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BĀMIYĀN

Bāmiyān au cours des siècles

Le nom de Bāmiyān est l'aboutissement normal de l'évolution phonétique, en persan, du mot Bāmīkān qu'on trouve dans le Bundaheš pehlvi et de Bāmīkān qu'on trouve dans la Géographie du pseudo-Moïse de Khorène. Il apparaît dans les textes chinois à partir du ve siècle sous des formes plus ou moins différentes : Fan-yang, Fan-yen, Fang-yen et Fan-yen-na. Ces textes chinois sont de deux sortes : les uns évoquent Bāmiyān quand il faisait partie de la grande réorganisation administrative chinoise concernant les pays d'Occident ; les autres sont des Mémoires ou des récits de voyageurs. Le plus célèbre d'entre eux, le pèlerin chinois Xuanzang, qui visita Bāmiyān entre 629 et 645, nous a laissé une description très riche de ses monuments et de la vie sociale et religieuse de ses habitants. Presque un siècle après lui, le moine coréen Huizhao, qui traversa Bāmiyān en 727, nous le décrit comme un royaume indépendant malgré la présence de l'armée arabe au nord et au sud de la région. L'islamisation de la population de la vallée s'est faite progressivement. Au lieu d'une répression brutale, la plupart des princes de Bāmiyān, qui portaient le titre de Sher (roi), avaient été nommés aux postes importants de la cour de Bagdad ou d'ailleurs. C'est ainsi qu'un Sher de Bāmiyān avait été nommé gouverneur du Yaman en 844. L'avènement de Yaqub le Saffaride, qui transporta à Bagdad les idoles après la destruction d'un grand temple, ne marqua pas la fin de l'existence pré-islamique de Bāmiyān.

Il fallut attendre les Ghaznawides pour que la dynastie indigène non musulmane de Bāmiyān succombe définitivement. Sous les Ghorides, Bāmiyān fut pendant presque un siècle (1155-1212) la capitale d'un grand royaume s'étendant jusqu'au nord de l'Oxus (Āmou Dariā). Quand, en 1221, Gengis Khan, pour venger la mort de son petit-fils, rasa totalement la ville et massacra ses habitants, Bāmiyān faisait partie du royaume des Khwarazm Shahan. Sous les Moghols, nous retrouvons le nom de Bāmiyān, en particulier avec Avrangzeb qui y commit des déprédations en prenant la statue du grand Buddha de 55 mètres comme cible pour ses canons.

Au xixe siècle, plusieurs voyageurs européens ont visité la vallée de Bāmiyān, et ont publié le fruit de leurs observations dans des livres et articles, tels Moorcroft (1824), Trebeck, sir Alexander Burnes, le Dr Gérard, Honigberger, Charles Masson (1835) et les capitaines Maitland et Talbot. Mais il fallut attendre que la Délégation archéologique française en Afghanistan (D.A.F.A.) étudiât ses vestiges archéologiques, de 1922 à 1930, pour que le site devînt accessible aux touristes et soit connu du monde scientifique.

Dans les années 1960, jusqu'en 1978, la Direction générale de l'archéologie et de la conservation des monuments historiques d'Afghanistan a mis sur pied un vaste programme de restauration des deux grands Buddha et de leurs grottes avoisinantes, avec le concours des experts afghans et indiens de l'Archeological Survey of India, programme interrompu par l'invasion soviétique.

En mars 2001, à la suite du décret du mollah Mohammad Omar, les talibans entreprennent la destruction de toutes les statues, qualifiées d'« idoles » et jugées contraires à l'islam. Les deux grands Buddha de Bāmiyān sont alors anéantis à la suite d'un bombardement acharné.

— Zémaryalai TARZI

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Bamiyan

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