FOREST JEAN-CLAUDE (1930-1998)

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Né le 11 septembre 1930 au Perreux (Val-de-Marne), Jean-Claude Forest débute dans la bande dessinée en 1949. Il reprend en 1955 le personnage de Charlot (inspiré par le vagabond des films de Chaplin, qui avait été dessiné de 1921 à 1939 par Raoul Thomen), puis en 1959 Bicot, une bande américaine (Winnie Winkle) créée en 1920 par Martin Branner. C'est en 1962, dans V Magazine, que paraissent les premières planches de Barbarella, éditées en album en 1964 par Eric Losfeld. Cette histoire, considérée alors comme une bande dessinée érotique (la première du genre en France) provoque des remous et est portée à l'écran par Roger Vadim, mais ce succès – inattendu – devait peser sur toute la suite de la carrière de l'auteur : si la grande presse a accordé une large place à la mort de Jean-Claude Forest (survenue le 30 décembre 1998 à Lagny), c'est qu'elle le considérait comme celui par qui le scandale était arrivé dans la bande dessinée française.

Jusqu'au bout, le malentendu a donc persisté, comme Jean-Claude Forest l'avait lui-même écrit en 1984 dans la revue (À suivre) : « Là où je voyais de l'humour et l'expression d'une liberté, on n'avait vu que de la fesse. » Il est en effet très réducteur de ne définir Barbarella que comme une bande érotique (il s'agit plutôt de science-fiction humoristique, à l'érotisme aujourd'hui bien anodin), et de ne retenir de son auteur que cette série, certes importante sur le plan symbolique (le film, avec Jane Fonda dans le rôle-titre, sortit en 1968), mais qui a indûment occulté le reste de l'œuvre.

En 1964, Forest, en tant que scénariste, commence avec le dessinateur Paul Gillon une saga de science-fiction, Les Naufragés du temps. Son goût pour des univers loufoques s'affirme en 1971 avec Hypocrite, une jeune femme qui fait la connaissance du monstre du Loch Ness et avec Mystérieuse matin, midi et soir, variation étonnante sur L'Île mystérieuse de Jules Verne (Barbarella, vieillie, joue le rôle du capitaine Nemo). Dans les années 1978-1982, il livre successivement au magazine (À suivre) ses trois œuvres les plus caractéristiques, qui mêlent l'aventure, l'onirisme et la poésie : Ici Même (1978), dessiné par Jacques Tardi, où le personnage principal surveille un réseau de murs entre des propriétés ; La Jonque fantôme vue de l'orchestre (1980), sur un installateur de fenêtres qui donnent une autre vision du monde extérieur ; Enfants, c'est l'Hydragon qui passe (1982), fable sur l'errance, symbolisée par l'itinéraire d'une péniche conduite par un garçon de dix ans.

Jean-Claude Forest fut aussi l'auteur de nombreuses couvertures de romans (notamment pour Le Livre de poche), de romans-photos, d'un récit pour enfants (Lilia entre l'air et l'eau, 1983). Passionné par l'histoire de la bande dessinée, il avait fait des recherches sur l'influence du Bauhaus et de l'Art déco dans les séries américaines et avait avancé l'hypothèse que la domination de la « ligne claire » dans l'univers du graphisme était liée à la révolution de la perception due à l'éclairage électrique.

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  • Écrit par 
  • Dominique PETITFAUX
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Dans le chapitre « Une bande dessinée qui s'émancipe »  : […] Un autre courant novateur est représenté par la revue Hara-Kiri , lancée en 1960 par François Cavanna et le futur « professeur Choron » (Georges Bernier). Cabu, Jean-Marc Reiser (1941-1983), Georges Wolinski (1934-2015) s'attaquent peu à peu aux tabous, ce qui ne passe pas inaperçu, puisque Hara-Kiri est frappé d'interdiction à trois reprises (en 1961, 1966 et 1970). L'éditeur Eric Losfeld provo […] Lire la suite

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Dominique PETITFAUX, « FOREST JEAN-CLAUDE - (1930-1998) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-claude-forest/