NICOLET CLAUDE (1930-2010)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'historien français Claude Nicolet, spécialiste d'histoire romaine ainsi que des institutions et idées politiques en France au xixe siècle, est né le 15 septembre 1930 à Marseille dans une famille profondément républicaine et laïque. Ces origines vont doublement marquer son parcours comme historien de la Rome antique (« J'ai grandi dans un décor de ruines romaines ») et comme intellectuel engagé dans le radicalisme républicain.

Ancien élève de l'École normale supérieure, Claude Nicolet sort de la rue d'Ulm en 1954 en étant agrégé d'histoire. Sa longue carrière d'enseignant commence dès la même année au lycée d'Avignon. Mais deux ans plus tard il est détaché, pour son service militaire, au cabinet de Pierre Mendès France. Séduit par l'homme et par ses idées – le seul homme de gauche non marxiste capable de réformer la France en proposant une conception morale de faire de la politique –, il lui soumet son projet de créer « une revue politique et en même temps savante ». En 1956 paraît le premier numéro des Cahiers de la République, revue dont il sera le secrétaire puis le rédacteur en chef jusqu'en 1963. En 1957, il réussit le concours pour devenir membre de l'École française de Rome où il séjournera deux ans – il sera ensuite le directeur de cette prestigieuse institution de 1992 à 1995. Il obtient son doctorat ès lettres en 1966 avec une thèse sur « l'ordre équestre à l'époque républicaine (312-43 av. J.-C.) » qui touche des questions sociales, économiques et politiques et rompt avec la tradition d'étudier les élites politiques. Infatigable pédagogue, il est maître de conférences à l'université de Tunis (1959-1961), puis à celle de Caen (1961-1969) avant de devenir professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne (1969-1992) et directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section) où il deviendra directeur émérite en 1997. À partir de 1986, il est également membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Fervent partisan de la IIIe République, il mène en parallèle une carrière dans les institutions politiques – mais il n'a pas été élu député de la Marne lorsqu'il s'est présenté en 1973 – en étant chargé d'une mission sur l'éducation civique au ministère de l'Éducation nationale (1984-1985) puis chargé d'autres missions aux ministères de la Défense (1989-1991) et de l'Intérieur (1997). Son engagement actif dans les cercles de réflexion sur la laïcité témoigne de ses convictions qu'au-delà de la Constitution écrite, la République repose sur l'éducation du citoyen. Selon Claude Nicolet, l'idéal républicain ne peut se réaliser qu'avec l'école de Jules Ferry, un modèle universel qu'il faut adapter à l'époque.

Insatiable lecteur, il a toujours soutenu qu'il est indispensable de s'informer avant de s'engager dans une discussion sur l'Histoire. Au cœur de sa démarche intellectuelle, ce travail d'érudition se retrouve dans tous ses ouvrages. Spécialiste reconnu de l'Antiquité romaine, ses premières publications concernent étonnamment plutôt l'histoire contemporaine. Son livre sur Le Radicalisme (Que sais-je ?, 1957, plusieurs fois réédité) fait figure d'ouvrage de référence même si l'auteur en a toujours trouvé le succès disproportionné. Son Idée républicaine en France. Essai d'histoire critique (1789-1924) (Gallimard, Paris, 1982), qui analyse les composantes des valeurs de la République et présente les diverses doctrines républicaines dix ans avant que le thème soit investi par l'historiographie française, lui semble plus abouti. Fruit de dix années de recherche, La Fabrique d'une nation. La France entre Rome et les Germains (Perrin, Paris, 2003) propose une étude sur le sentiment national qui s'attaque à l'instrumentalisation des histoires du passé par les pouvoirs et les projets politiques. Son ouvrage Le Métier de citoyen dans la Rome républicaine (Gallimard, Paris, 1976) l'impose comme l'un des meilleurs spécialistes du monde romain. Quant à L'Inventaire du monde. Géographie et politique aux origines de l'Empire romain (Fayard, Paris, 1988), il étudie le fonctionnement administratif de l'Empire mais, surtout, propose une analyse de l'utilisation politique de la science géographique sous Auguste. Ainsi, quelle que soit la période historique abordée, Claude Nicolet pose en filigrane et de manière récurrente la question des rapports entre la politique et le savoir.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Classification

Autres références

«  NICOLET CLAUDE (1930-2010)  » est également traité dans :

L'INVENTION DE LA SCIENCE. LA NOUVELLE RELIGION DE L'ÂGE INDUSTRIEL (G. Carnino)

  • Écrit par 
  • Anne RASMUSSEN
  •  • 1 079 mots

Dans le chapitre « Science, croyance et République »  : […] Sur un sujet propice à la réflexion épistémologique, Guillaume Carnino prend ici le parti d’une approche résolument historienne qui contextualise la notion de « science » au xix e  siècle et enquête avec précision sur l’émergence du terme, ses réquisits et les représentations qui lui sont associées. Deux questions liminaires fournissent une trame à cette grille de lecture. La première s’interroge […] Lire la suite

Pour citer l’article

« NICOLET CLAUDE - (1930-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-nicolet/