MIRARI VOS ENCYCLIQUE (1832)

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Promulguée par le pape Grégoire XVI, l'encyclique Mirari vos fut publiée le 15 août 1832. Le Saint-Siège ayant été de divers côtés, y compris par Lamennais lui-même, saisi au sujet des doctrines de L'Avenir, l'examen en fut confié à la congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires. Les consulteurs furent unanimes à estimer que le pape ne pouvait garder le silence sous peine de paraître approuver des doctrines qu'ils jugeaient subversives ; mais, comme la mise au point d'une liste de propositions condamnées aurait pris trop de temps, ils proposèrent à Grégoire XVI de profiter de son encyclique inaugurale pour désavouer, sans désigner explicitement L'Avenir, les thèses de ce journal. Un projet présenté par Mgr Frezza, secrétaire de la congrégation, fut ratifié le 9 août.

Après un tableau sombre de la situation que Grégoire XVI avait trouvée à son avènement et un renouvellement des condamnations contre le rationalisme et le gallicanisme, si vigoureusement dénoncés par Lamennais depuis quinze ans, l'encyclique s'en prenait avec une extrême violence au libéralisme sous ses différentes formes, « cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire, selon lequel on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience » : la liberté de la presse, « liberté exécrable pour laquelle on n'aura jamais assez d'horreur » et dont il est illusoire d'attendre d'heureux résultats, l'excitation à la révolte contre les princes (ce point était développé avec un pathos particulier), la séparation de l'Église et de l'État. Ni Lamennais ni L'Avenir n'étaient explicitement nommés, mais toutes les thèses qu'ils défendaient étaient rejetées. Toutefois, le fait qu'on n'ait pas considéré à Rome cette encyclique comme une condamnation de la récente Constitution belge montre qu'on entendait en rester au niveau des principes et qu'on acceptait de tolérer le régime de libertés modernes dans certains cas exceptionnels, à condition que les droits essentiels de l'Église fussent sauvegardés. Ce qui était condamné, c'était l'affirmation que l'égalité de droit pour tous les cultes et la liberté de diffusion de n'importe quelle doctrine constituaient un idéal et un progrès. On condamnait également la doctrine de la souveraineté populaire, en s'inspirant davantage des théoriciens du droit divin des rois que des vues aristotéliciennes de saint Thomas sur l'origine du pouvoir, ce qui provoqua des réactions chez certains dominicains, même à Rome où ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls à faire des réserves sur l'opportunité de l'encyclique ou sur son autorité.

Les archives, que P. Dudon (Lamennais et le Saint-Siège, 1911) a pu consulter, montrent que les arguments invoqués par les consulteurs ont été avant tout d'ordre théologique : on reprochait à l'apologie mennaisienne du libéralisme de « dériver d'un certain indifférentisme religieux que la foi réprouve » et on opposait aux considérations sur la souveraineté populaire des textes scripturaires tels que : « Tout pouvoir vient de Dieu. » Il n'est cependant pas impossible que la conviction des cardinaux et du pape lui-même quant à l'urgence d'une intervention ait été renforcée par des facteurs non théologiques tels que de nouvelles insistances diplomatiques de la part des gouvernements autrichien, français et russe ou la recrudescence de l'agitation libérale dans les États de l'Église.

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Roger AUBERT, « MIRARI VOS ENCYCLIQUE (1832) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/encyclique-mirari-vos/