CULTISME ou CULTÉRANISME, littérature

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Le mot espagnol correspondant est culteranismo, créé au début du xviie siècle, sur le modèle de luteranismo (de Luther). Il vaudrait mieux dire en français cultéranisme que cultisme qui renvoie à cultismo et désigne un mot savant, échappant aux lois phonétiques ordinaires. Le terme cultéranisme, d'abord péjoratif, semble avoir été employé pour la première fois par l'humaniste Bartolomé Jiménez Patón (1569-1640). Il désigne le style maniéré, ampoulé, voire boursouflé, calqué sur la syntaxe latine, farci de mots rares, de néologismes ou d'archaïsmes. Les références mythologiques, les allusions pédantes, les emprunts aux littératures classiques ou étrangères caractérisent ce style du baroque en Espagne, apparenté à l'euphuisme en Angleterre ou au marinisme en Italie. Les métaphores, les images visuelles ou sonores, les motifs précieux foisonnent dans cette littérature dont le Libro de erudición poética (1611), de Luis Carrillo de Sotomayor, est une sorte de manifeste : « Qui entend que les travaux de la Poésie sont nés pour le vulgaire fait assurément erreur. » La Fábula de Acis de Carrillo met en œuvre ces principes. Mais la figure la plus illustre du cultéranisme est évidemment Góngora (1561-1627), dont le Polyphème surtout porte ce style à son apogée. Une verve satirique sans pitié se déchaîna contre lui. Quevedo se gausse du jargon-gorisme. Lope de Vega part en guerre contre l'hyperbate. Jáuregui se fait le porte-drapeau de l'école de Séville. Représentés par Pedro de Valencia et Francisco Cascales, les humanistes engagent à leur tour la querelle. En revanche, le cultéranisme eut d'ardents partisans, tels que F. de Trillo y Figueroa, J. de Espinosa Medrano, J.-G. Salcedo Coronel. Outre Góngora, des écrivains qui ne sont pas des moindres l'ont illustré : le Conde de Villamediana (Fábula de Faetón, La Gloria de Niquea), Pedro Soto de Rojas (Paraíso cerrado para muchos, jardines abiertos para pocos), Polo de Medina, Bocángel... En réalité ce style fut souvent pratiqué, et avec éclat, par ses pires adversaires. Et il a donné naissance aux courants les plus riches de la poésie moderne en Espagne.

—  Bernard SESÉ

Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Dans le chapitre « La poésie et le conceptisme »  : […] L'italianisme a introduit en Espagne – malgré la résistance de la vieille muse rustique – des mètres nouveaux, des genres nouveaux, et particulièrement le sonnet. Il s'est formé en Europe toute une esthétique du sonnet, provenant de la tradition pétrarquisante et s'inspirant d'un merveilleux spiritualisme érotique. Cette sorte de composition, aussi parfaite dans son architecture typographique que […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-arts-et-culture-la-litterature/#i_9888

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Dans le chapitre « Cultisme et gongorisme »  : […] On a longtemps fait de Góngora l'initiateur en Espagne d'un style poétique, le cultisme – ou cultéranisme , ainsi que l'intitulèrent par dérision ses détracteurs qui faisaient rimer le mot avec luthéranisme : hérésie littéraire donc, discours emphatique auquel on opposait le conceptisme d'un Quevedo, recherche piquante de la pensée […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/luis-de-gongora-y-argote/#i_9888

Pour citer l’article

Bernard SESÉ, « CULTISME ou CULTÉRANISME, littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/cultisme-culteranisme/