DANS LA VILLE CHINOISE (exposition)

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Annoncée sous le titre « Chine, villes d'ombre, villes de lumière », l'exposition consacrée aux villes chinoises et présentée du 18 juin au 19 septembre 2008 par la Cité de l'architecture et du patrimoine, à Paris, a finalement pris un nom plus générique : Dans la ville chinoise. Regards sur les mutations d'un empire. Il faut dire que, un quart de siècle après l'exposition organisée par le Centre Georges-Pompidou sur le thème de l'Environnement quotidien en Chine (1982), le contexte, radicalement nouveau et particulièrement chargé (tremblement de terre dans la région du Sichuan, retour sur la scène internationale de la question du Tibet, jeux Olympiques de Pékin), rendait difficile une exposition à message ou portant un titre par trop ambigu. Coproduite avec le Centre de culture contemporaine de Barcelone (CCCB), qui l'a présentée du 4 novembre 2008 au 22 février 2009, l'exposition a été conçue par Frédéric Edelmann qui, depuis une dizaine d'années, suit avec attention l'évolution de l'urbanisme et de la création architecturale en Chine, avec le concours de Françoise Ged, responsable de l'Observatoire de l'architecture de la Chine contemporaine.

Dès l'entrée dans les galeries d'exposition du palais de Chaillot, la scénographie de l'architecte catalan Enric Massip et les premiers documents présentés donnaient le ton : dans des salles sombres, une atmosphère de quasi-recueillement invitait à pénétrer dans cet « empire des signes » qu'est la Chine. Inspirée par l'exergue du Chinois de la douleur (1986) de Peter Handke – « Ferme les yeux et le noir des caractères va faire apparaître les lumières de la ville » –, la première section de l'exposition mettait en relation l'écriture et la ville, au moyen d'œuvres très diverses : stèles gravées, briques funéraires, sceaux, machine à écrire, vidéos… Suivait la présentation, très impressionnante, de six reproductions de stèles de Suzhou qui, du xiiie siècle au xviiie, synthétisent la naissance et le développement des villes dans l'ancien empire. Plus qu'un panorama des transformations récentes dans un pays dont l'urbanisation est probablement la plus spectaculaire jamais enregistrée, l'objectif des commissaires était bien de donner au visiteur des clés de lecture, aussi bien sur les modes de ce développement inouï que sur l'identité et la spécificité de la ville chinoise traditionnelle.

Cartes, dates et données statistiques, photographies anciennes et récentes conféraient à l'exposition une très appréciable dimension pédagogique, tandis que les prêts consentis par des fonds prestigieux (musées Guimet et Cernuschi à Paris, université Tongji à Shanghai) offraient une approche concrète au travers de quelques œuvres emblématiques. Une certaine impression de désordre – inspirée par la complexité du sujet lui-même ? – pouvait cependant désorienter le visiteur à la vue d'objets et de supports aussi variés, portant sur des thématiques elles-mêmes multiples : l'eau (bienveillante et menaçante), la terre, le fengshui, la famille, la construction traditionnelle, sans parler de l'histoire. Une histoire ancienne d'une extrême richesse, qui a laissé des ensembles architecturaux uniques au monde et de fascinants paysages urbains, et une histoire récente dont la violence et l'intensité ont conduit à la destruction massive de ce patrimoine.

Parmi les points forts de l'exposition, l'ensemble de six portraits de villes donnait la mesure des transformations en cours : de Suzhou, « Venise de l'Orient », à Pékin, capitale aux six périphériques – le premier n'est autre que la muraille de la Cité interdite –, en passant par Xi'an, Chongqing ou encore Canton et Shanghai, l'emprise du phénomène urbain inspire un mélange de fascination et de crainte. La vitalité que traduit cette expansion trouve en effet son revers dans la disparition à grande vitesse de structures urbaines ancestrales et une détérioration galopante de la qualité de l'environnement. Le gigantesque plan-relief de Pékin, prêté par l'Institut d'urbanisme de la ville, permettait notamment de juger de l'ampleur des chantiers menés à bien au cours des années 2000 (Opéra national, stade olympique, siège de la télévision, etc.).

On notera enfin la place faite à l'audiovisuel dans cette exposition : plusieurs heures étaient en effet nécessaires pour visionner la totalité des vidéos documentaires, films d'archives et de fictions, ces derniers ayant été réalisés spécifiquement pour l'exposition, avec le concours du Centre de culture contemporaine de Barcelone et sous la conduite du réalisateur Jia Zhangke.

En contrepoint à cette présentation de la ville et des villes en Chine, une partie centrée sur la création architecturale contemporaine et intitulée « Positions, portraits d'une nouvelle génération d'architectes chinois » permettait de mettre en évidence quinze des plus grands talents de cette nouvelle scène mondiale. Se démarquant des produits sans identité sortis des instituts de projet, plusieurs agences (MADA spam, Agence MAD, Agence Z+, Fake Design...) ont développé un savoir-faire et une sensibilité qui allient références à la tradition chinoise et emprunts à la construction occidentale. Il était notamment frappant de constater la prégnance, dans les réalisations exposées, du travail sur l'enveloppe et les matières, longtemps propre au rationalisme suisse, et diffusé depuis sur la planète entière. De ce point de vue, la ville et l'architecture chinoises apparaissent l'une et l'autre comme des manifestations paroxystiques de la mondialisation.

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Simon TEXIER, « DANS LA VILLE CHINOISE (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dans-la-ville-chinoise/