JÜRGENS CURD (1915-1982)

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Grand comédien de théâtre et vedette de nombreux films allemands des années 1930 et 1940 – dont la plupart restent inconnus du public français, à l'exception de Valse royale, Opérette ou L'Ange à la trompette – Curd Jürgens né à Solin (Bavière) ne trouvera la consécration internationale qu'en 1955 avec un film de Helmut Käutner, Le Général du diable, où il compose une figure rassurante de séducteur quadragénaire à l'opposé des habituelles figures d'officiers tourmentés ou pervers. Bien qu'il ait souvent incarné des personnages hors du commun, aussi disparates que Michel Strogoff au cinéma (1956) et Sigmund Freud au théâtre, il n'était pas un personnage mais plutôt une présence physique, qu'il a promenée avec une sorte d'élégante nonchalance au cours de sa longue carrière (près de 100 films). Une grande composition dramatique aux côtés de Maria Félix et d'Yves Montand dans Les héros sont fatigués d'Yves Ciampi (1955) lui vaudra au festival de Venise la coupe Volpi décernée au meilleur acteur étranger. C'est alors l'engrenage des « rôles nobles » : il devient en quelque sorte l'héritier de Victor Francen, voire de Pierre Blanchar, dans les remakes de Katia (1959) ou de L'Ange bleu (ibid.). Il parvient toutefois à ne pas trop stéréotyper son personnage grâce à des apparitions plus nuancées dans Et Dieu créa la femme et à des rôles solides dans Les Espions (1957) de Henri-Georges Clouzot ou dans Amère Victoire (ibid.) de Nicholas Ray. Il joue également au côté d'Ingrid Bergman dans L'Auberge du sixième bonheur (1958) ou encore dans Le Jour le plus long (1962). Il met en scène trois films – sans grand succès – entre 1950 et 1961. Les productions de prestige auxquelles il participe ne le détournent pas de sa passion véritable – le théâtre – qu'il décrit avec lucidité dans son autobiographie. En France, il crée Le Fil rouge, Jeux d'enfants, puis Au bénéfice du doute où il reprend le rôle créé par Henry Fonda à Londres et à Broadway. Sa carrière cinématographique marque le pas dans les années 1970. Il tourne son dernier rôle au côté d'Alain Delon dans Téhéran 43 (1981). Il illustrera dans la mémoire du spectateur une certaine conception de l'acteur « de prestige » des années 1950 et 1960 : présence solide, charme certain mais n'ayant que rarement trouvé l'occasion d'irradier cette « petite lumière intérieure » qui fait les acteurs de génie.

—  André-Charles COHEN

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André-Charles COHEN, « JÜRGENS CURD - (1915-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/curd-jurgens/