BARBARA (1930-1997)

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Nouvelle donne

Barbara s’installe en 1973 à Précy-sur-Marne, à l’est de Paris, dans une maison qu’elle ne quittera plus. Vedette consacrée, adulée en France et à l’étranger, toujours auteure de chansons nouvelles (« Les Insomnies », « Cet enfant-là »…), elle est peut-être à l’apogée de sa carrière. Elle est invitée au « Grand Échiquier » de Jacques Chancel, d’autres émissions lui sont entièrement consacrées. La publication d’Amours incestueuses (1972) ne lui semble pas incompatible avec un duo télévisé avec Johnny Hallyday, et pas davantage l’enregistrement du disque La Louve (1973) orchestré par William Sheller, sur des paroles de François Wertheimer. Chanteuse et danseuse dans le film Je suis né à Venise (1977) de Maurice Béjart, elle compose la musique du téléfilm de Josée Dayan La Femme rompue.

Mais le paysage s’est assombri. En 1970, la création de Madame, pièce de théâtre en sept tableaux, de Remo Forlani, et l’album tiré du spectacle sont des demi-échecs commerciaux. Le rôle que Jacques Brel lui confie dans son film Franz (1972) ne convainc personne, pas plus que ceux que lui font tenir Frédéric Rossif dans Aussi loin que lamour (1971) ou Jean-Claude Brialy dans LOiseau rare (1973). Même « L’Aigle noir » (1970), qui certes figurera par la suite parmi ses succès les plus durables, déçoit ceux qui déplorent la dramatisation symphonique de la chanson, voire ses paroles passablement obscures. Ce n’est que beaucoup plus tard que Barbara livrera la clé psychanalytique de l’interprétation, en identifiant l’aigle rapace au père violeur. Un père qui avait quitté sa famille en 1949, et qu’elle avait retrouvé dix ans plus tard à Nantes, alors qu’il venait de mourir (l’événement est relaté dans la chanson « Nantes »).

Néanmoins, l’album Seule est un succès en 1981. L’événement marquant de cette période est assurément le spectacle triomphal qu’elle donne sous un chapiteau d’environ deux mille places installé sur l’hippodrome de Pantin, pendant trois semaines, du 28 octobre au 21 novembre 1981. Au moment de chanter « Regarde », elle descend de scène, une rose à la main, pour l’offrir à François Mitterrand, élu président de la République le 10 mai. L’album Récital Pantin 81, enregistré en public, laisse mesurer la ferveur exceptionnelle d’hommes et de femmes qui font d’elle une diva ; d'autres, à l'inverse, reprochent à la chanteuse une grandiloquence et une théâtralité excessives. À partir de ces concerts dont il est l’organisateur, Guy Job construit un film, Barbara – Pantin 81, qui invite à réfléchir sur la fusion spectaculaire et paradoxale de la mise en scène d’une vie et de l’expression des mystères de l’intime.

Nombreux furent ceux qui saluèrent, cinq ou six ans plus tard, l’assistance permanente qu’elle porta aux victimes du sida, inexorablement mortel à l’époque : des taulard(e)s, des toxicomanes, et des enfants auxquels elle manifesta une très vive affection. Elle évoqua leur combat dans la chanson « Sid’amour à mort » (1993), mais elle sut couper court à une récupération de ses choix éthiques par les médias.

En dépit des distinctions honorifiques dont on la gratifie – le ministre de la Culture socialiste Jack Lang lui remet le Grand Prix national de la chanson en 1982 ; elle est faite chevalier de la Légion d’honneur en 1988 –, les années 1980 n’ont guère été heureuses. Il lui faut affronter la réalité cruelle d’une voix qui s’est détériorée et qui est désormais moins sûre et moins cristalline. C’est pourtant le moment où son ambition la porte vers de plus vastes horizons pour la réalisation de son autofiction. Elle écrit les textes et les mélodies de Lily passion (1986), une comédie musicale qui évoque la vie d’une vedette de la chanson (le rôle est tenu par elle-même) et d’un assassin, incarné par Gérard Depardieu. Même si on applaudit à la réunion sur scène de deux monstres sacrés, l’œuvre laisse perplexe une grande partie du public et de la critique, qui attendaient de Barbara qu’elle reste ce qu’elle avait toujours été : l’interprète du mal de vivre et de la mémoire blessée. La composition de cette œuvre est d’ailleurs laborieuse, Barbara ne cessant de réécrire des versions qui ne la satisfont pas et se brouillant avec ses collaborateurs les p [...]

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Michel P. SCHMITT, « BARBARA (1930-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/barbara-1930-1997/