VOEGELIN ERIC (1901-1985)

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Né à Cologne, Eric Voegelin philosophe politique, fait ses études de droit à l'université de Vienne, puis à New York, Harvard et Paris. Habilité Privatdozent de sociologie en 1929, il étend ses recherches à la science politique. S'intéressant aux théories biologiques sous-jacentes à la théorie de la race, il publia en 1933 Rass und Staat et Die Rassenidee in der Geistengeschichte von Ray bis Carus, six jours avant l'arrivée d'Hitler à la chancellerie puis, en 1936, Der autoritäre Staat dont la vente est interrompue au moment de l'Anschluss. Influencé par Karl Kraus et le cercle de Stefan George, Voegelin s'y efforce de protéger sa langue en dénonçant l'oppression du discours idéologique, où les symboles prétendent être des concepts alors qu'ils ne sont que des lieux communs (topoi), des « idoles », comme l'avait déjà vu Bacon.

Connu pour ses opinions antinazies, Voegelin est limogé de son poste d'universitaire en 1938 et s'exile aux États-Unis. Il enseigne successivement à Harvard, au Bennington College et à l'université d'Alabama, avant de s'installer à Baton Rouge où il demeure jusqu'en 1958, date à laquelle on l'appelle à Munich pour créer un institut de sciences politiques. Mais il retourne vivre aux États-Unis en 1969 où il devint Senior Research Fellow auprès de la Hoover Institution de Stanford jusqu'en 1985, et l'un des premiers Boyd Professor. Le prix Benjamin Evans Lippincot lui a été décerné en 1967 par l'American Political Science Association.

En 1951 paraît The New Science of Politics, dont le titre fait écho à la Scienza nuova de Giambattista Vico, esquisse du premier des six volumes d'Order and History (1956-1987). Rétablir la science politique au sens classique par opposition au positivisme dominant suppose, comme chez Léo Strauss avec lequel Voegelin entretint une correspondance soutenue, la restauration de la science (l'epistémè des anciens Grecs) opposée aux opinions (doxai). La science politique est la science de l'existence humaine dans la société et dans l'histoire, et des principes de l'ordre. Par « ordre », il faut entendre la structure de la réalité telle que nous en faisons l'expérience, soit l'ordre cosmique. Pour rendre compte du « désordre », les stoïciens inventèrent le concept d'aliénation (allotriosis), un état de retrait par rapport au moi, constitué par la tension vers le fondement divin de l'existence. Ces catégories stoïciennes seraient applicables aux phénomènes idéologiques modernes qui falsifient la réalité.

Par-delà la description des institutions représentatives, Eric Voegelin entend pénétrer la nature de la Représentation en tant que forme par laquelle une société accède à l'existence à travers l'action dans l'histoire : pour être représentatif, il ne suffit pas qu'un gouvernement le soit au sens constitutionnel, encore faut-il qu'il réalise l'idée de l'institution au sens existentiel. À la signification existentielle de la représentation, il faut ajouter sa signification transcendante : or, les problèmes spécifiquement modernes de la représentation sont liés à la redivinisation de la société : c'est sur ce point que Voegelin diverge fondamentalement de Léo Strauss.

Il propose en effet une interprétation des mouvements politiques modernes en termes de gnosticisme, qu'il reprend en 1959 dans Wissenschaft, Politik und Gnosis : le plus grand danger du gnosticisme étant qu'il repose sur un monde rêvé censé remplacer le monde réel – comme l'avait proclamé Joachim de Flore – et dont les activistes hâtent la venue par le recours à la violence. Pour caractériser la politique moderne, Voegelin a recours à d'autres concepts : l'apocalypse métastatique – la transfiguration de la réalité par un acte de foi – et, pour rendre compte du processus d'immanentisation, à celui de révolte egophanique, soit la focalisation sur l'épiphanie de l'ego, éclipsant celle de Dieu. Dans Die politischen Religionen (Les Religions politiques, 1994), publié en 1938 et qui lui valut d'être inscrit sur la liste noire de la Gestapo, Voegelin avait déjà diagnostiqué que la sécularisation de l'esprit était à l'origine de la crise moderne et responsable notamment du national-socialisme.

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Sylvie COURTINE-DENAMY, « VOEGELIN ERIC - (1901-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eric-voegelin/