BRÉSILLa littérature

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La littérature brésilienne naît de sa matrice portugaise, et une des questions est de savoir si elle en constitue un rameau jusqu'à l'indépendance du pays en 1822, ou si elle prend son autonomie avec la « découverte » de celui-ci en 1500. Le problème de la périodisation est un enjeu décisif de son identité où s'affrontent lectures historico-sociologiques et critères stylistiques. Cette littérature est-elle d'entrée de jeu brésilienne, traduisant un univers sémiotique spécifique, produisant une langue originale et une vision du monde irréductible ? L'importation des modèles stylistiques et formels européens se fait-elle par simple imitation, ou cette transplantation est-elle déjà marquée d'une réélaboration propre, signant la « différence » brésilienne ? À ces deux lectures pareillement euphoriques qui mettent l'accent sur le pouvoir autonome de cette littérature dès son origine, s'oppose la thèse historico-sociologique : la littérature brésilienne, rameau tardif de la littérature européenne est une « formation » laborieuse qui ne se met en place, comme système littéraire autonome qu'entre Lumières et romantisme, accompagnant ou annonçant l'indépendance nationale.

Une identité en mouvement

Dès l'origine, deux figures fondatrices dégagent les veines constitutives de l'unité disjonctive de cette littérature, partagée entre enracinement brésilien, avec le bahianais Gregorio de Matos (1633-1697) et ouverture cosmopolite avec le jésuite Antonio Vieira (1608-1697). Un double registre, l'un, interne et vernaculaire, induisant une littérature régionaliste, réaliste voire sociale ; l'autre, cosmopolite, européen, attentif à une littérature plus intérieure ou universelle, voire formelle, dont le plus grand représentant est Machado de Assis (1837-1908).

Le romantisme, contemporain de l'indépendance politique, travaille les mythes constitutifs de l'identité nationale. D'où le thème indianiste qui serait comme le fondement de la brésilianité, en même temps que le roman régional, qui explore l'espace du pays désormais indépendant. Indianisme et régionalisme (littérature du Nordeste, des gauchos, etc.) traduisent la diversité régionale d'un pays continent et son unité mythique placée sous le totem fondateur de l'Indien, symbole de la résistance à la colonisation portugaise.

Cette difficile construction d'une littérature nationale explique l'obsession romantique, puis moderniste, d'une quête de brésilianité, qui est la marque propre d'une littérature autonome à construire, dans la redécouverte, ou l'invention d'une mythologie nationale, indienne, puis noire et métissée ; d'une culture « anthropophage » échappant à la malédiction de la dépendance coloniale en dévorant « cannibalement » l'héritage européen par le travail sur l'élaboration d'une langue nationale brésilienne opposée au purisme portugais. Le modernisme (1922) cherche ainsi à dépasser l'aporie entre matière brésilienne (les mythes fondateurs indiens) et manière européenne (le primitivisme comme axe théorico-esthétique des avant-gardes).

Parallèlement, entre littérature régionaliste (longtemps considérée comme pittoresque, voire folklorique) et modernité des registres stylistiques, un même travail de dépassement se fait jour. Après une première phase « décorative », puis une deuxième de dénonciation politique et sociale avec J. Amado et les écrivains nordestins autour de 1930, une troisième phase régionaliste se manifeste avec éclat dans l'œuvre de Guimaraes Rosa (1908-1967), caractérisée par un super-régionalisme, qui traduit le tréfonds archaïque du pays, ses mythes, croyances et légendes locales, et non plus l'exotisme du paysan, dans une élaboration littéraire dépassant l'oralité patoisante et tendant à l'universel.

L'expérience moderniste, comme le super-régionalisme de Guimaraes Rosa, parviennent ainsi à dépasser l'opposition constitutive de cette littérature entre localisme et cosmopolisme, internationalisant cette littérature à partir de sa différence même. Mais cette poussée universaliste est déjà au cœur de la réflexion de Machado de Assis (1839-1908), le plus grand écrivain brésilien, qui oppose aux décrets romantiques de nationalisation littéraire, « l'instinct de nationalité », sentiment intime et interne qui se construit avec le temps et ne saurait se réduire à ses thèmes. L'œuvre de Clarice Lispector (1920-1977) s'élabore sur ce versant.

C'est entre ces deux pôles que se constitue l'espace littéraire brésilien, entre le radicalement « autre » du Brésil de l'intérieur de Guimaraes Rosa et l'Autre radical comme chiffre de la condition humaine de Clarice Lispector. Entre enracinement local et vocation internationale.

—  Pierre RIVAS

La tradition portugaise

On trouve les marques d'une littérature brésilienne en devenir dans les louanges de la nouvelle « terre promise » qui remplissent nombre d'ouvrages descriptifs consacrés au Brésil au cours des xvie et xviie siècles ; dans l'œuvre du père José de Anchieta (1534-1597), missionnaire, poète et auteur d'un théâtre de catéchèse qui n'est pas dépourvu d'intérêt littéraire ; chez Gregório de Matos Guerra (1633-1696), poète sacré et satirique, d'inspiration baroque ; et dans l'œuvre immense, par son étendue et par sa valeur, du père Antônio Vieira (1608-1697), qui domine la littérature portugaise du xviie siècle. Ce sont les trois noms principaux qu'on pourrait retenir pour la période de formation de la nouvelle civilisation. Mais on ne constate pas, avant la seconde moitié du xviiie siècle, l'existence d'un groupe d'écrivains qui partagent la conscience de faire une œuvre reflétant ou illustrant l'ethnie brésilienne. Dès lors, l'activité littéraire cède la place à une littérature naissante, dont le point de départ peut être fixé conventionnellement à la date de publication de la première œuvre marquante.

Le début du xviiie siècle voit la fondation de nombreuses académies, ou sociétés littéraires, quelques-unes éphèmères, où domine une esthétique néo-classique. Cláudio Manuel da Costa (1729-1789), auteur de transition, conservateur, le moins brésilien des écrivains de cette période, donna le meilleur de son œuvre dans des sonnets de ses Obras poéticas (Œuvres poétiques, 1768). José de Santa Rita Durão (1722-1784) publie en 1781 un poème épique, Caramuru, surchargé d'érudition, dans lequel, influencé par les Lusiades de Camões (1525-1580), il chante les aventures d'un des pionniers de la colonisation portugaise. Dans son Uraguai (1769), Basílio da Gama (1741-1795) décrit la lutte entre Portugais et Espagnols, d'une part, et entre les tribus indiennes, d'autre part. D'une inspiration plus lyrique qu'épique, le thème indien est traité avec plus d'art que dans Caramuru, mais le sujet est trop mince et le poème souffre du parti pris de son auteur qui se fait l'apologiste de la politique du marquis de Pombal, adversaire des jésuites. L'œuvre d'Inácio José de Alvarenga Peixoto (1744-1792) est restreinte et irrégulière : quelques sextilhas, trois odes inachevées, des vers épars, et surtout une vingtaine de sonnets parmi les plus achevés de l'époque. Manuel Inácio da Silva Alvarenga (1749-1814) est l'auteur d'un poème héroï-comique, O Desertor (Le Déserteur des Lettres, 1774) et surtout de Glaura (1799), recueil lyrique composé de « rondeaux » de son invention, d'inspiration italienne, et de madrigaux. Il est le premier à sentir et à exprimer certaines nuances de la sensibilité brésilienne, certain frémissement de volupté à fleur de peau qu'il chante à la sourdine d'une manière incomparable qui permet à certains de mettre Glaura au-dessus de Marília de Dirceu (première partie, 1792 ; deuxième partie, 1799 ; troisième partie, d'authenticité suspecte, 1800), chef-d'œuvre de Tomás António Gonzaga (1744-1810). Celui-ci, après une jeunesse passée au Brésil et des études à Coïmbre, fait carrière de magistrat au Portugal, avant d'être nommé à Vila Rica (aujourd'hui Ouro Preto) en 1782. Il s'y lia d'amitié avec Cláudio Manuel da Costa et Alvarenga Peixoto, et s'éprit d'une jeune fille, Marília – « Dirceu » est le surnom arcadien de Gonzaga –, mais, malheureusement, alors qu'il attendait l'autorisation royale de l'épouser, il est accusé de complicité dans un complot (1789) visant à libérer le Brésil de la tutelle portugaise (inconfidência mineira) et condamné à dix ans de déportation au Mozambique. Marília de Dirceu est une œuvre sans égale dans la littérature du temps. Malgré les conventions stéréotypées, le recueil est souvent d'une éloquente et émouvante simplicité. Marqué par l'épicurisme et un certain stoïcisme horatien, le poète exprime une vision de l'amour et de la vie où l'aimée est le prétexte à la création du poète par lui-même plus qu'elle n'est une idéalisation littéraire. Gonzaga, poète satirique, n'est pas indigne du poète lyrique, comme l'attestent les Cartas chilenas (Lettres chiliennes, composées en 1788-1789), qui fourmillent de portraits féroces et de traits percutants contre la personne et l'administration du gouverneur de Minas Gerais. Le penchant pour la satire valut un exil temporaire à Domingos Caldas Barbosa (1740-1800). Établi au Portugal dès 1762, il ne tarda pas à briller par ses dons musicaux et poétiques. Il est le premier à utiliser des formes populaires, lundus et modinhas, qui donnent une saveur toute brésilienne à sa Viola de Lereno (Lyre de Lereno : vol. I, 1798 ; vol. II, 1826), dont nombre de compositions, simples et élégantes, sont entrées dans le folklore.

