LECLERC FÉLIX (1914-1988)

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Si Félix Leclerc a si bien incarné le Québec moderne, c'est que, dans sa trajectoire personnelle, il en a épousé la métamorphose : écrivain et auteur de théâtre à succès, chantre des valeurs catholiques ancestrales, il est devenu chanteur en colère, donnant voix à la révolte de tout un peuple. En France, où il imposa au public la forte saveur de ses textes, il a été (avec Brassens, Brel, Béart et quelques autres, mais un peu avant eux) le rénovateur de la chanson de qualité.

Né dans la ville pionnière de La Tuque sur la rivière Saint-Maurice, fils d'un marchand de bois et de grains, sixième d'une famille de onze enfants, Félix Leclerc a connu une enfance heureuse, catholique, tout imprégnée des vertus des colons et des beautés de la nature. Il la célèbre en poète dans son beau roman autobiographique, Pieds nus dans l'aube.

On avait pensé le destiner au séminaire, mais il quitte vite le juniorat du Sacré-Cœur d'Ottawa. En 1934, il travaille comme annonceur dans une station de radio de Québec. Il continue à Trois-Rivières, puis à Montréal (pour Radio Canada). Ses sketches, contes, séries radiophoniques plaisent à un large public. Avec des recueils de nouvelles, fables et poèmes (Adagio, Allegro, Andante, publiés en 1943 et 1944), il devient le plus populaire des écrivains canadiens-français, et le plus gros vendeur de livres, même si la critique fait la fine bouche devant sa « morale naïve ». Même succès public au théâtre, avec les Compagnons du Saint-Laurent (qui créent Maluron en 1947), puis la troupe V.L.M. (qui donne Le P'tit Bonheur en 1948) : Félix Leclerc est joué à travers tout le Québec, dans les théâtres et les patronages.

On l'entend parfois chanter sur scène, accompagnant ses propres textes à la guitare. En 1950, l'imprésario parisien Jacques Canetti le découvre et l'engage pour chanter à Paris. Le succès est immédiat : le public parisien s'engoue pour Félix Leclerc « le Canadien », pour ses chemises à carreaux, sa voix de baryton, sa belle santé de bûcheron du Grand Nord. Il devient, sans l'avoir cherché, une vedette internationale et, à son retour au pays, il triomphe aussi à Montréal. C'est au moment, paradoxalement, où la province du Québec cherche à entrer dans la modernité qu'elle se reconnaît dans la voix sans apprêt et la sagesse rustique de Félix Leclerc. Mais, là aussi, celui-ci annonce l'éclosion d'une chanson nouvelle, qui va rythmer le bouleversement de la « révolution tranquille ».

Le secret de son immense succès tient peut-être à son enracinement dans l'oralité : éclaboussures d'images denses, ellipses, plaisir de raconter. Une chanson condense une sensation, résume un mal de vivre, redit la difficile condition des paysans et des colons du Québec : telles sont celles qui ont fait la première gloire du chanteur (Le P'tit Bonheur, L'Hymne au printemps, Mac Pherson et beaucoup d'autres). Puis, en résonance avec son temps, Félix Leclerc découvre l'aliénation du pays et se révolte dans d'admirables et amples chansons, où le feu reste sensible sous la neige : L'Encan, Le Tour de l'île ou L'Alouette en colère. On connaît la vieille chanson française, si populaire au Québec, Alouette, je te plumerai. L'alouette plumée, ce fut, depuis plus de deux siècles, le Québécois, mais alors sa colère éclate. Jamais Félix Leclerc n'incarna mieux la tension de la communauté québécoise vers sa libération que lors de la grande fête francophone de Québec, en août 1974, où il chanta en compagnie de Gilles Vigneault et de Robert Charlebois.

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  • Écrit par 
  • Hélène HAZERA
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Pour citer l’article

Jean-Louis JOUBERT, « LECLERC FÉLIX - (1914-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/felix-leclerc/