PLYMPTON BILL (1946- )

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Réalisateur de films d’animation, Bill Plympton est né le 30 avril 1946 à Portland (Oregon). Après des études à l’Oregon City High School, cet antimilitariste convaincu sert de 1967 à 1972 dans la garde nationale pour éviter de combattre au Vietnam. Il s’installe à New York, suit les cours de la School of Visual Arts, tout en collaborant comme cartoonist et illustrateur à plus de vingt journaux : Filmakers, Newsletter, Film Society Review, The New York Times, Vogue, Village Voice, Rolling Stones, National Lampoon

Après Lucas the Ear of Corn (1977), il signe Boomtown (1985), un musical sur l’absurdité des dépenses militaires durant la guerre froide. Il travaille seul, dans son appartement, utilisant la technique du dessin sur papier, découpé puis collé sur Celluloïd. Procédé fastidieux, mais qui respecte les hachures du crayonné et les nuances de la coloration à la main.

En 1987, il réalise Your face (Ton visage), un court-métrage dans lequel un visage d’homme se déforme, tandis qu'en fond sonore la voix d'une chanteuse plonge dans des graves inattendus. L’effet comique irrésistible du film vaut à Bill Plympton une nomination à l’oscar. Il enchaîne avec How to Kiss (1989, Comment embrasser ?) et 25 Ways to Quit Smoking (1989, Vingt-Cinq Façons d'arrêter de fumer), qui assurent sa réputation comique dans les festivals du monde entier. Désormais, il a trouvé son créneau : les petits ridicules de la vie quotidienne, qu'il décortique en forçant le trait jusqu'au grotesque, dans un débraillé graphique joyeusement inventif. L’esprit est celui de Mad, le magazine satirique américain qui influença Charlie Hebdo et Pilote.

The Tune (1992), premier long-métrage entièrement autofinancé de Bill Plympton, est un hommage à la musique populaire américaine. Avec lui, pas d'intermédiaires : écriture, production, merchandising, il fait tout quasiment seul, ce qui lui permet d’être le plus libre des cinéastes. Pour assurer cette indépendance, il travaille régulièrement pour la publicité ainsi que pour MTV avec la série Plymptoons.

Après le tournage de deux fictions en prise de vue réelle, Bill Plympton retourne à l’animation avec I Married a Strange Person ! (1997, L'Impitoyable Lune de miel), qui remporte le grand prix du long-métrage au festival international du film d’animation d’Annecy 1998. Un homme se retrouve affligé d'un furoncle à la nuque qui lui confère des pouvoirs spéciaux. Sexe, violence, gags absurdes et séquences délirantes déferlent sur l’écran, avec une constante : l'obsession pour les corps et les visages triturés. On est, là encore, plus proche de Reiser et de Topor que de Disney. Dénué de toute inhibition, Plympton incarne à lui seul l’esprit libertaire et persifleur de la contre-culture gauchiste des années 1970-80. « Tout personnage dessiné est malléable à merci, écrit François Gorin à son propos. Trop de productions animées industrielles, soucieuses de décorum et de “vrai cinéma”, oublient ce vertigineux principe. Mais le plus subversif, dans l'affaire, est encore de réaffirmer la force d'un seul trait de crayon […] Sous l'artisanat rigolard, un manifeste. »

Après Mondo Plympton (compilation de courts-métrages, 1997), Bill Plympton remporte à nouveau le grand prix du long-métrage au festival international du film d’animation d'Annecy 2001 avec Mutant Aliens (Les Mutants de l'espace). En 2008, il surprend avec son film le plus sombre, Idiots and Angels (Des idiots et des anges), l’histoire d’un homme, en rien angélique, qui découvre un matin que des ailes ont poussé dans son dos. Avec Cheatin (2013, Les Amants électriques) Plympton étonne encore, s’affranchissant de toute barrière logique ou physique pour peindre les affres de la jalousie. Un couple aux corps hypersexués (pin-up aux lèvres avides, macho au nez phallique) semble se déchirer au rythme de la danse de son crayon devenu fou.

Incroyablement actif, Bill Plympton publie des livres, va de festival en festival, joue le « commis-voyageur » de lui-même, proposant, tel un camelot, brochures et DVD de ses œuvres et multipliant les apparitions sur son site.

Plympton a ses inconditionnels. Mike Judge (auteur de la série Beavis & Butt-Head), Trey Parker et Matt Stone (South Park) revendiquent son influence. Et Matt Groening, créateur des Simpson, déclare tout simplement : « Bill Plympton est Dieu. »

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  • Écrit par 
  • Bernard GÉNIN, 
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Bernard GÉNIN, « PLYMPTON BILL (1946- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bill-plympton/