L'œuvre de ces auteurs, regroupés, à l'exception de Caldas Barbosa, sous la dénomination commode mais impropre d'escola mineira (école du Minas Gerais), tous élèves des jésuites et formés à Coïmbre, marque le début de la littérature brésilienne. Relevant ainsi de la culture portugaise et européenne, ils ont cependant conscience d'appartenir à une nation brésilienne naissante, de plus en plus fière de sa particularité et désireuse d'affirmer son indépendance politique. Il est significatif que Cláudio Manuel da Costa, Alvarenga Peixoto, Silva Alvarenga et Tomás Gonzaga sont tous impliqués dans l'inconfidência mineira.

Ce que le soulèvement désamorcé ne put accomplir, les événements politiques en Europe devaient commencer à le réaliser. Chassés par l'invasion napoléonienne du Portugal, le roi et sa cour se réfugient en 1808 à Rio de Janeiro, qui remplaça Vila Rica comme centre culturel du pays. La colonie devint subitement métropole, puis royaume, en 1815. Le Brésil, jusqu'alors culturellement isolé, s'ouvrit au monde, et l'existence d'une cour stimula considérablement la vie intellectuelle et politique. Indépendant politiquement depuis 1822, le Brésil commença à le devenir littérairement avec le début du romantisme, marqué par la publication à Paris, en 1836, de Suspiros poéticos e saudades (Soupirs poétiques et saudades) de Gonçalves de Magalhães (1811-1882).

Recherche d'un éthos

Suspiros poéticos e saudades n'innovait ni dans la forme ni dans le fond ; l'emphase tente en vain d'ajouter quelque émotion à bien des lieux communs auxquels échappe un seul poème, « Napoleão em Waterloo ». Mais l'exemple de Gonçalves de Magalhães donna une grande impulsion au romantisme et exerça une influence considérable. Le grand poète de la première génération romantique est Antônio Gonçalves Dias (1823-1864), considéré encore aujourd'hui par beaucoup comme le plus grand de tous. Il retire beaucoup de la lecture des poètes portugais classiques, et ses Primeiros cantos (Chants, première série, 1847) Segundos cantos (Chants, seconde série, 1848) et Últimos cantos (Derniers Chants, 1861) constituent la première et la plus haute expression de la nature et de l'ambiance brésiliennes, particulièrement du thème indien, auquel il a consacré quelques-uns de ses plus beaux vers. On lui doit aussi des poèmes d'amour d'un lyrisme véhément.

Álvares de Azevedo

Álvares de Azevedo (1831-1852), malgré sa brève carrière, est une des figures les plus représentatives de la seconde génération romantique. On trouve dans ses Obras poéticas (vol. I, 1853 ; vol. II, 1855) un mélange byronien de doute, de taedium vitae, de réalisme, d'humour et d'une mélancolie entretenue par une santé précaire. Junqueira Freire (1832-1855) est marqué par les trois années qu'il passa dans un couvent bénédictin. La vie de couvent fut pour lui une prison, la poésie une vengeance contre un mode de vie qui prive l'homme de sa liberté et de sa dignité. Le sentiment religieux et un érotisme exacerbé marquent Inspirações do claustro (Inspirations du couvent, 1855) et Contradições poéticas (Contradictions poétiques, s. d.). Le meilleur de Luís Nicolau Fagundes Varela (1841-1875) est dans Cantos e fantasias (Chants et Fantaisies, 1865). Mais le plus important des poètes de cette époque est Casimiro de Abreu (1839-1860) qui évoque dans son unique recueil, As Primaveras (Les Printemps, 1859) avec une suave mélancolie, les décors de son enfance et ses souvenirs de jeunesse, l'amour et la peur d'aimer, dans une langue simple et mélodieuse. Dernier des romantiques, Antônio Frederico de Castro Alves (1847-1871) est le poète de la saudade, de la plénitude sentimentale et charnelle de l'amour. Ses évocations de la nature, caractérisées par une sensibilité visuelle et plastique, fixent des tableaux dans un style qui annonce certains aspects du Parnasse. Son adhésion à la cause abolitionniste s'exprime dans des compositions où il donne libre cours à une éloquence dramatique, fougueuse, pleine d'hyperboles et d'antithèses violentes, entachée parfois d'une certaine verbosité. À une sensibilité émoussée par trois siècles d'esclavage, il a su imposer l'esclave comme figure tragique. Espumas fluctuantes (Écumes fluctuantes, 1870), seul recueil publié de son vivant, Cachoeira de Paulo Afonso (La Cataracte de Paulo Afonso, 1876), Os escravos (Les Esclaves, 1883), Hinos do Ecuador (Hymnes de l'Équateur, 1921) représentent l'apogée du romantisme.

Vers le réalisme

C'était dans la prose, dans le roman et le conte que le romantisme devait trouver l'instrument de la découverte et de l'interprétation de l'éthos brésilien, passant du pittoresque au réalisme. Et moreninha (La Petite Brune, 1844), de Joaquim Manuel de Macedo (1820-1882), est à certains égards déjà un roman réaliste, dont la toile de fond est la société de Rio de Janeiro. On peut en dire autant des Memórias de um sargento de milícias (Mémoires d'un sergent des milices, 1852-1853), unique roman de Manuel Antônio de Almeida (1831-1861), rédigé dans une langue simple et directe, plein de péripéties et de personnages types, d'aperçus de la société pittoresque du Rio de Janeiro du premier tiers du siècle. Mais le maître du roman romantique est José de Alencar (1829-1877), écrivain fécond par son œuvre et par son influence. Ses principaux romans sont O Guarani (Le Guarani, nom d'une tribu indienne, 1857), roman historique dans lequel il créa, avec la figure de l'Indien Peri, un héros mythique répondant au besoin que ressentait une société mal adaptée, en proie à des luttes politiques constantes, d'un paladin au-dessus de la mêlée quotidienne. Les personnages de O Guarani appartiennent à un monde légendaire que la sensibilité brésilienne explorait depuis longtemps, à la recherche d'un passé qui lui manquait. Iracema (1865) est le chef-d'œuvre de la prose poétique. Luciola (1868) et Senhora (Madame, 1875), dans lesquels Alencar aborde la société contemporaine, sont peut-être ses meilleurs livres. Son œuvre est thématiquement fondée sur la discordance de situations sociales ou sentimentales. Poète, mais plus connu comme romancier, Bernardo Guimarães (1825-1884), avec O garimpeiro (Le Chercheur d'or, 1872) peut être considéré comme un des fondateurs du régionalisme. Il est l'auteur d'un roman abolitionniste, escrava Isaura (L'Esclave Isaure, 1875), le plus célèbre de ses livres, bien qu'inférieur à ermitão de Muquém (L'Ermite de Muquém, 1864) et seminarista (Le Séminariste, 1872), qui traite du célibat des prêtres.

Battu en brèche par la « génération de soixante-dix » au Portugal et par le réalisme français, le romantisme s'éteint vers 1880. Le mouvement avait été autant le mûrissement d'une tradition autochtone que le résultat d'une esthétique importée. On allait désormais pouvoir cultiver la littérature pour elle-même ; l'écrivain, entouré d'un prestige nouveau, devenait l'héritier d'une tradition littéraire déjà riche en expériences. Joachim Maria Machado de Assis (1839-1908) est le premier écrivain brésilien qui se soit reconnu des prédécesseurs qu'il étudia, assimila et surpassa par son génie. Dramaturge, auteur d'une œuvre mieux adaptée à la lecture qu'à la scène, bon poète – Crisálidas (Chrysalides, 1864), Falenas (Phalènes, 1870), Americanas (Poèmes américains, 1875) –, sa gloire repose sur ses romans, dont les meilleurs sont Memórias póstumas de Bras Cubas (Mémoires posthumes de Bras Cubas, 1881), Quincas Borba (1891), Dom Casmurro (1900), et surtout sur ses contes : Papéis avulsos (Feuillets épars, 1882), Histórias sem data (Histoires sans date, 1884), Varias histórias (Contes divers, 1896), Páginas recolhidas (Pages recueillies, 1899), Reliquias de casa velha (Souvenirs de la vieille maison, 1906). Dissimulés sous des intrigues banales, la pensée et l'art de Machado sont le résultat d'un long combat livré, avec son humour caractéristique, contre « sa vieille et chère ennemie, la vie ». Il essaie, dit-il, de parler des hommes comme en parleraient les mouettes, si Buffon était né mouette.

