HANSON DUANE (1925-1996)

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Les œuvres du sculpteur américain Duane Hanson sont surtout connues du public par leurs reproductions dans les ouvrages consacrés au pop art ou à l'hyperréalisme. Figure emblématique de la culture de masse, aussi connue que la Marilyn de Warhol, sa grosse dame, la cigarette au coin des lèvres, conduisant un caddie débordant de victuailles achetées au supermarché (Market Lady, 1969) est l'image la plus connue de l'œuvre de Hanson. Quelque peu grotesque, elle résume parfaitement le projet de l'artiste qui refuse toute forme d'idéalisme pour revendiquer au contraire une réalité crue de la sculpture et, par là même, de la figuration humaine.

Né en 1925 à Alexandria (Minnesota) dans une famille de fermiers, Duane Hanson fait, entre 1944 et 1947, des études artistiques dans différentes universités ; en 1951, il est diplômé de l'Académie d'art de Cranbrook (Michigan), année où il commence à enseigner. Sa première exposition personnelle a lieu en 1952, à la Wilton Gallery (Connecticut). Dans les années 1950, il voyage et enseigne en Europe, notamment en Allemagne où il demeure quatre ans. Sa première exposition personnelle en Europe se tient à la galerie Netzel, à Worpswede (Allemagne de l'Ouest) en 1958. C'est d'ailleurs un artiste allemand, George Grygo, qui lui fera découvrir l'année suivante ses futurs matériaux de prédilection : la résine de polyester et la fibre de verre. En 1961, il retourne enseigner aux États-Unis. En 1967, il termine War, sculpture lourde de critique sociopolitique, et dans laquelle il utilise pour la première fois ces nouveaux matériaux. En 1968, sa première exposition personnelle à New York scandalise ou révolte les spectateurs. Trop proches de la réalité, tant par leurs thèmes que par leur apparence, ses sculptures dérangent en effet par leur forte présence. Sont ainsi produites des séries très violentes, dont les thèmes stigmatisent la guerre du Vietnam, les accidents de la route, les luttes raciales, ou encore l'existence des sans-abri – notamment Bowery Derelicts, achevée en 1969, qui clôt le cycle des sculptures choquantes et une période d'engagement social.

La notoriété de Hanson s'étend grâce aux critiques élogieuses qui accueillent sa participation à la Documenta 5 de Kassel en 1972, et de nombreuses expositions lui sont consacrées en Europe et surtout aux États-Unis au cours des années 1970. Alors qu'il semblait un peu oublié, le Moderna Museet de Stockholm lui consacre une rétrospective en 1985.

Bien que les sculptures de Hanson empruntent à l'esthétique des œuvres d'Edward Kienholz et de George Segal, et même à certains de leurs procédés de fabrication, leur réalisme appuyé indique immédiatement ce qui les en distingue. À partir de moulages en plâtre considérés comme des négatifs, moulages réalisés sur des corps d'amis ou de proches, Hanson tire des positifs fabriqués en polyester, en résine et en fibre de verre. Quand la figure est complètement terminée, il la peint de couleur chair, allant jusqu'à représenter les poils de la barbe, les plis de la peau, les points noirs, la saleté sous les ongles ou encore les varices ; il l'habille avec de véritables vêtements et l'entoure parfois de divers accessoires. Les personnages de Hanson représentent tous la middle class américaine dans ses actions de tous les jours, et sans aucune complaisance pour leur aspect physique, leurs goûts ou leurs styles, puisqu'il s'agit de personnes qui existent réellement. L'artiste semble avoir constitué une sorte de typologie de ses contemporains, puisque l'on y trouve presque toutes les couches moyennes de la société américaine, réparties par corps de métiers ou par activités (ouvrier, commerçant, secrétaire, garagiste, maçon, camionneur, ménagère, retraité, pompiste...), mais aussi les représentants des « classes du loisir » (footballeurs, athlètes, touristes, boxeurs, danseuses, motards), ou encore des étudiants, des rockers, des marginaux, des petits enfants. Leurs poses et leurs regards, minutieusement travaillés, incitent le spectateur à analyser leur personnalité, car l'illusion est telle qu'il peut aisément discerner dans leurs expressions la peur, l'angoisse, la joie, la fatigue, l'arrogance, le plaisir, la solitude, etc., bref, l'éventail des principales émotions humaines. Chaque sculpture de Hanson – qui n'est cependant pas toujours une réplique absolue de ce qu'est réellement son modèle – cherche simultanément à [...]

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Écrit par :

  • : professeur en esthétique à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, critique d'art

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  • Élisabeth LEBOVICI
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Pour citer l’article

Jacinto LAGEIRA, « HANSON DUANE - (1925-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/duane-hanson/