LOSFELD ERIC (1922-1979)

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Dans ses savoureux Mémoires, parus quelques semaines avant son décès brutal, en novembre 1979, et qu'il a intitulés : Endetté comme une mule, ou la Passion d'éditer, Losfeld parle d'amitié, autant ou plus que de littérature. Cet « aventurier de l'édition », comme il se qualifiait lui-même, aimait la vie aussi passionnément que son métier, mais celui-ci plus que tout le reste.

Il est né à Moscroe (ou Mouscron) en Belgique flamingande, au printemps 1922, « de mère tisserande et de père inconnu », dira-t-il. Dès son adolescence, il dévore tous les livres français qui lui tombent sous la main (au point de désapprendre sa langue maternelle) et découvre la modernité en lisant Histoire d'un Blanc de Philippe Soupault, puis Jarry, lectures qui l'orientent vers le surréalisme. En 1939, il croit se tenir à l'écart de la guerre en optant pour l'armée belge (car il dispose de la double nationalité). Mais la Belgique est envahie, et, au cours de la retraite, le « soldat qui s'ennuyait » se retrouve blessé par erreur d'une balle française aux environs de Nantes : il lui en restera toute sa vie une légère claudication.

Libéré de captivité, Losfeld, sitôt la paix revenue, exerce divers métiers dans le nord de la France, puis en Afrique, avec pour seul objectif Paris. Il s'initie au métier de libraire, acquiert une grande compétence en matière de typographie et, placier en livres pour gagner sa vie, se jette dans l'édition en fondant sa propre maison, Arcanes (1952). À l'occasion de la publication de son premier volume, une anthologie des œuvres de Xavier Forneret qu'il a lui-même copiées à la Bibliothèque nationale, il entre en relations suivies avec André Breton et le groupe surréaliste.

Ses entreprises successives n'auront jamais que deux critères : son goût personnel et sa fidélité à une éthique issue des révoltes de sa jeunesse, sans couleur idéologique précise mais qui sait très bien ce qu'elle refuse (le militarisme, la religion, le racisme, par exemple). Non seulement ces choix ne garantissent guère le succès commercial, mais les prises de position de Losfeld vont lui attirer la suspicion des pouvoirs en place, trop heureux bientôt de pouvoir l'incriminer sur un autre terrain : celui de l'édition « sous le manteau » (et qu'il aura tout fait pour amener au grand jour). Après la rapide déconfiture d'Arcanes, Losfeld fonde en 1955 le Terrain vague (traduction de son propre nom). Sa boutique d'éditeur-libraire, rue du Cherche-Midi puis rue de Verneuil, devient un lieu de rencontre et un carrefour pour les courants les plus divers de l'« avant-garde » littéraire, et pour tous les esprits libres.

Inquiété à plusieurs reprises par la police pour ses ouvrages érotiques, Losfeld verra les procès se multiplier à son encontre à partir de 1960, certains pour « outrage au chef de l'État ». Ce ne sont pas seulement les « bonnes mœurs » et la « protection de la jeunesse » qui sont en cause, mais son hostilité déclarée à la guerre d'Algérie. Dans la seule année 1970, il accumule treize procès, et, en 1972, est condamné à une amende pour la simple reproduction de textes maoïstes. En 1973, il doit se résigner à fermer boutique et à entrer aux éditions Filipacchi.

Énumérer tous les auteurs publiés par ses soins serait une tâche vaine. Rappelons d'abord que si la littérature érotique est devenue à peu près libre de censure, c'est le fruit de son combat. Il a introduit, en France, la bande dessinée pour adultes. La science-fiction et la critique de cinéma avec les revues Midi-Minuit fantastique et Positif lui auront dû énormément. Il a édité et, souvent, révélé les premières pièces de Ionesco, Jacques Sternberg et Hans Bellmer, les écrits de Marcel Duchamp, mais aussi de Jean Schuster, Gérard Legrand, José Pierre, Robert Benayoun, Arrabal, ainsi que des textes rares de Sade, Nerval, Cravan, Kafka, Alphonse Allais, Eugène Sue, Picabia, A. Pieyre de Mandiargues, Henry Miller, et l'étude de J. Ferry sur Raymond Roussel. L'une de ses dernières entreprises fut la mise en route des œuvres complètes de Benjamin Péret. Il supporta les frais de quatre revues surréalistes : Médium (1952), Bief (1958), La Brè [...]

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FOREST JEAN-CLAUDE (1930-1998)

  • Écrit par 
  • Dominique PETITFAUX
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Né le 11 septembre 1930 au Perreux (Val-de-Marne), Jean-Claude Forest débute dans la bande dessinée en 1949. Il reprend en 1955 le personnage de Charlot (inspiré par le vagabond des films de Chaplin, qui avait été dessiné de 1921 à 1939 par Raoul Thomen), puis en 1959 Bicot , une bande américaine ( Winnie Winkle ) créée en 1920 par Martin Branner. C'est en 1962, dans V Magazine , que paraissent le […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gérard LEGRAND, « LOSFELD ERIC - (1922-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eric-losfeld/