La période qui va de 1875 à 1922 se caractérise par une richesse et une diversité accrues de la production littéraire, qui témoignent d'une maturité accrue de la civilisation et de la culture brésiliennes. Au romantisme succèdent, dans la prose de fiction, le réalisme et le naturalisme – dont les frontières sont floues – et, dans la poésie, les tendances parnassienne et symboliste. Alfredo d'Escragolle Taunay (1843-1899), dans Inocência (Innocence, 1872), donne une œuvre qui peut être considérée comme une transition entre romantisme et réalisme, dont l'introducteur est Aluísio de Azevedo (1857-1913) avec mulato (Le Mulâtre, 1881). L'anticléricalisme, le traitement de la situation marginale du mulâtre, la peinture d'une société dominée par les préjugés frappèrent par la nouveauté. Casa de pensão (La Pension, 1884) et surtout cortiço (Le Bouge, 1890) représentent le meilleur d'une œuvre qui excelle dans le traitement des groupes plus que dans la création des personnages. Inglês de Sousa (1853-1918) devança Azevedo avec O Coronel Sangrado (Le Colonel Sangrado, 1877), mais le livre n'éveilla guère l'attention ; son meilleur roman est missionário (Le Missionnaire, 1888). A carne (La Chair, 1888), de Júlio Ribeiro (1854-1890), remporta un succès de scandale. Dans normalista (La Normalienne, 1893), Adolfo Caminha (1867-1897) critique une société corrompue par l'hypocrisie, par la faiblesse de ses principes religieux et moraux ; il traite de la perversion des mœurs des marins, avec une sobre maîtrise, dans Bom-Crioulo (Rue de la miséricorde, 1895).

Souci de l'homme

Raul Pompéia (1863-1895), dans un style original, riche, musical, s'écarte du réalisme dans Ateneu (L'Athénée, 1888), qui est essentiellement la description d'une sensibilité d'adolescent, telle qu'elle subsiste dans la mémoire de l'adulte. Bien différente est l'œuvre d'Henrique Maximiliano Coelho Neto (1864-1934), et d'abord par son étendue : cent vingt volumes. Contraint de vivre de sa plume, et doué d'une imagination puissante, il n'eut pas le temps de polir ses livres, qui sont d'une valeur fort inégale. Maître d'un vocabulaire d'une rare richesse, cherchant toujours le mot juste, il éblouit, quitte à pêcher par la surcharge. Proclamé prince des prosateurs, il jouit de son vivant d'un prestige considérable, mais sa réputation, depuis le modernisme, a connu une éclipse. Parmi ses nombreux romans, on distingue A capital federal (La Capitale fédérale, 1893), Miragem (Mirage, 1898), morto (Un homme mort, 1898), conquista (La Conquête, 1898), Rei negro, 1914 (Le Roi noir, 1914), Fogo-fátuo (Feu follet, 1928). L'œuvre du conteur est cependant supérieure : jardim das confidências (Le Jardin des confidences, 1908), Banzo (1913) et surtout Sertão (1896) contiennent des pièces uniques en leur genre. Sous un titre voisin de ce dernier paraît en 1902 un des maîtres livres de la littérature brésilienne. Os Sertões d'Euclides da Cunha (1866-1909). L'ouvrage, qui connut d'emblée un grand succès, alliant à une grande érudition scientifique la probité intellectuelle et la sensibilité poétique, est issu d'un reportage sur la campagne militaire menée en 1897 contre le réduit des sertanejos fanatisés. C'est un témoignage passionné, dans un style caractérisé par la précision technique et l'opulence baroque, quelquefois pompeuse. Les titres des trois parties du livre révèlent déjà, dans leur simplicité dramatique, les données d'un problème qui reste encore à résoudre : la terre, l'homme, la lutte. L'œuvre d'Afonso Henriques de Lima Barreto (1881-1922) – Recordações do escrivão Isaías Caminha (Souvenirs du journaliste Isaías Caminha, 1909), O triste fim de Policárpio Quaresma (La Triste Fin de Polycarpe Carême, 1915), Vida e morte de M. J. Gonzaga de (Vie et Mort de M. J. Gonzaga de , 1919), Clara dos Anjos (1923-1924) – est celle d'un citadin sensible aux drames de la classe moyenne. Ses personnages sont parmi les plus typiques et les mieux dessinés, ses romans remarquables par la finesse de l'analyse et la fluide propriété de leur style. José Bento Monteiro Lobato (1882-1948), créateur de Jeca Tatu, type du métis arriéré, fataliste, exploité, de l'intérieur du pays, est l'auteur de trois importants recueils de contes, Urupês (1919), Cidades mortas (Villes mortes, 1919) et Negrinha (La Petite Noire, 1920) – le premier est le meilleur et le plus connu – dans lesquels il dépeint l'abandon d'un secteur rural négligé, les villes de la vallée du Paraíba, en déclin après l'âge d'or du café.

Quatre poètes « parnassiens »

Le Parnasse est représenté principalement par quatre poètes. Alberto de Oliveira (1857-1937), encore romantique dans Canções românticas (Chansons romantiques, 1878), est le plus attaché à la discipline formelle des parnassiens. Ses œuvres sont réunies en quatre séries de Poesias publiées entre 1900 et 1927. Raimundo Correia (1859-1911) a laissé de beaux sonnets et excelle à rendre la suave mélancolie du paysage brésilien dans Primeiros sonhos (Premiers Rêves, 1879), Sinfonias (Symphonies, 1883), Versos e versões (Vers et Versions, 1887), Aleluias (Alléluias, 1891). Vicente de Carvalho (1866-1924) s'exprime davantage selon les normes de la tradition portugaise dans une œuvre qui porte des traces de symbolisme : Rosa, rosa do amor (Rose, rose d'amour, 1902), Poemas e canções (Poèmes et Chansons, 1908). La figure dominante est celle d'Olavo Bilac (1865-1918), reconnu comme un maître dès la parution de ses Poesias (1888). Vénéré de son vivant, il souffre encore aujourd'hui des coups portés par le modernisme, malgré la perfection formelle de ses poèmes. Populaire cependant, il demeure le poète qui s'adapte au goût moyen, ce qui est une manière de devenir classique.

Un grand poète mystique

Le symbolisme fait son apparition vers 1880 et exerce une certaine influence sur des poètes tenus pour parnassiens et aussi sur quelques prosateurs, parmi lesquels Raul Pompéia, Lima Barreto et surtout Graça Aranha (1868-1921) qui, avec Canaã (Canaan, 1911) écrit le seul grand roman symboliste. Dans la poésie, deux œuvres se détachent. João da Cruz e Sousa (1863-1898), marqué profondément par sa négritude, qu'il sentait comme une véritable « douleur d'exister », voyait dans l'art la possibilité de résoudre les tensions qui le déchiraient. Son œuvre – Missal (Missel), Broquéis (Boucliers, 1893), Faróis (Fanaux, 1900), Últimos sonetos (Derniers Sonnets, 1905) – recherchée, oratoire, musicale, empreinte d'une ferveur tragique, montre un goût pour les formes lapidaires. Alphonsus de Guimaraens (1870-1921), le plus grand poète mystique d'une littérature qui n'en compte guère, montre le plus pur de son inspiration dans « Pulvis », publié dans la première édition de ses Poesias (1938). Il propose un message de foi dans une œuvre toute en demi-tons, dominée par un désenchantement résigné. Augusto dos Anjos (1884-1914), dans Eu (Moi, 1912), réalise l'ambition d'une génération précédente, avec sa poésie « scientifique » écrite dans une langue rugueuse, truffée de termes savants, mais pleine d'inventions aussi, et qui annonce certains aspects du modernisme.

Affirmation d'une personnalité culturelle

Parnasse et symbolisme, en 1918, sont des veines épuisées. Les progrès culturels, l'évolution économique et politique, voire ethnique, du pays rendaient une révision indispensable. Le Brésil avait attiré un million d'immigrants depuis 1907, l'économie était prospère.

