BOLLYWOOD

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Du mélodrame à la quête d’identité

Les récits de Bollywood sont des mélodrames aux multiples rebondissements et aux innombrables péripéties. Le monde des sentiments, balloté au gré du destin et de la fatalité, se heurte au monde des valeurs, de nature morale, qui dicte sa loi aux personnages. Dans Dilwale..., la jeune fille indienne élevée à Londres se voit tenue par son père de se marier à un garçon issu de leur village natal en Inde. Amoureuse d’un Indien de Londres, elle accepte la décision paternelle, contrariée mais néanmoins soumise à l’autorité paternelle. Quand le père apprend que sa fille aime un autre homme, sa colère étant apaisée, il l’accepte pour gendre. La Famille indienne de Karan Johar (2001) est l’un des plus gros succès de ces dernières années et met aussi en scène l’héritier d’une riche famille qui fait le choix d’épouser une femme d’un rang social inférieur. Le père refusant de bénir cette union, le couple s’exile à Londres. Le film explore les sentiments de chacun et interroge la place de chaque membre de cette famille dévastée, avant la grande réunion finale en Inde.

L’ordre parental, généreux et compréhensible, est la métaphore d’une nation tolérante qui sait évoluer et se mettre à l’écoute des jeunes générations. Ainsi, les productions de Bollywood ne se limitent pas à donner à lire le cahier des charges de ce qui est permis ou interdit. Elles constituent plutôt le théâtre de ses avancées sur le plan des mœurs. Dans un cinéma où l’adultère reste tabou, Paheli raconte la vie de Lahchi, une jeune mariée dont l’époux est parti au loin pour son travail. Mais un fantôme revêt son apparence et pallie son absence, en permettant à Lahchi d’avoir une vie amoureuse. Le triangle traditionnel (mari, femme, amant) permet de suggérer l’interdit, tout en restant dans le cadre du licite : en effet, c’est avec un fantôme que l’épouse délaissée a une « liaison ». Il est symptomatique que l’un des rares films essayant de mettre en scène un adultère « réel » (Kabhi Alvida Naa Kehna de Karan Johar, 2006) ne convainque pas le box-office. Mais un film comme Dostana (Tarun Mansukhani, 2008) aborde avec succès, par le biais de la comédie, le sujet de l’homosexualité, tout comme un nombre de plus en plus important de films mettent en scène des couples habitant ensemble sans pour autant être mariés. Bollywood, s’il reste un cinéma conservateur, n’est pas hermétique aux changements de la société indienne, mais montre une lente évolution.

L’autre naissance possible de Bollywood remonte aux conséquences des émeutes et des violents affrontements entre la communauté musulmane et hindoue qui ont secoué Bombay en 1993, à la suite de l’incendie d’une mosquée en décembre 1992 par l’extrême droite hindoue. Curieusement, c’est un cinéaste tamoul, Mani Ratnam, qui s’emparera du sujet dans Bombay (1995). À sa suite, de nombreux films reviendront sur ces émeutes intercommunautaires de 1992 (Fiza de Khalid Mohamed, 2000) ainsi que celles qui secouent le pays, notamment en 2002 au Gujarat (Parzania de Rahul Dholakia, 2007). Beaucoup de films de Bollywood, outre ceux qui sont directement influencés par le cinéma américain (KoiMil Gaya, la série des Dhoom), s’intéressent aux problèmes de société, conséquences non résolues de la partition et des tensions interreligieuses. Ainsi Veer-Zaara (Yash Chopra, 2004) raconte les amours difficiles d’un jeune Indien (Shahrukh Khan) et d’une jeune Pakistanaise (Preity Zinta), promise à un autre homme de son pays, tout en appelant à un apaisement des relations entre les deux nations. Dans Fanaa (2006) de Kunal Kohli, une jeune danseuse aveugle (Kajol) tombe amoureuse d’un guide touristique de Bombay (Aamir Khan), qu’elle épouse. Alors qu’elle retrouve la vue, elle apprend sa disparition dans un attentat. L’homme, un terroriste qui lutte pour l’indépendance du Cachemire et qui s’était fait passer pour mort, revient cette fois en soldat de l’armée indienne afin de préparer un nouveau plan meurtrier jusqu’à ce que sa véritable identité soit découverte par celle qu’il a aimée. Toute la fin du film se concentre alors sur le dilemme de la jeune femme, amoureuse de celui qui met en danger la nation indienne. Du coup, la règle sacrée du « happy end » se trouve bouleversée. La jeune femme tuera le père de son enfant malgré son amour pour lui, les intérêts de la nation étant supérieurs aux sentiments personnels. Ce sacrifice de soi dans un élan nationaliste était déjà présent dans le film Dil Se (Mani Ratnam, 1 [...]

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Écrit par :

  • : docteure en études cinématographiques et audiovisuelles
  • : critique de cinéma, maître de conférences en histoire et esthétique de cinéma, université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Amandine D'AZEVEDO, Charles TESSON, « BOLLYWOOD », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bollywood/