine ou le Saint Marc, appartiennent à la même veine : œuvres à la fois monumentales et simples, où la gesticulation théâtrale inspirée des lointains exemples romains devient comme le moyen naturel par lequel s'exprime une piété naïve.

— Georges BRUNEL

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BAROQUE

    • Écrit par Claude-Gilbert DUBOIS, Pierre-Paul LACAS, Victor-Lucien TAPIÉ
    • 20 831 mots
    • 23 médias
    ...à Vienne, Rottmayr ; en Bohême, de Brandl et de Reiner ; des sculpteurs : Paul Strudel, fondateur de l'académie des Beaux-Arts ; Mathias Braun et les Brokoff, les maîtres de la statuaire du pont Charles à Prague. Au xviiie siècle, les fresquistes Maulbertsch et Lucas Kracker, l'auteur des plafonds...
  • BRAUN MATHIAS BERNARD (1684-1738)

    • Écrit par Georges BRUNEL
    • 351 mots

    Mathias Bernard Braun est, avec Brokoff, dont il se trouve pratiquement le contemporain, le plus important sculpteur tchèque du premier tiers du xviiie siècle. Tyrolien d'origine, il s'installe à Prague autour de 1710, et il faut noter que son œuvre n'aura jamais la saveur populaire de...

  • PRAGUE

    • Écrit par Universalis, Marie-Claude MAUREL, Victor-Lucien TAPIÉ
    • 5 215 mots
    • 5 médias
    ...éclatantes on citera : le palais Lobkowicz, d'Alliprandi, avec sa rotonde centrale (1703), le palais Morzin, de Giovanni Santini (1713) dont les atlantes de Ferdinand Maximilien Brokoff supportent le balcon, vision de force, que corrige la douceur des bustes de la Nuit et du Jour, et, lui donnant la réplique...

Voir aussi