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RAFFET DENIS AUGUSTE MARIE (1804-1860)

« Raffet ! le plus grand nom de l'estampe originale du siècle. Ce n'est pas encore assez dire : l'un des plus grands noms de l'art français. » Ce jugement hyperbolique et catégorique d'un amateur aussi averti qu'Henri Béraldi, qui a dressé le catalogue de l'œuvre gravé, doit faire réfléchir. Raffet n'est pas seulement l'épigone de Charlet dont il reçut technique et thèmes. Moins anecdotique, moins amuseur que son maître, il sut donner à ses planches lithographiques un souffle poétique et une puissance de composition qui n'ont d'équivalent à cette époque que dans les planches de Delacroix. La variété de l'inspiration surprend. Les 1 800 lithographies (parues en recueils ou en illustrations de livres, comme l'Histoire de Napoléon, de Norvins, 1839, l'Histoire de l'Algérie ancienne et moderne, de Galibert, 1843) n'intéressent pas uniquement l'épopée et la légende napoléoniennes, dont l'art de Raffet a été un élément constitutif ; telles évoquent les guerres de la Révolution, le siège d'Anvers (24 planches, 1833), la conquête de l'Algérie (retraite et prise de Constantine, 18 planches, 1837-1838), l'expédition et le siège de Rome (1849, série terminée en 1859). Enfin, et surtout, le reportage fait à l'occasion du voyage de Raffet, en 1837, avec le prince Demidoff, en Russie méridionale, en Crimée et en Turquie (100 planches, 1837-1848) constitue un des ensembles les plus puissants, malheureusement trop oublié, de l'orientalisme français. Dans cette œuvre d'une inspiration tendue, où la caricature politique, à la différence des autres lithographes du temps, tient une place restreinte, la célébration des fastes militaires et héroïques de la France contemporaine est le thème principal. Raffet, sans jamais sacrifier au détail pittoresque, et dans un format limité, s'impose comme le grand peintre de batailles du romantisme, et parvient à exprimer le jeu des forces en mouvement (Combat d'Oued-Alleg, 31 déc. 1839 ; Retraite du Bataillon sacré à Waterloo). En même temps, qu'il peigne Un représentant du peuple à l'armée du Rhin ou Bonaparte en Égypte, il sait souvent trouver des compositions dont la présentation en frise vient des meilleures traditions de l'École. Raffet a su méditer l'exemple de Géricault et, bien sûr, celui de Gros dont il fut un moment l'élève et de qui son dessin reçut à jamais ses qualités d'énergie et de nervosité. Enfin, avec le seul recours du noir et blanc, il peut atteindre au fantastique, comme dans la célèbre Revue nocturne et dans La Fuite des Arabes de Constantine, qui sont parmi les grandes réussites du romantisme visionnaire et épique.

— Bruno FOUCART

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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