Débuts du modernisme

À l'approche du centenaire de l'indépendance nationale, un frémissement de nationalisme et d'optimisme parcourut le pays. L'intelligentsia était décidée à rompre définitivement les liens culturels avec le Portugal et à proclamer son indépendance artistique. São Paulo, centre commercial du pays, proposait dans son « mélange épique » et cosmopolite le modèle de ce que devait être le Brésil de demain, qu'on voyait prêt à assumer son destin historique. Tel fut le climat dans lequel, en 1922, préparée par une bruyante campagne de presse, eut lieu la Semaine d'art moderne qui marque le début du modernisme. « Le Brésil aura une littérature nationale, il doit parvenir, tôt ou tard, à une originalité littéraire. L'inspiration puisée dans des sujets nationaux, le respect de nos traditions et la soumission à la voix de la race accéléreront ce résultat final », écrivait-on. Bref, le modernisme reprenait la tâche que le romantisme s'était assignée et qu'il avait imparfaitement réalisée. On liquidait le romantisme et toutes ses séquelles, tout en se tournant vers la tradition, qui était le legs du romantisme, de sorte que le modernisme est à la fois un aboutissement et un recommencement. On se méfiait du sublime, du patriotisme bourgeois satisfait, on se plongeait dans le quotidien amer que le pittoresque cachait.

Le Brésil cherchait une expression adaptée à la conscience nouvelle qu'il prenait de lui-même. On attendait un Malherbe, il vint. En la personne de Mário de Andrade (1893-1945), musicologue et musicien, folkloriste, historien de l'art, journaliste, romancier, conteur et poète. L'exemple, Paulicéia Desvairada (1922), contenant vingt-deux poèmes et une « préface intéressantissime », précède l'ars poetica attendue, escrava que não é Isaura (L'Esclave qui n'est pas Isaure, 1925). Dans Losango cáqui (Losange kaki, 1926) et Clã do Jabuti (Clan du Jabuti, 1927), Mário de Andrade commence à « brésiliser » (abrasileirar) la langue par l'introduction d'éléments tirés du parler quotidien – ils dominent dans Belazarte (1934) – ou du folklore, comme dans Macunaíma (1928). À partir de Remate de males (Comble de malheur, 1930), il délaisse un certain pittoresque extérieur, pour faire le tour de lui-même, élaborant une des œuvres les plus hautes de la littérature brésilienne, réunie dans Obras completas (Œuvres complètes, 20 vol., 1944). Manuel Bandeira (1886-1968), d'un anticonformisme déclaré dès 1917 dans cinza das horas (La Cendre des heures), tourne le dos à ce qu'il appelle le lyrisme « fonctionnaire public ». Carnaval (1919) est marqué par un ton ironique, le langage quotidien et des recherches de rythme, poursuivies dans Libertinagem (Libertinage, 1930), qui contiennent quelques-uns de ses plus beaux poèmes. Estrela da manhã (Étoile du matin, 1936), Lira dos cinquent’anos (Lyre de la cinquantaine, 1940, éd. augm. 1944) marquent les étapes d'une carrière sans défaillance qui aboutit à Poesias completas (1948, éd. augm. 1951), Poesia e prosa (1958, 2 vol.). Introducteur du vers libre, il a su adapter à la sensibilité moderne une grande variété de rythmes et de mètres réguliers, employés dans un style à la fois familier et soigné. Oswald de Andrade (1890-1954), spirituel, doué d'une grande pénétration critique qui alimente l'humour et la satire, est un des animateurs du mouvement et une de ses figures les plus originales. Il fait suivre son Manifesto da poesia Pau-Brasil (Manifeste de la poésie Bois-Brésil, 1925), du Primeiro caderno do aluno de poesia O. de A. (Premier Cahier de l'élève de poésie O. de A., 1927). Il s'agissait de créer la poésie à partir d'une appréhension neuve et « naïve » du monde, dans des compositions amétriques, brèves, elliptiques, qui tendent vers l'épigramme et reposent sur la force suggestive des mots. En 1928, il lance le mouvement « anthropophage », que l'on peut définir comme un indianisme à rebours. Le « mauvais sauvage » exerce sa critique contre les impostures du monde, dans le but d'intégrer l'homme dans la joyeuse expansion de ses instincts vitaux. La thèse anthropologique devait être reprise et développée dans A Crise da filosofia messiânica (La Crise de la philosophie messianique, 1950). Dans des romans innovateurs, Memórias sentimentais de João Miramar (Mémoires sentimentaux de Jean Miramar, 1924), Serafim Ponte Grande (1933), il fait entrer la poésie dans la prose. Son œuvre a joué un rôle décisif dans la formation de la littérature contemporaine. Cecília Meireles (1901-1964), d'abord influencée par le symbolisme, s'écarte des écoles et trouve une expression personnelle à partir de Viagem (Voyage, 1939), suivi de Vaga música (Vague Musique, 1942), Mar absoluto (Mer absolue, 1945), Retrato natural (Portrait au naturel, 1949), Doze noturnos da Holanda (Douze Nocturnes de Hollande, 1952), Romanceiro da Inconfidência (1953), Canções (Chansons, 1956). Elle voit dans le monde un spectacle digne de contemplation et d'amour, sur lequel elle jette un regard panoramique et précis, caractérisé par une grande acuité sensorielle. Sa poésie, d'une mélancolie réfléchie, est une tentative pour réinventer une vie vivable. Cassiano Ricardo (1895-1974), après des débuts parnassiens, adhère au modernisme dans Vamos caçar papagaios (La Chasse aux perroquets, 1926). Chez lui domine la brasilidade, tant dans le choix des thèmes que dans leur traitement. Martim-Cererê (1928) est un chant de nationalisme politique et littéraire. Ses Poesias completas (1957) réunissent une œuvre thématiquement limitée, qui exprime une attitude perplexe face à la vie. Raul Bopp (1898-1984) est l'auteur de Cobra Norato (1931), un des grands livres du modernisme, inspiré du folklore amazonien, qui fournit un passé mythique dans lequel la tradition est conçue comme contemporaine de la création du monde.

Deuxième vague moderniste

La seconde génération de poètes modernistes n'est pas inférieure à la première. À la phase proprement moderniste de Jorge de Lima (1893-1953) appartiennent mundo do menino impossível (Le Monde de l'enfant impossible, 1925) et Essa negra fulô (Une négresse café au lait, 1928), histoire poétique de l'esclavage. L'atmosphère du Nord-Est, l'enfance, la poésie nègre sont présentes aussi dans Poemas (1927), Novos poemas (1929), Poemas escolhidos (Poèmes choisis, 1932). Converti par la suite au catholicisme, il s'exprime dans un style hermétique et complexe dans Invenção de Orfeu (Inventions d'Orphée, 1952). Augusto Frederico Schmidt (1906-1965) rejette le pittoresque et la virtuosité en faveur d'un style direct dans Canto de brasileiro A.F.S. (Chant du Brésilien A.F.S., 1928) et Mar desconhecido (Mer inconnue, 1942). Vinícius de Morais (1913-1980) distingue lui-même deux phases dans son œuvre : la première, métaphysique et mystique, comprend Caminho para a distância (Le Long Chemin, 1933), Forma e exegese (Forme et Exégèse, 1935), Ariana, a mulher (Ariane, la femme, 1936) ; la seconde réunit Cinco elegias (Cinq Élégies, 1943), ouvrage de transition, Poemas, sonetos e baladas (1946), qui marque sa pleine maturité, Pátria minha (Ma patrie, 1949) et Novos poemas (Poèmes nouveaux, 1959) qui montrent une préoccupation plus marquée pour le monde matériel. C'est une œuvre pleine d'expériences prosodiques et de mots nouveaux que l'auteur invente avec une certaine virtuosité. Par la suite, il s'est mis à composer des chansons dans le style bossa nova. Murilo Mendes (1901-1975) est le poète le plus difficile, et peut-être aussi le plus irrégulier, de cette génération. Poemas (1930) lui valut le prix Graça Aranha. Ses livres les plus importants sont História do Brasil (Histoire du Brésil, 1932), satirique et spirituel, Tempo e eternidade, avec Jorge de Lima (Temps et Éternité, 1935), visionário (Le Visionnaire, 1941), une des œuvres les plus représentatives de la seconde phase du modernisme, As metamorfoses (Les Métamorphoses, 1944), Mundo enigma (Monde énigmatique, 1945), Poesia liberdade (Poésie liberté, 1947). Poesias (1925-1955) réunit les ouvrages mentionnés, sauf le second, avec des inédits. Pour Murilo Mendes, la poésie est une clef de la connaissance et doit proposer à l'homme une véritable transfiguration de son destin. Son art est délibéré, sous-tendu par la thématique du temps, attentif aux implications des métaphores, d'une diction oblique, cherchant à incorporer l'éternel aux contingences. Carlos Drummond de Andrade (1902-1987), excellent prosateur, est l'auteur d'une œuvre poétique considérable, en voie de devenir classique. Alguma poesia (Quelques poèmes, 1930), Brejo das almas (Marécage des âmes, 1934), Sentimento do mundo (Sentiment du monde, 1944), Poesias (1942), A rosa do povo (La Rose du peuple, 1945), Novos poemas (1947), Claro enigma (Claire Énigme, 1951), Viola de bolso (Guitare de poche, 1953), Fazendeiro do ar (Fermier de l'air, 1953), Lição de coisas (Leçon de choses, 1962) sont une longue et patiente recherche, conduite avec une acuité constante à travers le banal quotidien, du secret indicible de ce que le poète appelle « la claire énigme de la machine du monde », qu'il essaya de suggérer plus qu'il ne s'efforce de le dire. De là un effort constant vers un style dépouillé, dense, qui révèle sans décrire, où l'intelligence contrôle la sensibilité et où l'humour tempère la mélancolie.

