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BOUCHER DE PERTHES (J.)

Le nom de Jacques Boucher de Perthes est lié à la naissance en France, au milieu du xixe siècle, de deux disciplines scientifiques, l’archéologie préhistorique et la paléontologie humaine. Il combattit trois décennies durant pour la reconnaissance de l’« homme fossile », contemporain des grands animaux éteints. S’appuyant sur des arguments géologiques, paléontologiques et archéologiques, il parvint à réfuter l’idée d’une apparition récente de l’humanité, imposée par la chronologie biblique et par les sciences de son temps. Avec lui, l’existence humaine se creuse désormais de toute la profondeur des temps préhistoriques, ouvrant sur la possibilité d’étudier l’évolution biologique de l’homme et ses cultures aux temps paléolithiques (les plus anciens) et néolithiques (plus récents).

Jacques Boucher de Perthes - crédits : Science Photo Library/ AKG-images

Jacques Boucher de Perthes

Boucher de Perthes est né le 10 septembre 1788 à Rethel (Ardennes). Il appartient à une famille noble, reconvertie dans l’administration des douanes au moment de la Révolution. Le nom qu’il choisit associe une partie du patronyme de son père (Boucher de Crèvecœur) à celui de sa mère, descendante de la famille de Jeanne d’Arc. Personnage pittoresque à la vie foisonnante et mouvementée, directeur des douanes d’Abbeville à partir de 1825, il est un autodidacte et un auteur prolixe de pièces de théâtre, romans, poèmes et chansons, nouvelles, mémoires et récits de voyage, pamphlets et méditations philosophiques. Son traité De la Création expose en cinq volumes (1835-1840) une théorie spiritualiste de l’évolution fondée sur la thèse de la métempsycose.

« Un bohème de la science »

Le combat acharné que Boucher de Perthes dut mener, vingt ans durant, pour la reconnaissance de l’ancienneté humaine s’explique par les conditions du débat scientifique à cette époque : sans doute fallait-il être un « bohème de la science » à l’imagination débordante, un amateur de province libre de ses opinions et un aristocrate aisé, financièrement indépendant, pour pouvoir affirmer hautement, contre les autorités académiques et contre les dogmes cuviériens régnant encore en France au milieu du xixe siècle, l’existence de l’« homme fossile ».

Boucher de Perthes est un héritier autant qu’un fondateur. Fils aîné du botaniste Jules-Armand Guillaume Boucher de Crèvecœur, membre de l’Institut et ami de Lamarck, de Brongniart, de Bichat et de Cuvier, il côtoie dès l’enfance les plus brillants naturalistes de son temps. Il hérite aussi des observations de nombre d’amateurs (John Frere en Angleterre, François Jouannet, Paul Tournal, Jules de Christol en France, Philippe-Charles Schmerling et François-Xavier Burtin en Belgique) qui, depuis le xviiie siècle, ont signalé des trouvailles d’objets manufacturés ou de vestiges humains associés à des restes d'animaux éteints. Il hérite enfin des travaux de Casimir Picard, médecin et remarquable naturaliste amateur qu’il rencontre au sein de la Société d’émulation d’Abbeville dont il est le président. Picard, avant de mourir en 1841 à l’âge de trente-quatre ans, a posé entre 1835 et 1840 les bases de la typologie des outils de silex en identifiant les objets de pierre taillée comme des instruments à part entière. Il a compris les principes du débitage laminaire, sans toutefois chercher à établir une chronologie des industries ainsi décrites.

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Écrit par

  • : professeure d'université, directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Jacques Boucher de Perthes - crédits : Science Photo Library/ AKG-images

Jacques Boucher de Perthes

Autres références

  • ÂGE ET PÉRIODE

    • Écrit par Jean-Paul DEMOULE
    • 1 957 mots
    ...: peut-on, se demandent les savants, retrouver les restes d'un homme « antédiluvien » ? C'est en ces termes que l'un des fondateurs de la préhistoire, Boucher de Perthes, publie en 1847 et 1857 ses Antiquités celtiques et antédiluviennes, définitivement reconnues par le monde scientifique en 1859....
  • FRANCE, archéologie

    • Écrit par Christian GOUDINEAU
    • 5 448 mots
    • 2 médias
    ...civilisations gréco-romaines demeurait prépondérant : les grands personnages visitaient l'Italie et la Grèce, les collections qu'ils se constituaient étaient faites de pièces étrangères à de rares exceptions près. Un cas significatif est celui de Napoléon III auquel on doit les premières campagnes archéologiques...
  • LA DESCENDANCE DE L'HOMME ET LA SÉLECTION SEXUELLE, Charles Darwin

    • Écrit par Thierry HOQUET
    • 1 404 mots
    • 1 média
    ...humaine ont joué un rôle important dans la réception des idées darwiniennes. Le contexte est de fait porteur puisque, dès 1860, le préhistorien français Jacques Boucher de Perthes prononce devant la Société impériale d'émulation d'Abbeville un discours intitulé « De l'Homme antédiluvien et de ses œuvres...
  • PALÉOANTHROPOLOGIE ou PALÉONTOLOGIE HUMAINE

    • Écrit par Herbert THOMAS
    • 4 906 mots
    • 4 médias
    C'est au Français Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes que l'on devra, dès 1842, peu après la mort de son ami Casimir Picard qui lui avait tracé la voie, les premières constatations de ce type, faites en particulier dans les sablières de Menchecourt, près d'Abbeville. C'est dans les alluvions de l'ancien...

Voir aussi