DOUCET JACQUES (1924-1994)

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Peintre français. Pour Jacques Doucet, seuls comptent les jeux de la matière, ceux dont il peut varier à l'infini les textures et ceux dont il tire parti avec subtilité et fantaisie dans ses peintures, ses papiers collés et ses « pétrifications ». Artiste solitaire, encouragé dès 1941 par Max Jacob, qui lui trouve de l'humour, il est un des rares peintres français à se sentir, en compagnie d'Atlan, des affinités avec l'éclatement de révolte mené par les membres du groupe Cobra. De 1947 à 1948, il est membre du Surréalisme révolutionnaire, groupe fondé à Bruxelles par Christian Dotremont et à Paris par Noël Arnaud. Il participe à la première manifestation du mouvement au Stedelijk Museum d'Amsterdam en 1949 et figurera à l'ultime confrontation de Liège deux ans plus tard. Ses premières œuvres (Crépuscule, 1948, coll. D. Gelin, Paris ; Prenez garde aux hirondelles, 1948, coll. part., Paris), qui évoquent avec moins de violence l'art du Néerlandais Karel Appel, sont inspirées par les dessins d'enfants et les graffiti. Dans ses agencements de lignes et de couleurs, Doucet, qui ne se reconnaît que deux maîtres, Paul Klee et Joan Miró, retrouve les signes naïfs et simples, tendres et poétiques, parfois pleins d'humour et de cruauté, mais toujours chargés d'une énergie libératoire, qui se lisent sur les trottoirs ou sur les murs des rues et des prisons. Partant de ces signes, le peintre organise progressivement les métamorphoses de son propre monde imaginaire, où les harmonies extrêmement claires de gris, d'ocres et de bleus tempèrent la tendance à l'abstraction lyrique et au gestuel et confèrent à son œuvre un intimisme poétique et méditatif. Ses peintures (Forêt pétrifiée, 1966-1967, musée d'Aalborg ; Peinture, 1955, Carnegie Institute, Pittsburgh ; Quête des sources, 1970, coll. Ercole Rossi, Turin, Nouveau Monde Orénoque, 1979), ses papiers collés, papiers déchirés devrait-on dire, eux-mêmes peints, crayonnés ou couverts d'encre, ses pétrifications, alchimies plastiques qui ajoutent une dimension supplémentaire au tableau traditionnel, sont pour Doucet autant de possiblités de conférer à la matière onctueuse et vivante, et à ses subtiles variations d'empâtement, une valeur picturale absolue.

—  Guillaume GARNIER

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Pour citer l’article

Guillaume GARNIER, « DOUCET JACQUES - (1924-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/doucet-jacques-1924-1994/