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La littérature contemporaine

À partir de 1985, le Brésil sort du régime militaire instauré en 1964 et reprend une vie démocratique. La littérature va infléchir ses références littéraires et ses modèles culturels. L'urbanisation, la violence, l'ouverture internationale, déjà à l'œuvre dans la génération antérieure, restent inséparables encore un temps, sur d'autres registres, de la quête de l’identité nationale. Ainsi, João Ubaldo Ribeiro donne avec Viva o povo brasileiro (Vive le peuple brésilien, 1984) un roman épique qui apparaît comme la généalogie de trois siècles d'histoire du pays et le symbole du peuple brésilien, élaboré à partir de la matrice bahianaise.

Mais on observe un effacement progressif des grands récits fondateurs nationaux avec l'échec du projet modernisateur et le vacillement des repères, personnels et sociaux, le passage du Brésil rural au Brésil urbain et aux périphéries livrées à la violence, l'insécurité et la destruction du lien social, la montée des expressions communautaires revendiquant une véritable reconnaissance. La diversité régionale semble au début du xxie siècle peser moins que l’éclatement thématique et esthétique, à l’image du penchant plus intériorisé qui caractérise Caio Fernando Abreu (1948-1996), écrivain marqué du sceau de la marginalité vécue comme retrait et isolement : Onde andará Dulce Veiga ? (Qu'est devenue Dulce Veiga ?, 1990). Mentionnons également l’écriture « hors sol » des livres à succès de Paulo Coelho qui répondent, tant au Brésil qu'à l'étranger, à certaines attentes ésotériques new age déclinant dans la fiction une prose de réconfort moral.

Violence et formalisme

Dans cet âge ouvert aux extrêmes par l’affaiblissement des centres, les récits oscillent entre un hyperréalisme proche du document ou de l'enquête et une littérature du désarroi existentiel où vacillent les signes identitaires.

Quand elle s’opère, la rupture, tant sociologique qu’esthétique, se fait essentiellement par mutation du substrat local en littérature urbaine, dont les références sont les écrivains états-uniens, avec comme points de rencontre la thématique de la violence et la brutalité du style. Rubem Fonseca s'est imposé comme un maître de cette veine avec Bufo e Spallanzani (1985) et Vastas emoções e pensamentos imperfeitos (Vastes émotions et pensées imparfaites, 1988). La technique du roman noir et celle du cinéma ou de la télévision marquent ce courant qui bénéficie d'un engouement considérable, sans que la frontière entre littérature et sous-littérature soit toujours évidente, certains de ces romans semblant destinés d'emblée à l'adaptation cinématographique. Citons José Louzeiro avec Pixote, infância dos mortos (Pixote, la loi du plus faible, 1977), marqué par son expérience de reporter et de scénariste, ou Patrícia Melo avec O matador (Le Tueur, 1995). Cette lignée se radicalise avec la « génération 90 » et des écrivains comme Marçal Aquino, Fernando Bonassi, Cadão Volpato ou Luiz Ruffato, auteur de Eles eram muitos cavalos (Tant et tant de chevaux, 2001) ; ou encore dans l’essor du roman noir et du polar, qu’illustre plus récemment Edyr Augusto (Os éguas, Belém, 1998). D’autres, tels Luiz Alfredo Garcia-Roza, créateur du commissaire Espinosa (silêncio da chuva, Le Silence de la pluie, 1996) ou Luís Fernando Veríssimo (Borges e os orangotangos eternos, Borges et les orangs-outangs éternels, 2000), reviennent au genre moins spectaculaire de l’intrigue à énigme.

Cette littérature urbaine de la violence en impose et suffoque le public, à l’opposé des récits en mode mineur qui, en faisant la part de l’implicite, permettent au lecteur de trouver sa place. Mobilisant un répertoire et des techniques formatés, les récits du document brut exigent leur lot de trafiquants, de prostitués, d’immigrés, de chômeurs, de tueurs à gage au service d'hommes politiques corrompus ou d'affairistes mafieux. Se voulant efficaces, ils ne s'intéressent ni à l'analyse psychologique ni aux effets esthétiques. Ils naissent des médias – cinéma et surtout télévision – ou les alimentent, déplaçant la littérature à sa périphérie, là où elle peut répercuter la brutalité, à l'image des marginaux des « favelas » suburbaines livrées à la violence.

L’autre influence vient de la culture hip-hop, soutenue par une rhétorique de la revanche et de l’interpellation, bien illustrée par le roman Capão pecado (Chapon péché, 2000) de Ferréz, jeu homophonique sur le quartier de la banlieue de São Paulo, Capão Redondo ; ou plus récemme [...]

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, chargé de recherche au CNRS
  • : docteur ès lettres, professeur à l'université de Poitiers
  • : professeur des Universités
  • : maître de conférences honoraire de littérature comparée, université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Mario CARELLI, Ronny A. LAWTON, Michel RIAUDEL, Pierre RIVAS, « BRÉSIL - La littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bresil-la-litterature/