SCHIRACH BALDUR VON (1907-1974)

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Le nom de Baldur von Schirach est intimement lié à la mainmise et à la restructuration de la jeunesse allemande au cours des années 1930.

Baldur von Schirach, d'extraction germano-américaine (sa propre mère est américaine ; son grand-père, officier unioniste, perdit une jambe à la bataille de Bull Run ; deux de ses ancêtres ont signé la Déclaration d'indépendance), est fils d'un officier d'active qui, en 1908, démissionne pour prendre la direction, à Weimar, du théâtre de la Cour. C'est à Weimar que le jeune Baldur reçoit des influences déterminantes, encore que contradictoires, pour son évolution ultérieure. Plus que par les apports du Weimar classique et postclassique, il est marqué par une forme de romantisme détérioré assez éloigné de celui d'un Hoffmann ou d'un Heine : plutôt qu'aux critères « classiques » (ordre, raison, humanité) il fera référence à la sentimentalité, à la fierté nationale vide, au clinquant funèbre. Après les convulsions qui accompagnent le premier après-guerre, le père de Baldur, limogé et aigri, se rapproche des premiers fondateurs du N.S.D.A.P. (Parti ouvrier allemand national-socialiste) et de Hitler, à qui il présente son fils. Sur le conseil de Hitler, Baldur, âgé de dix-huit ans, se rend à Munich et adhère au parti (1925). Il deviendra président de l'Union national-socialiste des étudiants allemands. Selon le témoignage de sa femme Henriette, les réunions de lecture du cercle d'étudiants qu'il dirige renforcent et consolident les premières influences : sous un portrait de Napoléon, on déclame les poèmes de Stefan George, on cite Ernst Jünger. Baldur fait siennes les thèses d'auteurs comme Houston St. Chamberlain, Adolf Bartels (raciste et antisémite), Hitler, Henry Ford (dont Le Juif international le rend définitivement antisémite). Influences et contenus que l'on retrouve dans les cinquante poèmes de son recueil Die Fahne der Verfolgten (L'Étendard des persécutés) avec l'exaltation de la mort, du drapeau, du combat, de l'héroïsme, du sacrifice : « La guerre ne nous a préservés qu'en vue de la guerre. » La « morale » de cette poésie alimentera largement, passé 1933, les slogans destinés à la jeunesse.

En 1931, von Schirach est nommé Reichsjugendführer der N.S.D.A.P. (chef des Jeunesses nazies) et, en 1933, Jugendführer des Deutschen Reiches (chef des Jeunesses du Reich allemand) avec mission d'appliquer le programme de nazification intégrale de la jeunesse.

Il contribue, de manière décisive, à l'organisation de la Hitlerjugend (H.J.), établissant le cursus que l'on peut schématiser ainsi : de 6 à 10 ans, un garçon allemand devient Pimpf, équivalent des Enfants de la Louve mussoliniens ; à 10 ans, après différents examens, il entre dans le Jungvolk (Jeune Peuple) et prête serment de fidélité à Hitler ; à 14 ans, on l'admet dans les Jeunesses hitlériennes proprement dites jusqu'à 18 ans, où il passe dans le Service travail et dans l'armée. Les jeunes Allemandes possèdent une organisation similaire : Jungmaedel de 10 à 14 ans, elles adhèrent à la Bund Deutscher Maedel (Ligue des jeunes filles d'Allemagne) de 14 à 21 ans, effectuant à 18 ans une année de service agricole (Land Jahr) en concurrence avec une année de service « domestique » dans des foyers citadins. L'éducation des éléments d'élite est parachevée dans les écoles Adolf Hitler, dirigées par la H.J., les instituts politiques nationaux d'éducation et les Ordensburgen (châteaux de l'Ordre), régis par le N.S.D.A.P.

Jeunesses hitlériennes

Photographie : Jeunesses hitlériennes

À la veille de la guerre, la Hitlerjugend est devenue la communauté obligatoire pour toute la jeunesse allemande. Son organisation très poussée est l'œuvre de Baldur von Schirach (1907-1974). 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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L'embrigadement est un succès : 3 500 000 membres en 1934, 7 700 000 inscrits en 1938 ; après mars 1939, la totalité de la jeunesse, environ 12 000 000 d'individus.

Ce succès s'explique par les conditions concrètes de l'exercice du pouvoir nazi, mais il ne faut pas négliger l'existence de facteurs préexistants, qui pour ne pas être déterminants n'en sont pas moins décisifs.

Dès 1900, des mouvements de jeunes se constituent dans la jeunesse allemande d'origine bourgeoise : une des premières manifestations de la primauté accordée à l'irrationnel, aux valeurs nationales traditionalistes (et rurales) opposées aux valeurs urbaines cosmopolites, à l'aspiration à une vie communautaire et « naturelle », est celle de la Jugendbewegung, dont les thèmes dégradés seront récupérés par la H.J. Dans les deux premières décennies du xxe siècle le mou [...]

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Adrien SALMIERI, « SCHIRACH BALDUR VON - (1907-1974) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/baldur-von-schirach/