BLACK POWER

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C'est en 1966 que Stokely Carmichael, président du SNCC (Student Non-Violent Coordinating Committee), diffuse l'expression de Black Power ou pouvoir noir. Il n'est plus possible en effet d'attendre qu'on applique les lois, ni de se contenter de la promotion de quelques Noirs au sein de la société blanche américaine. Toute la communauté noire est alors incitée à lutter pour sa propre promotion, la coopération véritable entre les races ne s'avérant possible que dans l'égalité. Le premier objectif du Black Power est donc d'amener la communauté noire, d'une part à prendre conscience de ce qu'elle est, de ses racines, de son histoire, de sa culture, d'autre part à définir ses propres buts et à prendre la direction d'organisations spécifiques. À ces conditions seulement, les Noirs peuvent coopérer avec la société dominante aux États-Unis, en la transformant et en rejetant ceux de ses principes qu'ils jugent racistes. Par des pressions économiques et politiques, ils doivent contrôler les institutions là où ils sont majoritaires (dans les ghettos des villes et dans certains comtés du Sud), ou participer au contrôle en proportion de leur force là où ils ne sont pas majoritaires. Cette doctrine se distingue de celle du séparatisme, prôné par les Black Muslims, qui refusent tout contact avec les Blancs et dont certains ont même demandé la création d'une nation noire. Précurseur du Black Power, Malcolm X s'était séparé des Black Muslims et avait préconisé une action politique et sociale au sein de son organisation de l'Unité afro-américaine. Avant d'être assassiné en 1965, il avait suggéré que les Noirs s'appuient sur la force pour réclamer leur dû. L'un des principes du Black Power est en effet d'opposer à la violence la contre-violence, mais en s'appuyant sur la légalité (notamment sur le droit constitutionnel de porter une arme). Cette idée est reprise par le Black Panther Party, créé en 1966 par Bobby Seale et Huey Newton à Oakland, faubourg de San Francisco. Ces derniers soulignent dans leur programme que les Noirs doivent s'armer pour se défendre. Rejoints au printemps de 1967 par Eldridge Cleaver, ils se rendent célèbres par leurs patrouilles dans les ghettos, armés de mitraillettes, portant bérets et vestes noirs en vue de protéger leurs frères de couleur contre les brutalités de la police. Le SNICK de Carmichael, puis de Rap Brown se montre alors très actif, et le CORE (Congress of Racial Equality) devient plus radical sous la conduite de son nouveau président, Floyd McKissick.

Tommie Smith et John Carlos

Photographie : Tommie Smith et John Carlos

Les athlètes américains Tommie Smith, vainqueur, et John Carlos, troisième, sur le podium du 200 mètres aux jeux Olympiques de Mexico, en 1968. Ils lèvent un poing ganté de noir, symbole du Black Power, pour protester contre la ségrégation raciale. 

Crédits : John Dominis/ The LIFE Picture Collection/ Getty Images

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Malcolm X, 1964

Photographie : Malcolm X, 1964

Le militant noir américain Malcolm X (1925-1965), porte-drapeau des Black Muslims, lors d'une réunion avec des étudiants de Queen's College, en 1964. 

Crédits : Hulton Getty

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Cependant, la répression s'organise : les Black Panthers devenant l'ennemi principal de la police fédérale, leurs leaders sont arrêtés et abattus ; leurs troupes sont contrôlées par les policiers qui parviennent à s'y infiltrer.

L'assassinat de Martin Luther King en avril 1968 prive les Noirs américains du seul leader qui pouvait parler au nom du plus grand nombre ; et la coalition des Blancs libéraux qui le soutenaient s'est évanouie.

Marche pour les droits civiques, 1963

Vidéo : Marche pour les droits civiques, 1963

Le 28 août 1963, plus de 200 000 personnes, Blancs et Noirs mêlés, affluent vers Washington pour une marche pacifique en faveur de l'égalité des droits. Près d'un siècle après l'abolition de l'esclavage, la discrimination et la ségrégation raciales sont toujours bien vivantes dans les... 

Crédits : National Archives

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L'action des leaders révolutionnaires se poursuit jusqu'en 1970-1971, surtout sensible dans les grandes villes et marquée par une forte tendance révolutionnaire. Sous l'influence de la guerre du Vietnam, les mouvements noirs se déclarent solidaires des peuples du Tiers Monde, mais bientôt des divisions profondes les atteignent, notamment chez les Black Panthers en 1971. Les leaders évoluent de façon différente : Stokely Carmichael fait retraite en Guinée avant de revenir aux États-Unis en 1973 pour prôner le retour des Noirs en Afrique ; E. Cleaver se réfugie à Cuba, puis en Algérie, d'où il prône la guérilla urbaine ; d'autres passent de nombreuses années en prison. Le mouvement se replie sur des actions locales à travers lesquelles certains essayent encore de mettre en application les principes du Black Power, tandis que d'autres cherchent à s'introduire dans la vie politique, tel Bobby Seale qui tente de conquérir la mairie d'Oakland ; avec Huey Newton, il lance des programmes d'assistance à la communauté noire. Dans les années 1990, les retombées de la bataille pour les droits civiques des Noirs américains sont visibles : représentant 12 p. 100 de la population, ceux-ci comptent 7 000 élus en 1993 (contre 300 trente ans plus tôt). Le pouvoir politique noir est maintenant entre les mains d'un puissant groupe parlementaire (le Black Caucus).

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Tommie Smith et John Carlos

Tommie Smith et John Carlos
Crédits : John Dominis/ The LIFE Picture Collection/ Getty Images

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Malcolm X, 1964

Malcolm X, 1964
Crédits : Hulton Getty

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Marche pour les droits civiques, 1963

Marche pour les droits civiques, 1963
Crédits : National Archives

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  • : diplômée d'études supérieures de science politique, chargée d'études à la direction de la Documentation française

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Pour citer l’article

Martine MEUSY, « BLACK POWER », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/black-power/