TRUFFAZ ERIK (1960- )

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Né en Suisse, en 1960, mais ayant grandi en France, dans le pays de Gex, le Français Erik Truffaz se pose très tôt la question du renouvellement du matériau musical en cherchant d'emblée à donner des couleurs inédites à ses compositions. Entouré de Marcello Giuliani, Maurice Magnoni et Marc Erbetta, ce trompettiste d'exception remporte le prix spécial du jury du concours national de jazz de la Défense en 1993, puis signe en 1996 un contrat avec le célèbre label Blue Note, référence en la matière. Émule du Miles Davis électrique de la période Bitches Brew, il suit également les traces d'un autre remarquable instrumentiste, Jon Hassell. Ce dernier, co-inventeur avec Brian Eno de l'ambient et défricheur sonore, est également le créateur du « quatrième monde » (Fourth World Music), alliage de musiques traditionnelles et de traitements sonores futuristes. Fort de cet héritage et désireux d'échapper à certains clichés jazzistiques, Truffaz choisit donc d'emprunter certains climats aux musiques électroniques protéiformes, à une certaine avant-garde mais aussi aux musiques du monde acoustiques dans le style électronique qui le fascinent.

Dès 1998, il ose l'emploi de rythmiques drum and bass dans l'album The Dawn, où il met également en valeur le rappeur anglophone Nya. Il amorce l'exploration de la polyrythmie, en particulier la superposition de pulsations avec, pour rendu, des effets de découpage subjectifs caractéristiques du style break beat. Le titre The Mask exprime ainsi l'essentiel de son alphabet musical : un piano Fender nerveux, une trompette posée, une batterie dédoublée, orchestration simple rappelant les musiques de films de genre de Lalo Schifrin. Attiré par toutes sortes d'expressions vocales, le trompettiste intègre des chants soufis dans l'album Mantis (2001), et va jusqu'à puiser dans les ressources sonores du dub et de la musique jamaïcaine (Saloua, 2005).

Mais l'énergie brute peut aussi constituer la ligne directrice de Truffaz, comme en témoigne sa pièce King B de l'album The Walk Of The Giant Turtle (2003), avec sa rythmique proche du rock californien « fusion » emmenée par une basse distordue et filtrée. En adhérant au modèle créatif du groupe de rock – assemblage de musiciens complémentaires et non simple addition de solistes –, il rêve de faire sortir la musique improvisée de ses carcans formels. Sa gestion d'orchestre participative, qui le place au centre du processus, le transforme en une sorte d'agrégateur d'idées. Avec cette dynamique inédite, les tics scéniques du jazz fusion sont gommés à la faveur d'emprunts à la pop, aux musiques répétitives et électroniques, ainsi qu'aux évocations de l'Orient et de l'Afrique.

Ouverture d'esprit, qualités humaines et soif de culture caractérisent Erik Truffaz, qui, parallèlement à sa démarche musicale personnelle, cherche à se ressourcer dans de nombreuses collaborations : Pierre Henry, « pape » de la musique électro-acoustique ; Murcof, compositeur électro-minimaliste mexicain ; DJ Talvin Singh, joueur de tablā ; l'Orchestre national de jazz revitalisé par son directeur artistique, Daniel Yvinec. Autre exemple d'incursion dans des univers parallèles, Truffaz participe à l'album Free Cinematic Sessions de Sig (2008). Aux côtés du duo Stade (formé par le claviériste Pierre Audetat et le batteur Christophe Calpini), du guitariste Elliott Sharp et de l'harmoniciste Grégoire Maret, il s'immerge, avec l'album Freewheel (2009), dans une musique électronique actuelle influencée par le courant électro-acoustique. Le morceau funky et futuriste Retired Kinky Ballerines est remarquable par sa structure bruitiste élaborée sur une technique proche du hoquet qui soutient un mélodica farceur.

Bardé d'une solide culture rock et pop, comme en témoignent ses reprises de Serge Gainsbourg (Je t'aime moi non plus), des Beatles (un Come Together lascif et respectueux du dessin mélodique dans l'album Paris, avec Sly Johnson, 2008), son hommage à Robert Wyatt (Mr Wyatt, dans Paris) mais aussi ses collaborations (avec le chanteur Christophe par exemple), il admire les « faiseurs » de mélodies, tout en voyant dans le jazz des possibilités de déstructuration et de collaborations transversales. Ce q [...]

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Eugène LLEDO, « TRUFFAZ ERIK (1960- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/erik-truffaz/