Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

SMETANA BEDŘICH (1824-1884)

Solitaire malgré lui

Smetana devint sourd en octobre 1874, d'une surdité totale accompagnée progressivement de troubles nerveux. Il mourut dans un état proche de la misère à l'asile d'aliénés où il était depuis peu. Ces dix dernières années furent malgré tout d'une étonnante fécondité. De cette époque datent Le Baiser et Le Secret. Il ajouta pour le théâtre Le Mur du diable (1881-1882) et Viola qu'il laissa inachevé. Il composa aussi mélodies, chœurs et pièces pour piano. Les deux cahiers de Danses tchèques pour piano (1877-1879) sont à rapprocher des Danses slaves de Dvořák et des Danses hongroises de Brahms, mais Smetana compose plutôt des petits tableaux chorégraphiques. Sa surdité facilite peut-être ce dépouillement et lui inspire cette synthèse qui rappelle davantage les mazurkas et les polonaises de Chopin. C'est cet homme totalement sourd qui imagine la poésie évocatrice du cycle Ma Patrie (Má vlast, 1874-1879) dont la pièce la plus célèbre est Vltava. Le qualitatif « à programme » semble ici mal approprié. L'état d'âme compte plus en effet que la description. À travers les différents tableaux où le sens de l'histoire est étroitement lié à celui de la nature, c'est une évocation complète du sentiment tchèque tel qu'il vibrait sous la pression d'un contexte national qui occupait de plus en plus les esprits. C'est une œuvre tout intérieure malgré les couleurs qu'on se plaît à admirer et qui sont le fruit à la fois de l'habileté d'écriture et de la ferveur. En cela, Ma Patrie occupe une place particulière dans la musique symphonique du xixe siècle.

Smetana s'est aussi livré dans ses deux Quatuors. Le premier, De ma vie, est nettement autobiographique (1876) : « J'ai voulu dépeindre par des sons le cours de ma vie. » Le second, si proche de la fin, porte les marques des secousses psychiques qui emportèrent le compositeur, mais Arnold Schönberg en fut impressionné. Smetana fut toute sa vie, et principalement à l'époque de sa surdité, l'exemple de la domination de la pensée sur le phénomène artistique, de l'intelligence et du civisme sur l'instinct.

— Guy ERISMANN

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : écrivain et musicologue, secrétaire général adjoint de l'Académie Charles-Cros

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DVOŘÁK ANTONIN (1841-1904)

    • Écrit par Guy ERISMANN
    • 1 288 mots
    • 2 médias

    Dans la chronologie des quatre grands compositeurs de Bohême-Moravie, Dvořák occupe la deuxième place, après Smetana (1824-1884), devançant Janáček (1854-1928) et Martinů (1890-1959). Si Smetana, l'aîné, est considéré comme le père fondateur de l'école musicale tchèque de la renaissance nationale...

  • PRAGUE THÉÂTRE NATIONAL DE

    • Écrit par Guy ERISMANN
    • 1 233 mots

    Intimement lié au mouvement de renaissance culturelle et linguistique qui marqua la totalité du xixe siècle en mobilisant tout à la fois artistes et intellectuels, l' opéra occupe une place particulière dans la société tchèque depuis les années 1860. Le théâtre dramatique et le théâtre musical – essentiellement...

  • TCHÈQUE MUSIQUE

    • Écrit par Éric BAUDE
    • 1 002 mots
    • 1 média

    L'histoire musicale des pays tchèques – Bohême et Moravie – est foisonnante mais méconnue.

    Il ne subsiste pas de sources musicales antérieures à l'évangélisation par Cyrille et Méthode en Grande-Moravie (862-863). L'un des plus anciens cantiques tchèques est attribué à saint Adalbert,...

Voir aussi