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KARLOFF BORIS (1887-1969)

L'acteur américain Boris Karloff se confond incontestablement avec la figure mythique de la créature de Frankenstein, même s'il désespéra durant toute sa carrière d'échapper à cette image et aux films d'horreur qu'il prisait médiocrement.

William Henry Pratt est né dans la banlieue de Londres, à Dulwich, le 23 novembre 1887. Promis à une carrière de fonctionnaire d'ambassade, il émigre au Canada en 1909, où il se sent attiré pour le théâtre : une excellente mémoire et un physique peu commun, aux traits durs, le servent. Il parcourt le Canada puis les États-Unis durant cinq ans et, comédien consciencieux, voit ses rôles prendre de l'importance. À partir de 1916, il apparaît dans une cinquantaine de films muets. On le remarque dans un rôle de gangster en 1931, dans Code criminel, d'Howard Hawks, qui lui donnera en 1932 le rôle de Gaffney dans Scarface. En 1931, James Whale le choisit pour interpréter la créature d'un film fantastique d'un genre inédit, Frankenstein. Son nom ne figure pas au générique et son visage disparaît derrière le masque fabriqué avec talent par le maquilleur Jack Pierce. Pourtant, c'est la « créature » que plébiscite le public. Certes, le travail de Pierce allie la laideur à une certaine beauté, mais derrière ce faciès, Karloff laisse transparaître l'humanité tragique, la douleur muette du personnage imaginé par Mary Shelley, comme dans les deux seules autres versions de la saga où il interpréta le rôle, La Fiancée de Frankenstein (J. Whale, 1935) et Le Fils de Frankenstein (Rowland V. Lee, 1939). En 1945, on le retrouve dans La Maison de Frankenstein (Erle C. Kenton), honteuse dégradation du mythe où il devient un délirant successeur du fameux docteur affronté au comte Dracula ressuscité par inadvertance... La trajectoire s'achève sur une inversion majeure : Karloff devient le baron Frankenstein lui-même dans le très médiocre Frankenstein 1970 (Howard W. Koch, 1958).

Dans le même registre, il est le héros « monstrueux » de La Momie (Karl Freund, 1932), du Fantôme vivant (T. Hayes Hunter, 1933), du Mort qui marche (Michael Curtiz, 1936), mais il interprète aussi de nombreux rôles de savants fous, ou que leurs recherches perturbent physiquement ou intellectuellement : Cerveaux de rechange (Robert Stevenson, 1936), Vendredi 13 (Arthur Lubin, 1940), The Devil Commands (Edward Dmytryck, 1941), The Climax (George Wagner, 1941) entre autres. Savant et créature ne sont que les deux faces d'un même personnage, le savant fou devenant monstrueux à son tour. On retrouve ici le thème du Dr Jekyll et Mr Hyde, rôle qu'il interpréta aux côtés des comiques Abott et Costello dans Deux Nigauds contre Dr Jekyll et Mr Hyde (Charles Lamont, 1953), une des pires parodies dans les quelles on retrouve Karloff dans les années 1940 et 1950, où il joue parfois les utilités (chef indien dans les Conquérants d'un nouveau monde, de Cecil B. DeMille, 1947). Mais il excelle dans un rôle à la Jekyll et Hyde dans le remarquable Baron Gregor (R. W. Neill, 1935).

Ce dédoublement se retrouve dans les films où il joue en tandem avec son rival Bela Lugosi, qui, selon certaines sources, refusa le rôle de Frankenstein. Dans Le Chat noir (Edgar G. Ulmer, 1934), Le Corbeau (Louis Fridlandler, 1935), d'après Edgar Poe, Le Rayon invisible (Lambert Hillyer, 1936), Le Fils de Frankenstein, Vendredi 13 et Le Voleur de cadavres (Robert Wise, 1945), la force animale extériorisée et destructrice de Karloff s'oppose à celle, autodestructrice, qui détruit le personnage de Lugosi.

Dans les années 1960, il retrouve des rôles de qualité, souvent marqués par l'humour, comme dans Le Corbeau (Roger Corman, 1963), A Comedy of Terrors (Jacques Tourneur, 1964) ou Les Trois Visages de la peur (Mario Bava, 1964). Il achève sa carrière, avant de mourir en 1969, en[...]

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Écrit par

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • FANTASTIQUE

    • Écrit par Roger CAILLOIS, Éric DUFOUR, Jean-Claude ROMER
    • 21 027 mots
    • 17 médias
    ...Frankenstein, ou le Prométhée moderne (1818), Frankenstein donnait l'occasion à l'excellent maquilleur Jack Pierce de créer le masque pathétique porté par le monstre, incarné magistralement par un comédien jusqu'alors obscur, William Henry Pratt, plus connu sous le nom de Boris Karloff.
  • FRANKENSTEIN (M. Shelley) - Fiche de lecture

    • Écrit par Guy BELZANE
    • 1 566 mots
    ...premières adaptations théâtrales plus que du roman. Il faut l'admettre : c'est d'abord, le plus souvent, le visage grimé et la démarche mécanique de l'acteur Boris Karloff dans les films de James Whale (Frankenstein, 1931 ; La Fiancée de Frankenstein, 1935) que nous évoque spontanément le nom de Frankenstein....

Voir aussi