SCHAD CHRISTIAN (1894-1982)

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Christian Schad est né le 21 août 1894 à Miesbach, bourgade médiévale de Haute-Bavière à 50 kilomètres de Munich. Son père était un juriste réputé, à la fois notaire et conseiller juridique. Lui-même quitte le lycée peu avant le baccalauréat. Il veut suivre sa vocation : être peintre. Avec le soutien de ses parents, il part donc pour Munich. Mais les cours de l'école des beaux-arts lui deviennent vite insupportables. Il les abandonne au bout d'un semestre. Cependant, il s'est initié aux courants en vogue dans les galeries. Ainsi a-t-il découvert l'expressionnisme, dont ses premiers tableaux portent la marque.

Mobilisé dans l'infanterie en août 1914, il simule une maladie de cœur et il est réformé. Il quitte l'Allemagne pour un sanatorium en Suisse. Arrivé à Zurich en août 1915, il rencontre bientôt les animateurs du Cabaret Voltaire, le couple formé par Hugo Ball et Emmy Hennings, à l'origine du mouvement dada. Surtout, il se lie avec l'écrivain pacifiste Walter Serner, partisan d'un dadaïsme principalement « intellectuel ».

Serner fonde une petite revue mensuelle, Sirius, dont le premier numéro sort en octobre 1915. Schad en devient l'un des collaborateurs réguliers par ses dessins, généralement des portraits. En novembre 1916, il quitte Zurich pour Genève, où le rejoint Serner.

Fasciné par les petits objets qui traînent à terre et « le charme de l'inutile » qui en émane (coupures de journaux, morceaux de tissu, anneaux en fer, pièces de monnaie), il a l'idée, en 1919, de les déposer sur du papier photographique et d'y projeter la lumière du jour. Il obtient inopinément des photos conçues sans appareil. Encouragé par Serner, il prend au sérieux ces images, qu'il va nommer des « photogrammes ».

Durant cette période, de 1918 à 1920, Schad, attiré par le détournement de fonction des objets, construit aussi à Genève sept reliefs en blanc et noir, rappelant ses « photogrammes ». Il intitule l'ensemble Composition N. Ensuite, il en réalise d'autres tout aussi abstraits, mais colorés, aux formes irrégulières.

En mars 1920, menant une vie difficile par manque d'argent, il retourne en Allemagne. Auparavant, il a envoyé ses photogrammes à Tristan Tzara à Paris, qui les appelle, en jouant sur le mot anglais shadow (l'ombre), des « schadographies ». Sous ce titre, Tzara en reproduit quelques-uns dans la revue Dadaphone.

Ces photogrammes ont été ensuite confiés par Tzara à Alfred Barr, conservateur au Musée d'art moderne de New York, le MoMA, pour une exposition, en 1936, sur le dadaïsme et le surréalisme. Ce qui a valu à Schad, internationalement, la réputation d'un artiste original dans le cadre du mouvement dada. Vue erronée, car c'en était fini du dadaïsme, pour lui, depuis 1920.

De 1920 à 1925, il séjourne en Italie. Il y découvre la peinture de la Renaissance, qui le plonge dans une telle admiration qu'il décide de revenir aux moyens artistiques traditionnels : respect de la perspective, illusion du réel, technique du glacis. Il trouve un écho à ses ambitions dans les tendances nouvelles qui se manifestent en Italie autour de Giorgio De Chirico et du groupe Novecento.

Des changements surviennent alors également dans sa vie familiale. Il épouse en 1923 Marcella Arcangeli, qu'il a rencontrée à Rome. Tous deux s'installent à Naples, où naît leur fils Nikolaus. Christian Schad s'affirme comme portraitiste et reçoit même, au cours de l'hiver de 1924-1925, la commande du portrait du pape Pie XI. À l'été de 1925, la famille quitte l'Italie pour Vienne. Le peintre y fréquente tout ce que la société autrichienne compte de personnalités mondaines et excentriques. Trois ans plus tard, il se sépare de Marcella, qui rentre à Rome, où elle succombera en 1931 à un accident. Lui-même gagne Berlin, où il va habiter quinze ans, tout en effectuant de nombreux voyages : à Paris, en Bretagne, en Suède.

À Berlin, il se lie avec une jeune femme, Maria Spangemacher, dite Maika, dont il réalise de nombreux portraits. L'un d'eux évoque le type de la femme nouvelle et émancipée. Cheveux courts, elle se tient sur un lit, buste nu, un collier fantaisie rouge et blanc passé autour du cou. Schad a peint ce tableau à Paris, en 1929, dans un hôtel du boulevard Raspail, lors des fêtes du 14 Juillet. Fidélité au réel, perfection du glacis, froideur distanciée : l'artiste a définitivement trouvé sa voie.

Ce sont de tels portraits, qu'il pe [...]

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Pour citer l’article

Lionel RICHARD, « SCHAD CHRISTIAN - (1894-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christian-schad/