McCARTHY CORMAC (1933- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Né à Providence (Rhode Island), le 20 juillet 1933, Cormac McCarthy a grandi dans une famille bourgeoise près de Knoxville, dans le Tennessee. Des études de lettres rapidement abandonnées, quatre ans passés dans l'Air Force, deux mariages et deux divorces, une vie longtemps sans domicile fixe ni occupation stable : ces quelques traits peuvent caractériser cet écrivain discret et un peu mystérieux, qui vécut à partir de 1976 à El Paso, au Texas, et n'accéda à la notoriété qu'au seuil de la soixantaine, après la parution de De si jolis chevaux (All the Pretty Horses), roman récompensé par le National Book Award et l'un des grands best-sellers de 1992.

N'aurait-il écrit que ses quatre premiers romans, McCarthy pourrait être aisément rangé parmi les écrivains du sud des États-Unis. Le Gardien du verger (The Orchard Keeper, 1965), L'Obscurité du dehors (The Outer Dark, 1968) et Un Enfant de Dieu (Child of God, 1975) ont tous pour décor les bois et les collines des Appalaches, à l'est du Tennessee. Quant à Suttree (1979), son hallucinant « voyage au bout de la nuit », il se déroule dans le quartier le plus déshérité de Knoxville et sur les berges misérables de la Tennessee River. Mais plus encore que par leur topographie, c'est dans le traitement littéraire de leurs matériaux que ces romans déclarent leur affiliation à la tradition sudiste : s'y retrouvent en effet à la fois le penchant pour le « gothique » hérité de Poe et ce goût du grotesque qui s'est maintenu des contes bouffons du Sud-Ouest du xixe siècle jusqu'aux fictions de Flannery O'Connor ou d'Harry Crews.

L'humanité moyenne aux sentiments moyens ne retient guère McCarthy. Les personnages qu'il affectionne sont pour la plupart de « pauvres Blancs », frustes et farouches, vivant en marge de leur communauté d'origine : un jeune orphelin, un ancien bootlegger et un vieillard reclus avec son chien aveugle dans Le Gardien du verger, un couple incestueux, frère et sœur, et leur enfant perdu dans L'Obscurité du dehors, un psychopathe assassin et nécrophile dans Un enfant de Dieu et toute une faune de vagabonds, de clochards, de chiffonniers et de petits truands dans Suttree. Opaques à autrui comme à eux-mêmes, capables de tous les excès, ils traînent leurs misères et leurs secrets le long des routes – ombres errantes au milieu de paysages souvent d'une insolite beauté, longuement évoqués par McCarthy dans une prose tour à tour méticuleuse et flamboyante qu'on n'a pas manqué de comparer à celle de Faulkner.

Comme celui de Faulkner encore, le monde de McCarthy est un monde de violence où, dès les premiers romans, la sexualité la plus dépravée côtoie la cruauté la plus sadique. Cette violence se déchaîne dans l'accablante série d'atrocités qui scandent Méridien de sang (Blood Meridian, 1985), western apocalyptique à la Sam Peckinpah, relatant les massacres perpétrés au lendemain de la guerre du Mexique (1846-1848) par une horde de chasseurs de scalps. Délaissant pour la première fois les montagnes du Tennessee pour les terres arides du Texas et les déserts de Chihuaha et de Sonora, McCarthy, dans ce roman d'une sauvagerie rare, se fait écrivain de l'Ouest, l'espace le plus mythique de l'Amérique, et chroniqueur « révisionniste » de son histoire, qu'il s'emploie à démystifier en même temps qu'il en célèbre après beaucoup d'autres la fascinante épopée.

Plus romantique, plus élégiaque, la « trilogie des Confins », publiée dans les années 1990, est également une saga de l'Ouest. De si jolis chevaux, son premier volet, relate le voyage d'initiation accompli au Mexique par un jeune Texan, John Grady Cole, et son ami Lacey Rawlins. Le deuxième volume, Le Grand Passage (The Crossing, 1994), se déroule dans les années 1930, mais reprend la même trame initiatique : un autre adolescent, Billy Parham, franchit à plusieurs reprises la frontière entre le Nouveau-Mexique et le Mexique, et c'est le récit de ses aventures – la traque d'un loup dévoreur de bétail, la recherche des chevaux volés à ses parents assassinés, puis la recherche de son frère Boyd à son tour disparu – qui constitue la substance du roman. Billy finit par tout perdre : son ranch, ses parents, son frère, sa louve et ses chevaux. Le Grand Passage est de tonalité bien plus sombre que De si jolis chevaux. Il en va de même dans Cités de la plaine (Cities of the Plain, 1998), dernier volet de cette trilogie : dix ans plus tard, l'Oues [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  McCARTHY CORMAC (1933- )  » est également traité dans :

LE GRAND PASSAGE (C. McCarthy)

  • Écrit par 
  • Pierre-Yves PÉTILLON
  •  • 1 413 mots

Cormac McCarthy porte le prénom d'un roi d'Irlande, pays d'où ses ancêtres sont originaires. Il est né, en 1933, à Providence, en Nouvelle-Angleterre, mais son père étant allé travailler comme conseiller juridique pour la Tennessee Valley Authority (qui construisait à l'époque les grands barrages), il a grandi, à partir de quatre ans, à Knoxville, dans le sud montagneux des Appalaches – le monde d […] Lire la suite

LA ROUTE (C. McCarthy) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Gilles QUINSAT
  •  • 1 070 mots

De Suttree (1979) à Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (2005), les romans de Cormac McCarthy sont peuplés de créatures des confins, d'êtres furtifs poursuivant le long des routes une existence de hasard. McCarthy arpente un paysage dont l'horizon ne semble reculer que pour ouvrir à ces personnages une m […] Lire la suite

Pour citer l’article

André BLEIKASTEN, « McCARTHY CORMAC (1933- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cormac-mccarthy/