DUNHUANG [TOUEN-HOUANG], site archéologique

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Jusqu'à la fin du xixe siècle, l'oasis de Dunhuang, à l'extrémité ouest de l'actuelle province du Gansu, était connue en Chine surtout comme l'une des quatre commanderies fondées à la fin du iie et au début du ier siècle avant notre ère, aux confins des « Territoires d'Occident ». Dunhuang s'était révélée bientôt comme la plus importante de ces places fortes qui permirent d'entreprendre la colonisation de l'actuelle région du Xinjiang et d'assurer l'expansion de la Chine vers l'Asie centrale. Étape de la célèbre route de la soie et d'une des principales voies de circulation du bouddhisme de l'Inde vers la Chine, Dunhuang et ses environs devinrent, dès le ive siècle, un site remarquable pour ses activités religieuses : au cours des âges, près de cinq cents grottes furent creusées, sculptées et décorées pour vénérer le bouddhisme et de nombreux monastères y furent établis. Tombé peu à peu dans l'oubli, surtout à partir du xive siècle, l'endroit fut à nouveau remarqué par les explorateurs européens qui sillonnèrent l'Asie centrale à partir des années 1860, qu'il s'agisse du Russe Nikolai Prjevalskij, du Hongrois Lajos de Loczy ou du Français Charles-Eudes Bonin. Mais ce qui assura la célébrité du lieu fut la découverte retentissante, opérée de manière fortuite, d'un véritable trésor archéologique, dans l'une des grottes de l'ensemble de Mogao.

Buddha Sakyamuni

Photographie : Buddha Sakyamuni

Une représentation de Buddha Sakyamuni, datant de l'époque des Wei du Nord (386-534). Cette peinture murale fut retrouvée dans les grottes de Mogao, sur le site de Dunhuang, dans la province chinoise du Gansu. 

Crédits : International Dunhuang Project/ Middle Way Education ; CC BY-SA 3.0

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Une cache, murée depuis quelque dix siècles, fut ouverte inopinément lors de travaux de restauration par le gardien des grottes, en 1899 ou plus probablement en 1900. Elle contenait près de cinquante mille manuscrits sur papier, entiers ou fragmentaires, non seulement en chinois, mais aussi en tibétain et, dans une moindre mesure, en sogdien, en khotanais et en turc ouïgour. S'y ajoutaient des textes imprimés, les plus anciens du monde, des peintures sur soie et sur chanvre et des dessins sur papier, au nombre de près d'un millier, des tissus enfin et quelques objets de bois. La cachette fut bien vite refermée sur avis des autorités locales afin d'éviter les complications. Pourtant la rumeur de la découverte se répandit. Quelques manuscrits et peintures furent donnés à des magistrats résidant au Gansu et jusqu'à Urumchi au Xinjiang. L'attention des archéologues et des savants, qui peu à peu s'étaient substitués aux explorateurs, fut attirée. Ce fut d'abord Aurel Stein (1862-1943), au service de l'empire britannique, puis le jeune et brillant sinologue français Paul Pelliot (1878-1945) qui, l'un en 1907 l'autre en 1908, se rendirent à Dunhuang au cours de leurs missions archéologiques et acquirent plusieurs milliers de manuscrits et des centaines de peintures. Aurel Stein reviendra en 1913 pour acheter 600 manuscrits supplémentaires. Une autre mission, japonaise, conduite par Tachibana Zuichō, puis une mission russe, à la tête de laquelle se trouve Sergei Oldenburg, parviennent à Dunhuang à la même époque, en 1911 et en 1914. Entre-temps, Pelliot, avant de rentrer en France, s'est arrêté à Pékin et a fait part de sa découverte aux savants chinois. Comprenant l'importance extrême de la découverte, les autorités impériales donnent l'ordre, en 1910, de ramener à Pékin ce qui restait du trésor. Près de dix mille manuscrits en chinois furent ainsi acheminés jusqu'à la capitale. Les manuscrits en d'autres langues semblent avoir été délaissés. Mais comment comprendre que les missions européennes aient pu acquérir après 1910 plusieurs centaines de manuscrits et près de dix mille fragments ? L'ordre de rapatriement avait-il été imparfaitement suivi ? Ou bien avait-on mis de côté une masse de documents pour en faire commerce ? S'est-on mis, comme on le prétend maintenant, à contrefaire des manuscrits en grand nombre pour les écouler auprès d'archéologues naïfs ? Il est difficile de répondre nettement sur ces points. Ce qui est sûr, c'est que parmi les divers fonds dispersés entre Londres, Paris, Delhi, Pékin, Kyoto, Saint-Pétersbourg auxquels s'ajoutent des collections mineures, privées ou publiques, en Chine, au Japon ou en Europe, la collection Pelliot et la collection Stein révèlent à elles seules la richesse extraordinaire de ces matériaux datant d'entre le ve et le xe siècle. Non seulement, ils ont permis le renouvellement des études de l'histoire économique et sociale de la Chine méd [...]

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Pour citer l’article

Jean-Pierre DRÈGE, « DUNHUANG [TOUEN-HOUANG], site archéologique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dunhuang-touen-houang-site-archeologique/