CHIOS

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Avec une superficie de 858 km2, Chios (Scio ou Chio, depuis le Moyen Âge), séparée de la côte turque par un détroit de 7 kilomètres, est la cinquième île de la mer Égée. Montagneuse au nord (1 297 m) et vallonnée au sud, elle présente dans sa partie centrale une plaine très fertile (Cambos) où est installé depuis l'Antiquité le chef-lieu de l'île (Chios). Cité prospère, dotée d'une marine de guerre considérable, elle n'a cependant joué qu'un rôle secondaire dans l'histoire grecque, plus soucieuse de défendre ses intérêts commerciaux en s'entendant avec les puissants du jour que de pratiquer une politique autonome qui l'aurait trop exposée. L'occupation continue du site de la ville depuis l'Antiquité n'ayant pas permis d'y pratiquer des fouilles archéologiques importantes, ce sont essentiellement les sources écrites et les objets exportés qui permettent de retracer son histoire durant l'Antiquité.

Grèce : carte physique

Carte : Grèce : carte physique

Carte physique de la Grèce. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Quelques fouilles, surtout britanniques, réalisées sur des sites secondaires de l'île, ont cependant éclairé les périodes hautes. Au Prophitis Ilias (au nord d'Emborio, sud de l'île) et à Haghios Galas (nord-ouest de l'île), l'occupation remonte au Néolithique ancien (vers 6000 av. J.-C.), mais par deux groupes humains d'origine différente, à en juger par leur céramique, dont les décors se retrouvent sur des sites très différents d'Asie Mineure. Toutes les phases de l'Âge du bronze (2800-1100) sont représentées jusqu'à la chute de la civilisation mycénienne, vers 1200 avant J.-C. En revanche, le début de la période géométrique, qui a dû voir l'arrivée des Ioniens, l'un des trois rameaux du peuple grec, est très peu attesté : ici, comme presque partout en Grèce, l'histoire semble se mettre en mouvement durant le Géométrique récent (760-700 av. J.-C.). C'est alors que se développe l'agglomération d'Emborio, non loin d'une anse propice au mouillage – rare cas d'un noyau urbain en cours de formation : l'habitat, fait de maisons à une seule pièce, est dispersé au flanc d'une colline dominée par une petite acropole fortifiée où voisinent la demeure du chef et un sanctuaire d'Athéna.

Chios ne prend qu'une part limitée à la colonisation, qui est surtout le fait de cités en quête de terres pour y établir un surplus de population impossible à nourrir : elle participe à la fondation du comptoir grec de Naucratis, porte ouverte sur l'Égypte, et fonde Maronée sur la côte égéenne de la Thrace, région riche en minerais, en bois, en esclaves. Ainsi se dessine un commerce nord-sud entre l'Égypte et la Thrace, alors qu'un axe d'échanges est-ouest, venant de l'Asie jusqu'au port de Milet, mène les bateaux de Chios jusqu'en Méditerranée occidentale, par l'intermédiaire de Sybaris, sur le golfe de Tarente. À cette activité d'import-export s'ajoute l'exportation du vin local, le plus grand cru de la Méditerranée antique, dans des amphores que l'on trouve partout à partir du ~ ve siècle, prenant la suite de la belle céramique du ~ vie siècle à décor calligraphié et parfois polychrome, dont la forme principale était le calice, une sorte de coupe profonde. Les monnaies d'argent frappées par Chios depuis la fin du ~viie siècle, avec pour emblème une sphinge assise, attestent que la cité est entrée très tôt dans l'économie monétaire, c'est-à-dire dans des relations d'échange opposées à l'idéal d'autarcie que prônera encore Platon au ~ ive siècle ; cela lui permet d'entretenir une population nombreuse (80 000 habitants ?), que l'île seule n'aurait pu nourrir.

De l'école archaïque de sculpture attestée par Pline (Histoire naturelle, XXXVI, 11), presque rien ne s'est encore retrouvé sur place, mais une statue de Victoire trouvée à Délos (Musée national d'Athènes, inv. 21 ; vers ~ 550) semble bien être une offrande du sculpteur chiote Archermos, le premier à avoir représenté Nikè ailée ; certaines statues de l'Acropole d'Athènes (la corè inv. 675, par exemple) pourraient aussi participer du style chiote, au demeurant difficile à définir. Dans le domaine littéraire, les Homérides de Chios diffusent les cycles épiques de celui dont ils se prétendent les descendants directs ; à l'époque he [...]

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Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'Athènes, professeur émérite d'archéologie grecque à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Bernard HOLTZMANN, « CHIOS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chios/