PRAGUE THÉÂTRE NATIONAL DE

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Intimement lié au mouvement de renaissance culturelle et linguistique qui marqua la totalité du xixe siècle en mobilisant tout à la fois artistes et intellectuels, l'opéra occupe une place particulière dans la société tchèque depuis les années 1860. Le théâtre dramatique et le théâtre musical – essentiellement l'opéra et le mélodrame – furent en effet l'objet d'une revendication populaire émanant principalement du peuple des campagnes, détenteur de la langue tchèque et des traditions. Devenus progressivement citadins, ceux-ci réclamèrent, notamment à Prague, des représentations dans leur langue et non en allemand, comme l'imposaient les Habsbourg.

Le mouvement des Tchèques pour un théâtre national avait bien entendu le soutien d'une nouvelle génération de philosophes, d'historiens et de grammairiens, qui pratiquaient eux-mêmes une véritable religion des sources historiques et légendaires. À la faveur de la nouvelle Constitution de février 1861, un théâtre provisoire fut ouvert, pour lequel il manquait un répertoire d'œuvres lyriques originales en langue tchèque. Aussi cette salle fut-elle inaugurée par un opéra français de Luigi Cherubini, Le Porteur d'eau, ou les Deux Journées (1800), ouvrage très populaire à l'époque dans toute l'Europe. Mais les compositeurs se mirent bientôt à l'ouvrage.

Mélomane et mécène, le comte Jan Harrach lança un concours pour susciter la création d'opéras mettant en valeur les chants et les danses populaires. Bedřich Smetana, revenu de Suède où il occupait depuis plusieurs années le poste de directeur musical de la ville de Göteborg, se consacra tout entier à cette cause au détriment de sa propre carrière. Il répondit à l'initiative de Harrach par un premier opéra, ouvertement antigermanique, qui retraçait une page douloureuse de l'histoire de la nation : Les Brandebourgeois en Bohême (1863-1866), sur un livret d'un homme de lettres très en vue, Karel Sabina. À la suite d'interminables tergiversations, et après que son opéra eut reçu avec succès le baptême du public, Smetana obtint le premier prix. Mais, conscient de l'étroitesse de la voie préconisée par Harrach, il se libéra vite de ce carcan, et remporta un nouveau succès, plus éclatant encore, avec La Fiancée vendue (1866), œuvre plus légère, due au même librettiste, qui jouait sur l'humour et le pittoresque des campagnes. Il fit ensuite représenter Dalibor (1868) à l'occasion de la pose de la première pierre du Théâtre national, érigé grâce à une souscription populaire.

La construction du Théâtre national fut vécue comme une grande espérance. Considérée comme un véritable temple de la culture, cette « chapelle dorée » de la nation reçut tous les soins des architectes (Josef Zítek et Josef Schulz) et des artistes décorateurs, peintres (František Ženíšek, Mikulaš Aleš, Vojtěch Hynais, Václav Brozik, Julius Mařák) et sculpteurs (Josef Václav Myslbek, Antonín Pavel Wagner, Bohuslav Schnirch). Les historiens de l'art les ont regroupés sous le vocable générique de « génération du Théâtre national ». Ouvert le 11 juin 1881, le théâtre fut malheureusement la proie des flammes dès le 12 août, mais une nouvelle souscription rassembla un million de florins pour sa reconstruction, ce qui permit une réouverture solennelle le 18 novembre 1883. C'est dans la perspective de son inauguration que Bedřich Smetana avait composé Libuše (1872-1881), opéra national emblématique inspiré par des mythes fondateurs et chargé d'allusions politiques provocatrices. La seconde inauguration, en 1883, permit à Antonín Dvořák d'être sur les rangs avec son opéra slave, Dimitri. Les deux opéras, Libuše et Dimitri, se succédèrent à deux jours d'intervalle, la préférence populaire allant à Smetana.

Il n'était pas concevable, dans le contexte de l'époque, de monter un opéra qui n'arborerait pas les couleurs nationales ou tout au moins slaves. Mais, à la fin du siècle, sous l'influence de divers courants esthétiques – symbolisme, impressionnisme et réalisme –, la situation évolua. Alors que Dvořák proposait son ultime chef-d'œuvre, Rusalka (1901), d'autres compositeurs – tels que Zdeněk Fibich avec Šárka (1897), sujet mythologique, et Josef Bohuslav Foerster avec Eva (1897), œuvre réaliste – opéraient la jonction avec Leoš Janáček, le compositeur le plus novateur du xxe siècle. Grâce à un nouveau concept de composition musicale, inspiré du langage parlé, celui-ci sut traiter avec un grand sens de la vérité des sujets aussi différents que [...]

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Écrit par :

  • : écrivain et musicologue, secrétaire général adjoint de l'Académie Charles-Cros

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KREJČA OTOMAR - (repères chronologiques)

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Acteur et metteur en scène tchèque de théâtre. Otomar Krejča est né en 1921 à Prague. Il se fait d'abord connaître comme acteur et se produit notamment au Théâtre national de Prague. C'est à partir de 1956 que commence sa carrière de metteur en scène. Au Théâtre national, dont il assume la direction, il monte aussi bien des classiques que des contemporains en privilégiant « l'identification avec […] Lire la suite

Pour citer l’article

Guy ERISMANN, « PRAGUE THÉÂTRE NATIONAL DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/theatre-national-de-prague/