HANDEL-MAZZETTI ENRICA VON (1871-1955)

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À lire la vaste production romanesque de l'Autrichienne Enrica von Handel-Mazzetti, une comparaison musicale s'impose : le thème varié. Ce qu'elle écrit repose en effet sur un principe quasi exclusif : l'antagonisme entre catholicisme et protestantisme. Dans ses romans, l'auteur ne cesse de le représenter et de l'expliquer. Dans sa vie, toutefois, comme femme et comme écrivain, Enrica von Handel-Mazzetti se tient à mi-chemin des deux croyances, appliquant avec zèle la devise : Magna res est caritas, la charité est bien grande chose.

Née à Vienne d'une mère protestante et d'un père catholique, tous deux de vieille noblesse, Enrica von Handel-Mazzetti passe au couvent des religieuses de Saint-Pölten l'année qui sera, pour son œuvre, décisive. Très jeune encore, elle se met à écrire ; ses récits paraissent dans des revues, on joue ses pièces monastiques. Simultanément, elle publie des ballades et des poèmes. À l'occasion d'innombrables voyages, elle découvre, une à une, les différentes provinces autrichiennes. Les impressions recueillies en chemin seront restituées dans ses romans et dans ses essais. Le Pays de mon art (Die Heimat meiner Kunst, 1934) décrit les liens qui l'attachent aux paysages de sa patrie.

Tout comme son œuvre de jeunesse, son premier roman, Une année mémorable dans la vie de Meinrad Helmperger (Meinrad Helmpergers denkwürdiges Jahr), paraît d'abord dans un magazine pieux. Mais c'est à l'édition en volume (1900) que son auteur doit de connaître la notoriété : à l'aube du xviiie siècle, un aristocrate anglais est arrêté à Berlin, accusé d'athéisme et torturé à mort ; dans le même temps, un prêtre convertit le fils de la victime au catholicisme. Riche en rebondissements, l'ouvrage est bientôt célèbre par-delà les frontières autrichiennes.

Malgré des traits parfois trop appuyés, ce premier roman a les caractéristiques des ouvrages qui suivront : solide connaissance de l'époque décrite, reposant sur l'étude de documents historiques, tracé vif des personnages, nombre de détails justes et impressionnantes scènes de masse. En outre, Enrica von Handel-Mazzetti a déjà constitué son langage : on y reflète l'emploi d'un parler populaire, celui des vieilles chroniques, auquel viennent s'adjoindre les particularités dialectales propres à chacun des lieux où se déroule l'action. Mais, plus encore que d'un ouvrage réussi, l'auteur de Meinrad Helmperger a doté la littérature catholique d'un livre vigoureux. Au tournant du siècle, en effet, régnait une controverse à propos de cette littérature : on la disait « inférieure » à la protestante. Dans ce contexte, Meinrad Helmperger prend allure de preuve a contrario.

Pourtant, dès la parution en 1906 de son roman Jesse et Marie, Enrica von Handel-Mazzetti est en proie aux critiques acerbes des ultra-cléricaux. Le héros de son histoire, le châtelain Jesse, appartient à l'Église réformée. Marie, une catholique exaltée, l'accuse d'hérésie. Déféré en justice, Jesse assassine le prêtre qui préside le tribunal et meurt exécuté à Saint-Pölten, Marie expie sa faute ; mais la compassion qu'a éveillée le protestant est plus forte que l'impression laissée par la catholique. L'impartialité dont l'auteur fait preuve dans cet ouvrage — elle était personnellement plus proche de l'Église romaine — fut intitulée « modernisme ». Aussi, lorsqu'en 1909 paraît La Pauvre Marguerite (Die arme Margaret) — cette fois encore les sympathies du public vont sans partage à l'héroïne protestante — Enrica von Handel-Mazzetti, attaquée par les catholiques conservateurs, ne sait-elle plus se défendre que faiblement : la corde est usée.

Peu de temps après, dans la trilogie Stephana Schwertner (1912-1914), on note des signes qui ne trompent pas : le fil de l'histoire est constamment masqué par l'appareil historique ; le niveau du langage s'abaisse dangereusement et finit par frôler celui des ouvrages pour bibliothèques de gare. Si un livre ultérieur, consacré au poète baroque Johann Christian Günther (1928), vaut qu'on s'y arrête, cela est moins dû au roman lui-même — la vie licencieuse de Günther jusques et y compris son repentir avant la mort — qu'à l'essai qui le précède, où l'auteur, s'efforçant de retracer la genèse de l'œuvre, expose, dans un document autobiographique, ses incertitudes et sa fièvre intellectuelle. Enrica von Handel-Mazzetti continuera d'écrire, mais on ne trouve plus trace dans ses derniers romans de l'élan qui animait sa plume lorsq [...]

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Lore de CHAMBURE, « HANDEL-MAZZETTI ENRICA VON - (1871-1955) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/enrica-von-handel-mazzetti/