CROQUANTS ou CROCQUANTS

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Nom donné au xviie siècle aux paysans révoltés du sud-ouest de la France. En 1594, poussés par la misère, quelques milliers de paysans du Périgord et du Limousin prirent les armes. On les appela tard-avisés, car les guerres civiles s'apaisaient à ce moment, ou crocquants, probablement du nom du village de Crocq. Les révoltés se plaignaient de l'augmentation des charges fiscales (notamment de la taille) et des droits féodaux. Ils attaquèrent les receveurs d'impôts ainsi que des châteaux et des villes, tout en en appelant au roi. Le mouvement gagna l'Agenais, le Quercy, la Saintonge, la basse Marche. L'agitation reprit en 1595. Les croquants députèrent aux états du Périgord, demandant que ceux-ci puissent consentir l'impôt et en assurer la levée. Ils se heurtèrent à l'opposition de la noblesse locale et furent vaincus par Chambaret. L'abandon de l'arriéré des tailles et leur diminution permirent l'apaisement. En 1624, l'institution en Quercy des « élections » qui se substituaient aux états de la province pour la répartition de la taille provoqua une nouvelle révolte qui s'en prit à tous les agents du fisc ; les croquants ne purent s'emparer de Cahors et furent écrasés par le maréchal de Thémines ; leurs chefs Douat et Barrau furent exécutés. En 1637, une nouvelle révolte paysanne naquit dans l'Angoumois et s'étendit rapidement à de nombreux foyers situés entre Loire et Garonne et jusqu'au Languedoc, grâce à la passivité de nombreux privilégiés touchés par la multiplication des taxes. En Périgord, le mouvement fut dirigé par un gentilhomme, La Motte La Forêt, contraint de se mettre à la tête des croquants, qui prirent Bergerac. À l'arrivée des troupes royales, ils se dispersèrent généralement. Les principaux coupables ne bénéficièrent pas de l'amnistie générale. Ces mouvements apparaissent beaucoup plus comme des insurrections contre la fiscalité royale et pour la défense des privilèges provinciaux contre la centralisation parisienne que comme des luttes sociales. Ils n'étaient pas dirigés contre la monarchie et ne la mirent guère en danger.

Beaucoup plus tard, les croquants entrent dans la légende folklorique, notamment avec le roman d'Eugène Le Roy (1836-1907), Jacquou le croquant (1899).

—  André CORVISIER

Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, professeur à l'université de Rouen

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Pour citer l’article

André CORVISIER, « CROQUANTS ou CROCQUANTS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/croquants-crocquants/