De grandes œuvres romanesques

La publication de A Bagaceira (Le Hangar où l'on jette les déchets de la canne à sucre, 1928), par José Américo de Almeida (1887-1980) marque le début d'une série de grandes œuvres romanesques, qui ont vu le jour surtout entre 1930 et 1945. Rachel de Queiroz (1910-2003), auteur de João Miguel (1932), Caminhos de pedra (Chemins de pierre, 1937), As Três Marias (1939), est surtout connue pour son premier roman, O Quinze (L'Année de la grande sécheresse, 1930). Son œuvre est caractérisée par une intense préoccupation sociale alliée à la pénétration psychologique ; elle fait une place importante à la situation de la femme. José Lins do Rego (1901-1957) laisse une œuvre monumentale, avec son « cycle de la canne à sucre » : Menino de engenho (L’Enfant de la plantation, 1932), Doidinho (1933), Bangüê (1934), Usina (Le Moulin à sucre, 1936), Fogo morto (Feux éteints, 1943), considéré comme son chef-d'œuvre ; son « cycle du mysticisme et de la sécheresse » (celle-ci est une plaie endémique du Nord-Est, dont l'auteur est originaire) : Pedra Bonita (1938), Cangaceiros (Bandits, 1953) ; auxquels il faut ajouter trois romans liés aux deux cycles par leurs thèmes : Moleque Ricardo (Ricardo, le petit Noir, 1935), Pureza (Pureté, 1937) et Riacho doce (Eau douce, 1939) ; cette œuvre trouve son origine dans la rédaction de simples souvenirs d'enfance, objet d'un livre en 1956, Meus verdes anos (Mes Vertes Années). L'ensemble est une évocation nostalgique du monde des maîtres et des esclaves, saisi à son déclin. L'importance de Jorge Amado (1912-2001), prix Staline de littérature 1959, vient du lyrisme engagé de ses premiers livres, país do carnaval (Le Pays du carnaval, 1931), Cacau (Cacao, 1933), Suor (Sueur, 1934), qui décrivent la misère et l'oppression des travailleurs ruraux et des classes populaires. À partir de Jubiabá (Bahia de tous les Saints, 1935), le plus achevé de ses romans, et de Mar morto (1936), le souffle lyrique l'emporte sur l'aspect revendicatif de son œuvre, sans toutefois le diminuer. Terras do sem fim (Les Terres du bout du monde, 1942), considéré comme le meilleur de ses livres, continue dans la même veine, mais avec une compréhension plus ample des motivations humaines. Gabriela, cravo e canela (Gabrielle, girofle et cannelle, 1958) mêle à la critique sociale un humour picaresque. Os velhos marinheiros (Le Vieux Marin, 1960) exalte la liberté, thème fondamental de son œuvre. Ses personnages, créés à partir d'une observation teintée de communisme romantique, n'échappent pas, bien souvent, à la superficialité, que rachètent la force descriptive et le sens du mouvement des meilleurs moments. Érico Veríssimo (1905-1975), le plus populaire des romanciers brésiliens, écrivain de ton classique, est l'auteur de Clarissa (1935), Caminhos cruzados (La Croisée des chemins, 1935), O resto é silencio (Le reste est silence, 1943), à contre-courant du modernisme, qui préfère les romans à thème rural ou provincial. Érico Veríssimo est le romancier de la ville moderne. O tempo e o vento (Le Temps et le Vent, 5 vol., publiés de 1949 à 1962) est une fresque qui retrace l'histoire du Rio Grande do Sul, destinée à devenir un des plus grands monuments du roman. Le plus grand de tous ces romanciers est Graciliano Ramos (1892-1953), dont l'œuvre est relativement restreinte. Caetés (1933), son premier livre, fut suivi d'une série de chefs-d'œuvre : São Bernardo (1934), Angústia (Angoisse, 1936), Vidas secas (Vies arides, 1938). Infância (Enfance, 1945), Memórias do cárcere (Mémoires de prison, 4 vol., 1953) est plus qu'un simple compte rendu de la déposition d'un homme incarcéré pour ses opinions politiques, mais pas tout à fait un roman, il jette, grâce à la finesse des notations, une lumière nécessaire sur l'art de Graciliano Ramos, romancier métaphysique. Le protagoniste est une conscience qui essaye de se réorganiser, au milieu du désordre du monde, en procédant à une analyse de sa situation, et qui trouve dans la reconnaissance de son échec l'ordre recherché. Telle est la cohérence que l'expérience permet d'acquérir, et que Graciliano Ramos révèle dans une langue pesée, dépouillée à l'extrême.

—  Ronny A. LAWTON

Les métamorphoses de la prose régionaliste

Avec son intégration d'une géographie et de grands phénomènes économiques et climatiques, mais aussi avec l'appropriation de la langue et de l'imaginaire populaires, la matrice littéraire régionaliste a continué à porter bien des fruits. Ce courant fut transcendé par João Guimarães Rosa (1908-1967) et son roman total, Grande sertão : veredas (Diadorim, 1956). La vaste ambition de l'auteur fut de créer un texte lisible à divers niveaux, tout à la fois épopée du sertão de Minas Gerais, intrigue psychologique, texte poétique et surtout œuvre métaphysique et religieuse. Son langage créatif s'appuie sur les tournures locales et les expressions archaïsantes qui se croisent avec des références antiques ou étrangères, et il obéit à une logique musicale aux effets incantatoires. Les errances du narrateur Riobaldo s'inscrivent dans un parcours initiatique marqué par la traversée du fleuve São Francisco. « Vivre est très dangereux », cette vérité scande un immense récit écrit sans concession à « la mégère cartésienne ». L'amour impossible de Riobaldo et de Diadorim, les faits et gestes des bandits d'honneur sont autant de fils pour se guider dans un univers placé sous le signe de l'ambiguïté.

Après l'œuvre capitale et presque infranchissable de Rosa, on a assisté à une renaissance de romans imprégnés par la culture du Nordeste où les mouvements populaires résistent aux pressions centralisatrices et réductrices des institutions nationales. João Ubaldo Ribeiro (1941-2014) en est le meilleur exemple. Dans Sargento Getúlio (Sergent Getúlio, 1971), un homme de main raconte, en une triste mélopée, sa vie marquée par tous les hommes qu'il a abattus, mais aussi par les valeurs de courage et de domination qui font de lui une sorte de dragon. Cet infatigable hâbleur verra sa parole s'éteindre, comme si la civilisation avait signé l'arrêt de mort de son système archaïque.

L'indianisme resurgit sous de nouveaux atours avec l'anthropologue Darcy Ribeiro (1922-1997) qui, sans idéaliser les Indiens, leur donne la parole. Dans Maíra (Maïra, 1978), il réussit, à travers une intrigue policière, à croiser des itinéraires existentiels en modelant les divers récits selon des univers mentaux très variés, notamment le monde mythique des Amérindiens. Auteur engagé ayant lui aussi revisité l’héritage tupi, avec par exemple expedição Montaigne (L’Expédition Montaigne, 1982), Antônio Callado (1917-1997) a forgé avec Quarup (Mon Pays en croix, 1967) une allégorie de la formation du Brésil ainsi que de ses impasses politiques.

Une littérature qui s'universalise

Parallèlement au courant régionaliste, une mouvance plus secrète du roman d'introspection se développait chez Cornélio Penna (1896-1958), auteur de menina morta (La Petite Morte, 1954), et chez Lúcio Cardoso (1912-1968), auteur de Crônica da casa assassinada (Chronique de la maison assassinée, 1959). Cette sensibilité vit également éclore un écrivain inclassable et particulièrement attachant, Clarice Lispector (1925-1977). Ses textes troublants, faits d'une écriture de pure vibration, déroutent le lecteur, car l'auteur refuse toute intrigue romanesque pour se concentrer sur les situations limites où s'opèrent de soudaines et mystérieuses ruptures dans la vie d'un être. Dans paixão segundo G. H. (La Passion selon G. H., 1964), la narratrice a été fascinée par un cafard au point de le sacrifier et de l'avaler, dans une parodique communion « noire ». Le discours mystique se voit détourné au profit de l'épiphanie de l'écriture. De plus en plus nombreuses, les femmes écrivains enrichissent la production littéraire de leurs voix. Ainsi, Lygia Fagundes Telles montre dans des contes incisifs dans quel luxe de problèmes psychologiques vit la bourgeoisie de l'opaque et fébrile São Paulo (seminário dos ratos, Le Séminaire des rats, 1977 ; A estrutura da bolha de sabão, La Structure de la bulle de savon, 1986 ; noite escura e mais eu, La Nuit obscure et moi, 1995). De son côté, la romancière Nélida Piñon, avec república dos sonhos (La République des rêves, 1984), livre la saga de trois générations, installée en Galice puis émigrant vers le Brésil des années 1980.

