VOLODINE ANTOINE (1949- )

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Antoine Volodine est né à Lyon en 1949. Après des études de russe qui l'amènent au professorat et à la traduction, il se consacre pleinement à l'écriture. Repoussant les frontières de la littérature, détournant ses codes, parasitant ses formes, imaginant des mondes et des voix d'une rare beauté, il signe une œuvre majeure où l'on perçoit les échos de la violence de Maldoror, de la voyance rimbaldienne, du rêve surréaliste et des utopies révolutionnaires. L'étonnante force de sidération de ses livres repose aussi sur une énigme, un secret qui semble sous-tendre toute son œuvre. S'il a vite touché un public de happy few, ce n'est que progressivement que l'écrivain va trouver son audience dans un champ littéraire situé entre la fin des avant-gardes et le retour aux conventions classiques de la narration, incapable en tout cas de lire une œuvre atypique s'il en est.

Mémoires du souterrain

Cette situation excentrique, à l'origine de malentendus critiques qui durent toujours, se manifeste de manière significative par le détour éditorial que suivront ses romans. Antoine Volodine publie ses premiers textes dans la collection Présence du futur, chez Denoël. Paraissent ainsi Biographie comparée de Jorian Murgrave (1985), Un navire de nulle part (1986), Rituel du mépris (1986) et Des enfers fabuleux (1988). En 1990, les éditions de Minuit l'accueillent. Il y publie Lisbonne dernière marge (1990), Alto solo (1991), Le Nom des singes (1994) et Le Port intérieur (1996). Aussi désorientés que la critique, ses éditeurs se succèdent. Volodine amène ses ouvrages suivants chez Gallimard, notamment un livre précieux pour l'appréhension de son univers : Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze (1998). Mais c'est au Seuil qu'il fait paraître les livres qui vont le faire connaître : Des anges mineurs (1999), Dondog (2002), Bardo or not Bardo (2004), Nos Animaux préférés (2006), Songes de Mevlido (2007), Écrivains (2010), Terminus radieux (2014).

Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze n'est pas un essai mais une fiction qui permet d'accéder à la fabrique de l'œuvre. Il y a chez Volodine une unité de lieu, le plus souvent invisible, un site d'où « ça s'écrit ». Un homme est enfermé, seul, dans la cellule d'un quartier de haute sécurité. Il est là à cause de son passé révolutionnaire ; terroriste, il s'est engagé jusqu'au crime pour combattre les pouvoirs au nom d'un rêve égalitaire. Là, entre deux interrogatoires, vibrant de tous ses souvenirs et de tous ses rêves, il attend. Des voix lui parviennent, des appels, des plaintes et des délires. Parfois un détenu ébauche une histoire que les autres prisonniers tentent d'écouter derrière le mur, et qu'ils poursuivront quand elle aura cessé. Ces discours et récits, qui circulent clandestinement dans la prison, constituent la matière même des livres de Volodine. À la manière des graffitis, ces histoires enchevêtrées sont la mémoire douloureuse et le présent insoutenable de ces « enfermés », comme disait Gustave Geoffroy d'Auguste Blanqui.

La singularité de l'univers d'Antoine Volodine est donc qu'on n'y communique que par la littérature. Dans le quartier de haute sécurité où toute parole est enregistrée, analysée et peut être retenue contre celui qui parle, devenant prétexte immédiat à d'infinis interrogatoires, la fiction reste la seule ligne de fuite. Mais il s'agit, par nécessité, d'une fiction cryptée. Immergés dans un présent de douleur, les narrateurs du post-exotisme construisent leurs histoires en puisant dans une mémoire parallèle à celle du xxe siècle. Une mémoire distordue : car si tous les événements historiques de notre passé et de notre présent sont bien là, les univers de référence dans lesquels ils sont intégrés ne sont plus les mêmes. La Shoah, le stalinisme, la révolution chinoise ou cubaine, les dictatures d'Amérique latine, les Khmers rouges, les génocides des Balkans, les combats de la Rote Armee Fraktion, des Brigate Rosse, d'Action directe peuvent y être lus, mais toujours de manière oblique. Les narrateurs refusent de livrer leur mémoire directe aux gardiens et policiers. Par souci de la préserver des détournements idéologiques, ils déplacent donc, diffèrent, condensent, décadrent toutes leurs histoires et, parce qu'il s'agit de faire diversion pour survivre comme Schéhérazade, les fictions ont pour cadre Macau (Macau, avec des photographies d’Olivier Aubert, 2009), le Laos, les steppes russes, la Balkhyrie, les rives du Mékong, de l'Orbise ou le lac Hövsgöl, des villes qu [...]

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Pour citer l’article

Jean-Didier WAGNEUR, « VOLODINE ANTOINE (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/antoine-volodine/