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ÉPIDÉMIES ET PANDÉMIES

Épidémies et pandémies au Moyen Âge

Les « mortalités »

Peste noire

Peste noire

Mal équipées pour produire leur subsistance et maintenues, pour une large part, en état de sous-alimentation chronique, les sociétés de l'Occident médiéval ont vécu dans une déficience biologique propice à l'éclosion et à l'expansion des maladies. Certaines d'entre elles étaient contagieuses, telle la lèpre. Celle-ci suscita, à partir du xiie siècle, les premières mesures d'exclusion visant à retrancher de la vie commune certains individus en raison de leur situation pathologique et à les réunir dans des îlots strictement fermés. D'autres maladies surgissaient périodiquement et parcouraient telle ou telle région en grandes vagues épidémiques.

Les chroniqueurs ont noté soigneusement ces accidents, les passages des « pestilences » ou des « mortalités » qui, en quelques mois, faisaient disparaître une importante fraction de la population. « En ce temps-là (997), le mal des ardents s'alluma chez les Limousins. Un nombre incalculable d'hommes et de femmes eurent le corps consumé par un feu invisible et de tous côtés la plainte emplissait la terre. Alors l'abbé de Saint-Martial de Limoges [...] et l'évêque se concertèrent avec le duc et ordonnèrent aux Limousins un jeûne de trois jours. Tous les évêques d'Aquitaine s'assemblèrent à Limoges : les corps et les reliques des saints y furent solennellement apportés de toutes parts ; le corps de saint Martial fut tiré de son sépulcre ; tout le monde fut rempli d'une joie immense, et partout le mal arrêta ses ravages » (Adémar de Chabannes). « Un secret jugement du Seigneur fit s'abattre sur le peuple la vengeance divine (1045). Un feu mortel se mit à dévorer force victimes, autant parmi les grands que dans les classes moyennes et inférieures ; il en réserva quelques-uns, amputés d'une partie de leurs membres, pour l'exemple des générations suivantes. En même temps, la population du monde presque entier endura une disette résultant de la rareté du vin et du blé » (Raoul Glaber).

Ces textes font apparaître d'abord que, pour les contemporains, l'épidémie, comme les autres accidents cosmiques inexplicables, les éclipses, le dérèglement des planètes ou les inondations, étaient des signes de la colère divine, la meilleure thérapeutique résidant par conséquent dans des rites liturgiques, des cérémonies expiatoires et les macérations d'une pénitence collective. Ils montrent aussi que le mal était étroitement lié à la disette et se développait dans une population que venait d'affaiblir une pénurie alimentaire exceptionnelle. Il est rarement possible à propos de ces éruptions épidémiques de définir la nature exacte des maladies, ni d'assurer leur caractère contagieux, non plus que de mesurer la proportion des victimes. Seule est évidente leur relation avec des carences diététiques et avec la famine.

L'épidémie de peste noire

La situation se transforme avec l'invasion de l' Europe en 1348 par la peste noire. Le changement se manifeste d'abord dans les sources qui relatent les faits : tous les chroniqueurs ont eu conscience d'être en face d'un phénomène nouveau et ont jugé nécessaire de donner une description du mal. Celui-ci est donc beaucoup mieux connu, et l'on peut dire qu'à ce moment commence véritablement l'histoire des épidémies européennes. À vrai dire, la peste avait déjà ravagé l'Occident médiéval au vie siècle. Venue d'Orient, elle sévit, pendant un demi-siècle à partir de 543, en Italie, en Espagne et dans une partie de la Gaule. Les historiens inclinent à mettre en partie au compte de cette première épidémie la régression démographique qui fit de l'Europe du haut Moyen Âge un pays très faiblement peuplé. Mais la maladie s'est alors développée[...]

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Écrit par

  • : archiviste documentaliste à l'Institut Pasteur, Paris
  • : de l'Académie française
  • : chercheur en histoire des sciences, université Paris VII-Denis-Diderot, ancien chef de service à l'Institut Pasteur
  • : professeur émérite d'histoire à l'université de Provence
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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