Parmi les auteurs de textes courts, retenons l'univers insolite et décalé de Murilo Rubião (1916-1991), qui n’a cessé de réécrire et de restructurer quelque trente-deux contes, dont les personnages restent aux portes d’un monde paradoxal (Pirotécnico Zacarias ; Le Pyrotechnicien Zacarias, 1974). Les fables de J. J. Veiga (1915-1999), dans « la logique du mystère » et du fantastique, comme A Hora dos ruminantes (L'Heure des ruminants, 1966), furent quant à elles interprétées comme un message de révolte contre l'oppression au lendemain du coup d'État militaire de 1964. Maître d’une prose incisive et de plus en plus minimaliste, l'énigmatique Dalton Trevisan explore avec un humour impitoyable les travers sordides de notre humanité (Vampiro de Curitiba ; Le Vampire de Curitiba, 1965). Cantonné à tort dans une lecture néoréaliste, João Antônio Ferreira Filho (1937-1996) a réinventé avec tendresse et poésie l’univers de la marginalité, des salles de billard, des gamins des rues et des petits malfrats (Malagueta, Perus e Bacanaço, 1963).

À partir de la fin des années 1960 et au cours des années 1970, Osman Lins (1924-1978), Autran Dourado (1926-2012), Rubem Fonseca et Raduan Nassar élaborent des romans d'une facture exigeante. Lins atteint une grande modernité formelle avec Avalovara (1973) et Nove, novena (Retable de Sainte-Jeanne Caroline, 1966). Son œuvre universelle est tout entière tournée vers l'expérimentation, en particulier dans la construction « géométrique » du récit. Sa matière romanesque veut servir la souffrance de son peuple. Dourado, écrivain artisan, récupère la mémoire d'épisodes historiques féroces de la décadence de la province de Minas Gerais dans Os sinos da agonia (La Mort en effigie, 1974). Fonseca, d'une écriture fébrile et efficace, construit des romans à structure policière dont l'ambiance est proche du cinéma noir (A grande arte, Le Grand Art, 1984). Nassar atteint une écriture novatrice, soit qu'il épouse le rythme intériorisé de Lavoura arcaica (La Maison de la mémoire, 1975), soit qu'il adopte celui plus électrique et vibrant de Um copo de cólera (Un verre de colère, 1978). Désormais en retrait de la vie littéraire, il a néanmoins publié en 1994 un remarquable recueil de nouvelles, Menina a caminho (Chemins), tout en donnant au fil de rares entretiens quelques clés de lecture philosophique de son œuvre.

Deux auteurs, bien que restés en marge du canon littéraire, ont marqué cette période par des œuvres singulières plusieurs fois rééditées. Proche du critique Alexandre Eulálio et du cinéaste Joaquim Pedro de Andrade, Carlos Sussekind a bâti une prose entre rêve et autodérision, entre autobiographie et fiction. Dans Armadilha para Lamartine (Piège pour Lamartine, 1976), il mêle ainsi des pages du journal de son père et la relation de sa brève expérience de l’internement psychiatrique. Le cinéaste expérimental José Agrippino de Paula (1937-2007) a forgé, quant à lui, une prose originale où le lyrisme et l’épique s’unissent à la parodie et à l’esthétique pop. Son roman PanAmérica (1967) convoque sur une plage brésilienne, lors d’un tournage hollywoodien grandiose de scènes bibliques, les vedettes de ce monde, de Marilyn Monroe à Andy Warhol, du joueur de base-ball DiMaggio au Che ou au général de Gaulle. Une façon mi-délirante, mi-caustique de se situer dans le monde.

Dans le genre autobiographique, retenons aussi l'œuvre atypique et grandiose du mémorialiste Pedro Nava (1903-1984), qui construit une fresque savoureuse en donnant vie aux souvenirs d'une vieille famille implantée dans diverses régions du pays. Sa prose charnue, d'une vitalité débordante, redonne une mémoire à une culture souvent amnésique (Baú de ossos, L'Arche des os, 1972).

L'exceptionnelle qualité de la fiction a son équivalent dans la poésie. João Cabral de Melo Neto (1920-1999), dans un parcours presque ascétique, réussit à construire des textes avec la rigueur d'un ingénieur. Son régionalisme d'épure n'accepte aucune compromission avec le folklore. Après cão sem plumas (Le Chien sans plumes, 1950), il aborde la forme de longs poèmes théâtralisables, tels que Morte e vida Severina (1956) et Auto do Frade (1984). Avec Péricles Eugênio da Silva Ramos (1919-1992) et, entre autres, Mauro Mota (1911-1984) et Dantas Motta (1913-1974), Bueno de Rivera (1914-1982), Marcos Konder Reis (1922-2001), Geir Campos (1924-1999), Lêdo Ivo (1924-2012) appartient à la même génération dite de 1945, mais il n'hésite pas à s'adonner à une poésie non conformiste dont le lyrisme est d'une grande prégnance verbale (Central poética, La Centrale poétique, 1976). L'inspiration lyrique nourrit également la poésie métaphorique de Carlos Nejar (1939).

Une rupture s'est produite avec la poésie « concrète » des frères Augusto et Haroldo de Campos (1929-2003), ainsi que de Décio Pignatari (1927-2012), qui ont cherché de façon inventive à enrichir le texte d'une dimension graphique, et donc visuelle, en lui incorporant le design contemporain. Une dissidence néoconcrète, touchant les arts plastiques comme la poésie, se fait jour en 1959, conduite entre autres par Ferreira Gullar, qui adhère peu après à la vague d’engagement mobilisant artistes et intellectuels au service d’une prise de conscience de la part du peuple, autour de l’expérience du Centre populaire de culture. Le coup d’État de 1964 interrompt cet élan et les questionnements qu’il suscite, dont le souffle lyrique du Poema suja (Poème sale, 1976) peut être lu comme une brillante queue de comète. Entre-temps, une myriade de jeunes poètes rompt avec les codes traditionnels, tant dans la forme et le propos que dans les modes d’édition et de diffusion. Cette nébuleuse poétique dite « marginale », en rupture avec les métarécits politiques et nationaux, renoue avec le premier Oswald de Andrade et se nourrit de l’esprit de la contre-culture. Elle trouve sa meilleure expression chez des auteurs qui la transcendent : certains se sont aussi illustrés comme paroliers, tels Torquato Neto (1944-1972, Torquatália, 2 vol., 2005), Paulo Leminski (1944-1989), auteur d’une poésie éclair (Toda poesia [Toute la poésie], 2013) ou Antônio Carlos de Brito, plus connu sous le nom de Cacaso (1944-1987, Lero-lero [Blabla], 2002). La diction, minimaliste et lyrique, de Francisco Alvim se distingue par sa façon incisive de jouer de « la voix des autres », selon l’expression de Roberto Schwarz. Les multiples avatars de Carlos Felipe Alves Saldanha, dont le plus célèbre est Zuca Sardan, annoncent, comme les dessins faussement infantiles qui accompagnent ses vers, une fantaisie irrévérente, polissonne et dérisoirement naïve. Ana Cristina Cesar (1952-1983), figure clé de cette génération, concilie l’informalité intimiste de l’époque et un art savant des masques et des leurres où se retrouvent Baudelaire, T. S. Eliot et bien d’autres phares de la modernité (teus pés, Gants de peau et autres poèmes, 1982).

Le théâtre connaît une production des plus variées, qui va du retour à l'inspiration ibérique et populaire avec Ariano Suassuna (1924-2014) aux pièces urbaines de Nelson Rodrigues (1912-1980). Dans son théâtre « désagréable », celui-ci crée des monstres qui violent la morale pratique et quotidienne. Ces êtres merveilleusement théâtraux exhibent sans pitié l'inconscient brésilien (Valsa no 6, 1951 ; beijo no asfalto, Le Baiser sur l’asphalte, 1960 ; Toda nudez será castigada, Toute nudité sera châtiée, 1965).

