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DADA (exposition)

Rien n'est plus étranger à l'esprit dada que la consécration. Le rejet de toute autorité et l'abandon du culte de la personnalité constituent même les rares principes qui ont animé, de 1916 à 1922, la geste dada. En effet, avant même d'être à l'origine de certaines des œuvres les plus importantes du xxe siècle, ce « mouvement » – qui faisait l'objet, au Musée national d'art moderne-Centre Georges-Pompidou, du 5 octobre 2005 au 9 janvier 2006, d'une première exposition à Paris –, fut d'abord une remise à plat radicale de tous les dogmes et croyances érigés durant les siècles précédents au nom du Progrès et de la Raison.

Aux systèmes successivement affirmés et périmés, l'artiste dada cherche à substituer une absence de système, à définir un terrain où détachement et ironie, non-conformisme, insolence et spontanéisme installent un chaos créateur. Dans cette négation radicale des valeurs, l'art, qui dans la conception humaniste représente l'accomplissement de l'individu, déchoit de sa hauteur. Ce ne sont pas seulement les modèles et les projets de cet idéalisme que Dada cherche à renverser, mais le champ d'action et la fonction même de l'artiste au sein de la société qu'il souhaite redéfinir.

Les formes de ce rejet sont innombrables, parfois contrastées, selon les lieux, les individus et le contexte politique dans lequel les divers avatars du mouvement trouvent à s'exprimer. À Zurich, sur la scène du Cabaret Voltaire, ce sont les rythmes primitifs scandés dans le brouhaha et l'incohérence que de jeunes révoltés, souhaitant échapper à la barbarie de la guerre, font retentir. À Paris, Picabia distille ses provocations et exalte dans ses revues un humour corrosif. À New York, Duchamp et Man Ray élisent objets, matières ou mots dans un geste d'indifférence et d'élégante paresse qui semble retirer à ces derniers tout poids et importance. Au contraire, les protagonistes de Dada-Berlin pourfendent, à l'aide d'images violentes, les pouvoirs en place, appelant à un monde meilleur. De son côté, Schwitters, à Hanovre, récolte sur la voie publique les débris d'une civilisation malade, s'efforçant dans ses collages de colmater les brèches d'un monde à la dérive. Au cours de ces brèves années, toutes les attitudes se voient autorisées et d'innombrables procédés sont inventés en vue de ruiner la temporalité ordinaire et de briser l'espace commun. Partout on s'efforce, par le son, par l'image, par un comportement scandaleux ou absurde, à favoriser l'émergence d'énergies brutes et vitales.

La tâche des organisateurs de l'exposition n'était pas aisée. Comment, en effet, répondre à ces principes de désordre, d'insolence et de non-fixité sans risquer de momifier et d'immobiliser l'élan de vitalité qui caractérise le mouvement dada ? Plutôt que de recourir à la chronologie qui aurait recréé une continuité bannie par ces artistes, Laurent Le Bon et son équipe ont choisi de fractionner l'espace en petites cellules. Pour éviter de conférer une logique consciente aux activités diverses et parfois contradictoires des dadaïstes, ont été choisies l'abondance, l'accumulation et la confusion qui leur étaient chères. Rarement exposition aura contenu autant de documents, et bien peu de pièces essentielles manquent à l'appel.

Ce qui pourrait apparaître comme un défaut se révèle un facteur essentiel de la réussite de cette exposition. Le désordre répond ainsi au désordre. Et le côté cannibale de Dada, son foisonnement, la prolifération de proclamations, manifestes et poèmes, se trouvent justement illustrés. L'exposition rappelle l'importance des revues, aussi nombreuses qu'éphémères, inventives chaque fois, fabriquées presque toujours à la hâte, imprimées[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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