RERUM NOVARUM ENCYCLIQUE (1891)

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Titre d'une encyclique du pape Léon XIII, la première sur la question ouvrière. Publiée le 15 mai 1891, elle avait été préparée par le mouvement social catholique qui avait été amorcé en Allemagne par Mgr Ketteler et s'était développé au cours des années 1880 en France autour de La Tour du Pin et de Léon Harmel, en Autriche autour de Vogelsang, en Italie autour de Toniolo et du groupe romain de Mgr Jacobini, et enfin, à partir de 1885, par les réunions annuelles de l'Union de Fribourg. L'occasion immédiate en fut un rebondissement en 1890 de la controverse entre catholiques à propos du droit d'intervention de l'État en matière sociale. Toutefois, résultat d'initiatives multiples nées en dehors de Rome, elle n'en reste pas moins l'œuvre de Léon XIII, qui, tout en n'écrivant rien de sa main, imposa partout sa pensée et même sa griffe.

Elle développe successivement les thèmes suivants : réfutation de la solution socialiste de la question sociale et démonstration de la thèse selon laquelle la propriété privée est de droit naturel ; justification de l'intervention de l'Église dans les affaires sociales en vue d'alléger la « misère imméritée des travailleurs » ; droit d'intervention de l'État dans la vie économique, à l'encontre de la théorie libérale du « laissez faire », notamment pour la détermination du juste salaire et une meilleure distribution de la propriété entre les hommes ; utilité des associations professionnelles ainsi que des organismes érigés par les catholiques en faveur des travailleurs.

On peut, grâce à la publication de Mgr G. Antonazzi des divers avant-projets (L'Enciclica Rerum Novarum, testo autentico e redazioni preparatorie dai documenti originali, Rome, 1957), suivre l'élaboration progressive du texte. On y constate notamment comment — du premier projet rédigé par le père Liberatore, jésuite, à la nouvelle rédaction due au père Zigliara, dominicain, et enfin au texte définitif, revu minutieusement par le pape lui-même — l'idée d'un régime corporatif s'efface progressivement au profit de celle des associations professionnelles, envisagées comme devant regrouper autant que possible patrons et ouvriers, sans imposer toutefois cette formule, ce qui revenait à tolérer officiellement l'existence des syndicats purement ouvriers (l'incise concernant ce point fut insérée en dernière minute). En revanche, si l'option initiale, opposée au libéralisme excessif de l'école d'Angers et favorable à l'intervention de l'État dans la vie économique et sociale, fut maintenue, les nombreuses nuances et sourdines introduites progressivement dans le texte marquent avec quelle prudence et quelles hésitations le Saint-Siège s'engageait dans cette voie. Il faut d'ailleurs, pour comprendre celles-ci, tenir compte du fait que, tout en voulant réagir au nom de la tradition scolastique contre une conception individualiste de la société et de la propriété, Léon XIII était fort soucieux de ne pas donner de gages aux allures totalitaires que présentait souvent le socialisme doctrinaire de son temps.

Il est certain que cette encyclique fut en partie inspirée par la crainte de voir les ouvriers catholiques passer de plus en plus nombreux au socialisme et il faut bien reconnaître qu'elle se limite trop souvent à des considérations moralisantes et à des généralités abstraites, sans procéder à une analyse de la situation réelle créée par le développement du capitalisme. Mais elle présente aussi des aspects plus positifs. Alors que la plupart des catholiques sociaux des décennies précédentes étaient des nostalgiques de l'ancienne société à prépondérance rurale, qui réagissaient contre la société bourgeoise dans une perspective précapitaliste et préconisaient le retour au corporatisme d'Ancien Régime plus ou moins modernisé (ce qui, dans le monde de la grande industrie moderne, représentait une impasse), Léon XIII a eu le mérite de se dégager de ces utopies romantiques pour se placer avec réalisme sur un terrain analogue à celui du socialisme réformiste, cherchant l'amélioration de la situation de la classe ouvrière dans le cadre des situations existantes, y compris le syndicalisme ouvrier. D'autre part, il n'était pas sans importance que les droits des travailleurs et l'injustice du système libéral intégral fussent solennellement proclamés par la plus haute autorité spirituelle, [...]

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Pour citer l’article

Roger AUBERT, « RERUM NOVARUM ENCYCLIQUE (1891) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/encyclique-rerum-novarum/