—  Mario CARELLI, Michel RIAUDEL

La littérature contemporaine

À partir de 1985, le Brésil sort du régime militaire instauré en 1964 et reprend une vie démocratique. La littérature va infléchir ses références littéraires et ses modèles culturels. L'urbanisation, la violence, l'ouverture internationale, déjà à l'œuvre dans la génération antérieure, restent inséparables encore un temps, sur d'autres registres, de la quête de l’identité nationale. Ainsi, João Ubaldo Ribeiro donne avec Viva o povo brasileiro (Vive le peuple brésilien, 1984) un roman épique qui apparaît comme la généalogie de trois siècles d'histoire du pays et le symbole du peuple brésilien, élaboré à partir de la matrice bahianaise.

Mais on observe un effacement progressif des grands récits fondateurs nationaux avec l'échec du projet modernisateur et le vacillement des repères, personnels et sociaux, le passage du Brésil rural au Brésil urbain et aux périphéries livrées à la violence, l'insécurité et la destruction du lien social, la montée des expressions communautaires revendiquant une véritable reconnaissance. La diversité régionale semble au début du xxie siècle peser moins que l’éclatement thématique et esthétique, à l’image du penchant plus intériorisé qui caractérise Caio Fernando Abreu (1948-1996), écrivain marqué du sceau de la marginalité vécue comme retrait et isolement : Onde andará Dulce Veiga ? (Qu'est devenue Dulce Veiga ?, 1990). Mentionnons également l’écriture « hors sol » des livres à succès de Paulo Coelho qui répondent, tant au Brésil qu'à l'étranger, à certaines attentes ésotériques new age déclinant dans la fiction une prose de réconfort moral.

Violence et formalisme

Dans cet âge ouvert aux extrêmes par l’affaiblissement des centres, les récits oscillent entre un hyperréalisme proche du document ou de l'enquête et une littérature du désarroi existentiel où vacillent les signes identitaires.

Quand elle s’opère, la rupture, tant sociologique qu’esthétique, se fait essentiellement par mutation du substrat local en littérature urbaine, dont les références sont les écrivains états-uniens, avec comme points de rencontre la thématique de la violence et la brutalité du style. Rubem Fonseca s'est imposé comme un maître de cette veine avec Bufo e Spallanzani (1985) et Vastas emoções e pensamentos imperfeitos (Vastes émotions et pensées imparfaites, 1988). La technique du roman noir et celle du cinéma ou de la télévision marquent ce courant qui bénéficie d'un engouement considérable, sans que la frontière entre littérature et sous-littérature soit toujours évidente, certains de ces romans semblant destinés d'emblée à l'adaptation cinématographique. Citons José Louzeiro avec Pixote, infância dos mortos (Pixote, la loi du plus faible, 1977), marqué par son expérience de reporter et de scénariste, ou Patrícia Melo avec O matador (Le Tueur, 1995). Cette lignée se radicalise avec la « génération 90 » et des écrivains comme Marçal Aquino, Fernando Bonassi, Cadão Volpato ou Luiz Ruffato, auteur de Eles eram muitos cavalos (Tant et tant de chevaux, 2001) ; ou encore dans l’essor du roman noir et du polar, qu’illustre plus récemment Edyr Augusto (Os éguas, Belém, 1998). D’autres, tels Luiz Alfredo Garcia-Roza, créateur du commissaire Espinosa (silêncio da chuva, Le Silence de la pluie, 1996) ou Luís Fernando Veríssimo (Borges e os orangotangos eternos, Borges et les orangs-outangs éternels, 2000), reviennent au genre moins spectaculaire de l’intrigue à énigme.

Cette littérature urbaine de la violence en impose et suffoque le public, à l’opposé des récits en mode mineur qui, en faisant la part de l’implicite, permettent au lecteur de trouver sa place. Mobilisant un répertoire et des techniques formatés, les récits du document brut exigent leur lot de trafiquants, de prostitués, d’immigrés, de chômeurs, de tueurs à gage au service d'hommes politiques corrompus ou d'affairistes mafieux. Se voulant efficaces, ils ne s'intéressent ni à l'analyse psychologique ni aux effets esthétiques. Ils naissent des médias – cinéma et surtout télévision – ou les alimentent, déplaçant la littérature à sa périphérie, là où elle peut répercuter la brutalité, à l'image des marginaux des « favelas » suburbaines livrées à la violence.

L’autre influence vient de la culture hip-hop, soutenue par une rhétorique de la revanche et de l’interpellation, bien illustrée par le roman Capão pecado (Chapon péché, 2000) de Ferréz, jeu homophonique sur le quartier de la banlieue de São Paulo, Capão Redondo ; ou plus récemment son Manual prático do ódio (Manuel pratique de la haine, 2003). On assiste à l’infléchissement de la littérature de témoignage inaugurée par Quarto de despejo. Diário de uma favelada (Chambre des rejets. Journal d’une habitante de favela, 1960) de Carolina Maria de Jesus (1914-1977). De Paulo Lins, le roman Cidade de Deus (La Cité de Dieu, 1997) sort incontestablement du lot par son élaboration poétique, qu’a un peu estompée le succès considérable de l’adaptation cinématographique de Fernando Meirelles, en 2002.

Deux facteurs sous-tendent encore ce mouvement : la sociabilité littéraire du Web, dont le prolifique Daniel Galera est considéré comme un pionnier, et l’essor du culturalisme, qui privilégie l’ancrage communautaire sur l’ancrage territorial. Même si l’auteur cherche en général à dépasser les frontières, certains fédèrent volontiers autour de la cause féministe, noire, gay, ou de l’histoire juive. Cela fonctionne autant de façon « offensive » qu’à rebours, dans les doutes qui entourent les arborescences de la judéité, chez Michel Laub (1973) et son Diário da queda (Journal de la chute, 2011). Ou encore chez Adriana Lisboa, dans le relativisme des racines et des identités, pour des personnages qui transitent entre Brésil, États-Unis, Afrique et autres continents.

Sur un autre versant, le plaisir de conter, l'inventivité narrative, l'alacrité du ton font le charme du gaucho juif Moacyr Scliar (1937-2011), auteur de fables picaresques habitées d'un humour mélancolique et d'une interrogation sur la condition humaine : estranha nação de Rafael Mendes (L'Étrange Naissance de Rafael Mendes, 1983), Majestade do Xingu (Sa Majesté des Indiens, 1997) ou encore mulher que escreveu a Bíblia (La Femme qui écrivit la Bible, 1999). Il arrive que ces textes conservent un terreau local, comme c’est aussi le cas chez le

Bahianais Antonio Torres et plus nettement chez l'Amazonien Márcio Souza, avec Galvez imperador do Acre (L'Empereur d'Amazonie, 1978), récit d'humour picaresque et bouffon. Originaire du Ceará, le prosateur et dramaturge Ronaldo Correia de Brito cisèle sa prose en puisant entre autres dans la culture populaire du sertão, des histoires de cordel et dans les trames partagées par la littérature dite « universelle », qu’il s’agisse de son roman Galiléia (Le Don du mensonge, 2009) ou des nouvelles de Faca (Le jour où Otacílio Mendes vit le soleil, 2003) et de livro dos homens (Le Livre des hommes, 2005).

Entre héritage et invention

Les divers paradigmes et polarisations envisagés ne suffisent pas, néanmoins, à définir la situation du roman brésilien, aucun n’en épuisant à lui seul le champ. La littérature plus formelle, faisant une place à l’expérimentation, ne s’interdit pas le détour par le roman policier, le thriller ou le fantastique. La différence serait plutôt qu’elle mêle à plaisir le vrai et le faux, plus proche en cela d'un Borges. Ainsi, les romans de Bernardo Carvalho se présentent comme des récits enchâssés, où le champ de la fiction et celui du réel se contaminent, simples constructions du langage, où la quête du secret révélé est toujours relative (Nove noites, Neuf Nuits, 2002 ; Mongólia, 2003 ; filho da mãe, Ta mère, 2009). Dans ces œuvres labyrinthiques et oppressantes, le sens n'existe qu'en suspens.

De même le désarroi, l'instabilité du moi, le questionnement identitaire, les frontières de l'altérité sont à l'œuvre dans la prose du chanteur-compositeur Chico Buarque. Après Estorvo (Embrouille, 1991) et Benjamim (Court-circuit, 1995), Budapest (2003) retrouve le vacillement de personnages obsessionnels confrontés à des situations absurdes, le héros étant ici tiraillé entre deux langues, deux femmes, deux villes. irmão alemão (Le Frère allemand, 2014) revient sur la découverte tardive d’un demi-frère, fruit du séjour en Allemagne de Sérgio Buarque de Holanda au tout début des années 1930, et suggère un lien entre ce retour à la littérature (déjà amorcé sans succès en 1974) et le fantôme de la figure paternelle, grand intellectuel et historien, qu’on sent planer sur cette écriture.

