ARTS EN BIBLIOTHÈQUES (dir. N. Picot)Fiche de lecture

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Parallèlement à l'installation de l'Institut national d'histoire de l'art (INHA), aux côtés des départements spécialisés de la Bibliothèque nationale de France, dans les locaux historiques de la rue de Richelieu à Paris, la parution d'un ouvrage consacré à l'art dans les bibliothèques françaises apporte de nombreux éléments, tant d'information que de réflexion, sur le rôle que jouent, en France, les bibliothèques en matière d'art. Arts en bibliothèques (Nicole Picot dir., éd. du Cercle de la librairie, Paris, 2003) réunit une vingtaine de contributions de conservateurs, de journalistes, d'historiens et d'historiens de l'art. L'ouvrage se veut en effet autant une mise en perspective, avec plusieurs textes à dominante historique, qu'un bilan de la situation actuelle, aussi bien quantitatif que qualitatif (à travers des comptes rendus précis d'expériences « de terrain »), avec, en conséquence, une ouverture sur l'avenir, en particulier grâce à l'apport des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Les bibliothèques françaises sont d'abord dépositaires de fonds patrimoniaux artistiques considérables. On pense immédiatement au livre rare, et notamment au livre illustré, mais il faut également prendre en compte le livre d'artiste, qui a connu un fort développement ces dernières décennies. Tableaux, statues, médailles et autres objets précieux peuvent également y trouver place, à la suite de circonstances historiques particulières (dons, legs, confiscations révolutionnaires, dépôts de sociétés savantes). Ce sont néanmoins les œuvres sur papier, dessins mais surtout estampes et photographies, qui constituent l'essentiel du patrimoine artistique des bibliothèques. Leur caractère documentaire en faisait un complément naturel des livres avec lesquels elles ont ensuite été conservées. Pour autant, l'aspect purement artistique n'a pas toujours été négligé, qu'il apparaisse progressivement (on découvre par exemple depuis une quinzaine d'années seulement les richesses de nombreux fonds photographiques), ou qu'on en ait été conscient dès le départ – ainsi des collections d'estampes, de dessins et de manuscrits autographes de l'ancienne bibliothèque Jacques Doucet, aujourd'hui l'un des éléments constitutifs, avec la bibliothèque de l'École nationale supérieure des beaux-arts et la Bibliothèque centrale des musées nationaux, de la bibliothèque de l'INHA. Les établissements sont ainsi confrontés à des tâches qui pourraient relever plutôt du musée, la première étant de sauvegarder ces fonds dans des conditions acceptables, avant même d'en assurer la communication.

C'est souligner l'importance de l'inventaire, et la nécessité d'un catalogage précis des œuvres concernées. La situation s'avère très contrastée, entre des fonds bien connus et répertoriés dès l'origine (justement parce qu'on en connaissait la valeur), et d'autres que l'on commence à peine à découvrir. L'œuvre d'art requiert en outre une gestion spécifique, d'autant plus que les documents qui y sont attachés (catalogues d'expositions et de musées, catalogues de ventes et d'antiquaires, catalogues commerciaux) justifient par leur type un traitement et un mode de classement particuliers. Plusieurs contributions très techniques sont consacrées, dans cet ouvrage, à la question, introduisant ainsi le lecteur non spécialiste à des problématiques qui lui permettront de mieux comprendre le fonctionnement des bibliothèques (et facilitant par là même leur utilisation), tout en se révélant un utile instrument de travail pour le professionnel. On voit bien que l'informatique, outil lourd à mettre en place, a obligé à des évolutions nécessaires mais souvent retardées, ouvrant en revanche sur une interconnexion des catalogues et favorisant la mise en place d'un véritable réseau des établissements ; la numérisation des fonds a entraîné une véritable révolution, aussi bien pour la conservation que pour la communication, sur place et à distance, et donc une valorisation accrue des collections.

Dans cette perspective, un retour sur l'histoire permet de mieux comprendre les enjeux des évolutions en cours. En France, l'histoire de l'art s'est faite en partie autour des bibliothèques et grâce à elles. Parmi les historiens de l'art, nombreux sont ceux qui y ont travaillé comme conservateur, bibliothécaire ou simple assistant. Le discours même de cette discipline en a été profondément marqué. La situation est à la fois analogue et différente dans les divers pays occidentaux qui présentent une situation comparable à celle de la France, avec une ou plusieurs institutions spécialisées du type de la bibliothèque de l'INHA (États-Unis, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Pays-Bas et Suisse), chaque établissement ayant permis le développement de l'histoire de l'art en l'orientant dans une direction particulière – ainsi, par exemple, pour les Courtauld and Warburg Institutes de Londres, une spécialisation dans l'iconographie comparatiste.

La bibliothèque spécialisée en histoire de l'art doit-elle être reliée d'abord à d'autres établissements analogues, ou jouer un rôle fédérateur, en faisant connaître les ressources disponibles dans des bibliothèques où l'art joue un rôle plus secondaire ? On retiendra de la très grande diversité des thèmes abordés dans ce livre deux sujets qui vont au-delà du simple problème de la place de l'art dans les bibliothèques : la question de l'art contemporain, et celle de l'édition d'art en France. Ils permettent de mesurer quel pourrait être, en parallèle à celui du musée, le rôle primordial de la bibliothèque pour l'art.

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Barthélémy JOBERT, « ARTS EN BIBLIOTHÈQUES (dir. N. Picot) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arts-en-bibliotheques/