HAUSER ARNOLD (1892-1978)

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Sociologue et théoricien de l'art, né en Hongrie, Arnold Hauser étudia la littérature et l'histoire de l'art aux universités de Budapest, Berlin, Paris, assistant aux cours de Georg Simmel et Henri Bergson. Après un séjour en Italie, au sortir de la Première Guerre mondiale, pour étudier l'art classique et l'art de la Renaissance, il revint dans le Berlin troublé de 1921, où il fut initié à l'économie et à la sociologie par Werner Sombart et Ernst Troeltsch. C'est à Vienne, de 1924 à 1938, qu'il entreprend ses premières analyses de dramaturgie et de sociologie du film. À la veille de la guerre, Hauser se réfugie en Angleterre et y séjourne quelque temps, enseignant à l'université de Leeds. Invité aux États-Unis en 1957, il y enseigne l'art à la Brandeis University, dans le Massachusetts.

Influencé dans sa réflexion par les grands maîtres de l'école de Vienne (alors Riegl, Max Dvořák...), adhérant à la pensée de Karl Marx, marqué par l'enseignement de Georg Simmel et par l'œuvre de György Lukács, fondateur de la sociologie de la littérature et auteur de Histoire et conscience de classe, Arnold Hauser s'oriente rapidement vers l'analyse sociologique de l'œuvre d'art, tout en en reconnaissant les limites. Mis à part Der Manierismus ; die Krise der Renaissance und der Ursprung der modernen Kunst (1964), l'œuvre de Hauser consiste essentiellement en deux ouvrages conçus comme complémentaires, The Social History of Art (Londres, 1951) et Philosophie der Kunstgeschichte (Munich, 1958), qui font tous deux autorité en matière de sociologie et de théorie de l'art. Le premier a été traduit en français sous le nom d'Histoire sociale de l'art et de la littérature (4 vol., éd. du Sycomore, Paris, 1982).

Il dévoile sans équivoque, à travers l'analyse chronologique du développement de l'art plastique et de la littérature, des temps préhistoriques au xxe siècle, « âge du film », les options de l'auteur : s'élevant contre « les erreurs de Wölfflin, de Riegl, de Dilthey et de tous les écrivains influencés par le néo-kantisme ou la phénoménologie de Husserl », contre la « philosophie organique », qui « valorise le principe de continuité » — véritable philosophie « quiétiste » —, contre l'historicisme, comme « doctrine contre-révolutionnaire », contre une histoire de l'art comme « simple histoire des formes », Hauser va démontrer que, si « en art tout n'est pas définissable en termes sociologiques », « l'art est socialement conditionné », que l'œuvre d'art, « défi », « message », est avant tout un « microcosme », une « source complexe d'expériences personnelles », « point de jonction d'au moins trois types de conditions — psychologiques, sociologiques et stylistiques ». Ainsi, tout en nuançant ses propos, Hauser analyse et illustre le conditionnement socioéconomique de la création artistique, essentiellement depuis la naissance du capitalisme. Un intérêt particulier est porté aux différents statuts de l'art et de l'artiste à travers les passages d'une société rurale à une société urbaine (la ville ayant changé le mode de production de l'art et promu le « style individuel »), d'une société aristocratique à une société bourgeoise. C'est encore en relation directe avec ces sociétés que se développe l'« alternance rythmique des styles » (géométrisme, naturalisme, éclectisme), dont l'histoire est en rapport avec celle de l'organisation du travail, particulièrement depuis la naissance des villes.

Alors que L'Histoire sociale de l'art adopte la « méthode descriptive », Philosophie der Kunstgeschichte a pour objet la méthodologie de l'histoire de l'art et se demande « ce que peut accomplir une histoire de l'art scientifique, quels sont ses moyens et ses limites ». Tout en reconnaissant que le problème central de l'histoire de l'art est l'« interprétation et l'évaluation des styles », Hauser s'oppose à l'esthétique de Wölfflin. Ennemi d'une histoire de l'art anonyme, « simple évolution des formes visuelles », il condamne les « cinq paires de concepts de base » de Wölfflin comme « concepts classificatoires », « non fondés sur l'expérience des événements historiques », et dénonce chez lui (et ses contemporains) le « besoin de rechercher des lois de périodicité », la quête d'une typologie, l'usage de « formules ». Dans une volonté première de se libérer des catégories a priori, immuables, Hauser insiste sur la possibilité d'une interaction des diverses sciences humaines dans l'étude de l'œuvre d'art, considérant toutefois la psychanalyse en « outsider non engagé mais enthousiaste ». Convaincu que la méthode sociologique est indispensable à l'histoire de l'art, il résume ainsi sa pensée : « Le principe de base de mon précédent ouvrage et de celui-ci peut être formulé simplement comme suit : tout en histoire est l'œuvre d'individus, ceux-ci étant toujours dans une situation définie dans le temps et dans l'espace ; leur attitude est le produit de leurs capacités intrinsèques et de cette situation. C'est là le noyau véritable du caractère dialectique des événements historiques. »

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Écrit par :

  • : chargée de cours à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Renée MOLL, « HAUSER ARNOLD - (1892-1978) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arnold-hauser/