Toujours aux antipodes de la littérature expressionniste qui joue en quelque sorte d’un exotisme à l’envers, les romans de Milton Hatoum modulent un récit introspectif et lyrique situé à Manaus, capitale de l'Amazonie, jouant des moirages et contrepoints de confluences chrétiennes et musulmanes, amérindiennes et occidentales. À l'image de l'œuvre de Raduan Nassar, d'origine libanaise, les romans de Milton Hatoum cultivent une veine élégiaque et mémorielle, sur fond de nostalgie d'Orient, d’intertextes savants et de rêverie primitiviste. Souvent conçue comme une quête des origines ou une élucidation de mystères laissés en suspens, conduites par des personnages marginalisés, les vaincus de l’histoire, cette œuvre (Relato de um certo Oriente, Récit d'un certain Orient, 1989 ; Dois irmãos, Deux frères, 2000 ; Cinzas do Norte, Cendres d’Amazonie, 2005) trouve ses filiations du côté de Flaubert, de Faulkner et de Proust : « le temps [y] est la matière », au fil d’une « recherche silencieuse d'un sens donné à l'existence ». Enracinés loin du bruit et de la fureur des mégapoles, ces romans sont aussi travaillés avec pudeur et poésie par des « ailleurs », autant que par les impasses et les échecs d'un Brésil désaccordé. La réécriture de mythes classiques, dans le court Órfãos do Eldorado (Orphelins de l’Eldorado, 2008), manifeste d’autre part une perméabilité de la fiction brésilienne à l’influence du perspectivisme de l’anthropologue Eduardo Viveiros de Castro, qu’on retrouve dans primeira história do mundo ([La Première Histoire du monde], 2014), d’Alberto Mussa. Après le bon accueil réservé à enigma de Qaf (L’Énigme de Qaf, 2004) et movimento pendular (Le Mouvement pendulaire, 2006), le romancier s’y empare du « premier crime » commis à Rio, en 1567, sur le mode de l’intrigue policière et non sans mêler à son tour imagination et histoire.

À hauteur d’expérience

Quand certains revendiquent haut et fort la valeur documentaire et d’intervention sociale de leur prose, d’autres prennent le parti de dépasser les vies individuelles dont ils s’inspirent pour une visée moins séculière. Dans cette lignée s’inscrit le beau livre de Modesto Carone, Resumo de Ana (Résumé d'Ana, 1987), récit poignant qui se situe pour l'essentiel dans une petite ville de l'intérieur de l'État de São Paulo. C'est l'histoire, faite de défaites et de désastres et filtrée par un narrateur impassible, d'une humble famille qui se désintègre. On songe ici au Flaubert d'Un cœur simple. On pense aussi aux nouvelles de Vilma Âreas, comme la « Thereza » de Vento sul (Vent du sud, 2011), non moins emblématique d’une immigration provinciale italienne.

Tournant le dos à un naturalisme explicite, quelques auteurs cherchent une voie médiane qui assumerait à la fois l’observation sociale contemporaine et la mise en perspective propre à l’écriture. Dans le sillage, qu’il soit revendiqué ou non, de deux figures tutélaires, Sérgio Sant’Anna et João Gilberto Noll, tous deux à leur manière soucieux de la tension entre le neutre et le subjectif, les diffractions de João Anzanello Carrascoza (Aos 7 e aos 40, À sept et à quarante ans, 2013), les subtils échafaudages de Rubens Figueiredo (Passageiro do fim do dia, Passager de la fin du jour, 2010) ou les emboîtements perplexes et parfois très personnels de Cristovão Tezza (filho eterno, Le Fils du printemps, 2007) perpétuent une des tâches de la littérature : le travail et l’élaboration du chaos.

Au titre d’une littérature de l’après-dictature, deux textes se distinguent, qui partent de l’expérience familiale : d’une part le récit éclaté et désenchanté jusqu’à l’incandescence de José Almino, motor da luz (Les Nôtres, 1994), montage polyphonique des espérances des humbles et, en contrepoint, des postures velléitaires ou simplement de l’impuissance à changer l’ordre autoritaire et inégalitaire des choses. Le K. Relato de uma busca (K., 2011) de Bernardo Kucinski restera, pour sa part, comme le bouleversant témoignage du cynisme de la répression contre la résistance au régime militaire. Un père comprend peu à peu la « disparition » de sa fille, découvre un mariage secret, son engagement dans la lutte armée, mais aussi les abominations des enlèvements arbitraires, de la torture, la contamination paranoïaque pénétrant jusqu’aux groupes clandestins. Alors que le roman de José Almino s’enracinait notamment dans la région du Crato et la lignée brésilienne des Alencar, celui de Bernardo Kucinski dialogue avec Kafka, la littérature de l’extermination juive et de la culture yiddish.

Trajectoires de la poésie

L'évolution de la poésie ne diffère guère du destin général de cette littérature. On a dit que « toute l'histoire de la poésie moderne brésilienne est un va-et-vient entre la forme et le contenu, entre poétiques libérées et retour à des modèles formels propres à limiter le flux verbal et facile d'une poésie de dénonciation et de protestation » (Luciana Stegagno Picchio). À l'avant-garde moderniste (1922-1940) succède le « retour à l'ordre » formel de la génération de 1945, puis l'utopie avant-gardiste du concrétisme. Désormais polymorphe et polyphonique, sans projet collectif, cette poésie oscille entre lyrisme et constructivisme. Très cultivé et suivant de près la production de ses pairs, au Brésil comme à l’étranger, Carlito Azevedo circule synthétiquement entre discursivité prosaïque, maniérisme, raffinement sensuel et poésie du corps. Paulo Henriques Britto assouplit sa rigueur formelle, son attachement aux effets de mètres et de signifiants, grâce à une diction du subjectif, du désordre et de la surprise (Mínima lírica, [Minime lyrique], 1989 ; Macau, [Macao], 2003). Alexei Bueno cultive un goût plus traditionnel de l’allégorique et du narratif, qui n’exclut pas la provocation. Nourrie de philosophie, Orides Fontela (1940-1998) livre une écriture dense, concise, valéryenne : Alba (1983), Rosácea ([Trèfle], 1986), Transposição (1969), Helianto ([Rosace], 1973).

C'est d’ailleurs peut-être dans la poésie que l'apport des femmes est le plus considérable. Après Cecília Meireles (1901-1964), Henriqueta Lisboa (1901-1985) et Maria Ângela Alvim (1926-1959), les vers d’Adélia Prado et de Hilda Hilst (1930-2004) conjuguent érotisme et mysticisme. La première, grande lectrice de Drummond de Andrade, témoigne d’une religiosité quotidienne, et néanmoins sensuelle et transgressive ; la seconde fait se côtoyer, dans les vers comme dans ses nouvelles ou son théâtre, imploration et imprécation, célébration et profanation, jouissance et perversion, prière et blasphème (obscena Senhora D., L’Obscène Madame D., 1982 ; caderno rosa de Lori Lamby, [Le Cahier rose de Lori Lamby], 1990 ; Do amor et Poemas mauditos, gozosos e devotos, De l'Amour, précédé de Poèmes maudits, jouissifs et dévots, 1999 et 1984).

Le vers va et vient entre son pôle sonore et son pôle visuel, dans une tension qui accepte la conciliation, ne serait-ce qu’à travers les nouveaux médias ; entre l’« art pauvre » de Manuel de Barros (1916-2014), l’expérimentation d’un Ricardo Aleixo poursuivant à travers le livre et la vidéo l’aventure concrétiste, croisée le cas échéant avec les références afros (Festim, [Festin], 1992 ; A roda do mundo, [La Roue du monde], avec Edimilson de Almeida Pereira, 1996), la performance orale des « saraus », réunions très en vogue de jeunes voix poétiques à la périphérie des villes, et l’ut pictura d’un Alberto Martins, qui est à la fois poète et graveur. Si le travail du bois fournissait déjà des pistes de lecture et d’interprétation de Poemas (Poèmes, 1990), par ce qu’il supposait de renversements du blanc au noir, de résistance du grain et de la fibre, par la rugosité impondérable des « illustrations », il occupe une place à chaque fois renouvelée dans la trilogie de Martins consacrée à la ville de Santos : les paysages de Cais ([Quais], 2002), le roman familial de história dos ossos ([L’Histoire des os], 2005) et de Lívia e o cemitério africano ([Lívia et le cimetière africain], 2013).

Ce qu’est, en fin de compte, la littérature : poussières et vibrations particulières d’une histoire collective, ici écartelée entre « deux Brésils », tiers-mondiste et postmoderne, hyperréelle ou déréalisée.

—  Michel RIAUDEL, Pierre RIVAS

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Écrit par :

  • : professeur des Universités
  • : maître de conférences honoraire de littérature comparée, université de Paris-X-Nanterre
  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, chargé de recherche au C.N.R.S.
  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Poitiers

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Pour citer l’article

Michel RIAUDEL, Pierre RIVAS, Mario CARELLI, Ronny A. LAWTON, « BRÉSIL - La littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/bresil-la-litterature/