PROST ANTOINE (1933- )

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L’historien Antoine Prost a mené à bien plusieurs chantiers, non sans établir des ponts entre eux. Dans un premier temps, il devient spécialiste de l’histoire sociale et de la gauche, avec une thèse de 3e cycle sur la CGT au temps du Front populaire (1962), puis de la guerre de 1914-1918 et de ses mémoires (sa thèse d’État, soutenue en 1975, porte sur les anciens combattants de la Grande Guerre jusqu’en 1939). Ces questions s’inscrivent dans un intérêt plus large pour l’histoire politique des temps contemporains.

Antoine Prost

Antoine Prost

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L'œuvre d'Antoine Prost s'est imposée à la fois par l'efficacité de la recherche et la clarté du propos, mais aussi parce qu'elle témoigne d'une curiosité incessante pour les avancées de la science historique passées au tamis d'un regard personnel. 

Crédits : Valérie Menard/ Opale/ Leemage

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L’éducation, une question clé

Tout au long de sa carrière, Prost travaille sur l’histoire de l’éducation et de l’enseignement en France, sur les processus, les enjeux et les formes de sa « démocratisation » (son premier livre, La Révolution scolaire, en 1963, est consacré, déjà, aux « exigences de la démocratisation »). Enfin, notamment en lien avec son enseignement à l’université de Paris I, Prost réfléchit à l’historiographie et à l’écriture de l’histoire, ce qui aboutit à la rédaction de Douze Leçons pour l’histoire (1996), un maître-livre. Il est aussi un enseignant réputé pour sa capacité à synthétiser, à sortir des développements les plus convenus, et à faire réfléchir sans user de facilités. Il dit d’ailleurs dans son Éloge des pédagogues (1985) combien il met cet aspect du métier au plus haut de ses intérêts : « De toutes les pierres que peut tailler un universitaire, les plus précieuses sont vives : ce sont les hommes ».

Né en 1933 dans une famille de la bourgeoisie du Jura, Antoine Prost est marqué, enfant, par la défaite militaire française et l’Occupation. Il est reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm puis obtient l’agrégation d’histoire (1957). Mobilisé pendant la guerre d’Algérie, il participe au conflit comme sous-lieutenant de tirailleurs. Cette expérience le marque et le conduit, comme il l’explique lui-même, à son sujet de thèse sur les soldats de 14-18. Bien plus tard, il publie les carnets de son expérience algérienne de 1960, où l’on retrouve à la fois les qualités de l’historien, précis et interrogatif, et celles de l’humaniste qui ne peut accepter la guerre qui est menée. Après deux années dans l’enseignement secondaire, Antoine Prost entame une carrière universitaire qui le conduit au professorat à la Sorbonne à partir de 1979. Il enseigne également à Sciences Po, y donnant notamment un cours resté inédit sur l’histoire sociale de la France au xxe siècle. De ses cours de faculté, il a tiré en 1979 une Petite Histoire de la France au XXe siècle, plusieurs fois mise à jour.

Un chercheur dans la cité

Antoine Prost a appartenu au bureau national du syndicat SGEN-CFDT et participé à différentes commissions touchant aux questions d’éducation, sur lesquelles il prend position dans l’espace public. Lorsque Michel Rocard est nommé Premier ministre, il devient son conseiller spécial sur le sujet (1988-1990), ce qui lui permet de porter la réforme qui conduit au nouveau statut de « professeur des écoles » pour les maîtres de l’enseignement primaire. Dans ses travaux sur l’éducation, entre recherche, proposition et prospective, Prost revient souvent sur ses propres analyses pour les mesurer, à l’aune des évolutions postérieures (Du changement dans l’école, 2013). Prost s’investit également dans sa ville de résidence, Orléans (où il a enseigné de 1960 à 1962 au lycée, puis, de 1969 à 1979, à l’université), en siégeant au conseil municipal sous le mandat du rocardien Jean-Pierre Sueur. Il étudie aussi Orléans du point de vue de l’histoire sociale.

Soucieux d’articuler la dimension académique du métier d’historien et son engagement dans la cité, Antoine Prost participe à la mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France (1998-2000) et préside à partir de 2012 le conseil scientifique de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale. Il y accomplit un travail important à différents niveaux : d’abord en fédérant l’ensemble des tendances de la recherche au sein du Conseil, lui permettant ainsi d’intervenir de manière assez unifiée auprès des pouvoirs publics par des conseils et des notes, plus ou moins suivis, ensuite en soutenant dans l’espace public l'activité générale de la Mission par des interviews ou des conférences (comme la chronique sur la France à la veille de la Grande Guerre diffusée sur France Inter en 2013) et, enfin, en poursuivant une œuvre personnelle et collective de recherche. Il publie ainsi un Verdun de référence en 2016 avec l’historien allemand Gerd Krumeich. Prost a par ailleurs contribué à la rénovation du Mémorial de Verdun, créé par les anciens combattants, inauguré de nouveau pour le centenaire de la bataille (2016).

Ses travaux sur la Grande Guerre font en effet référence. Dans sa thèse sur les anciens combattants, il montre notamment que, loin de former le bras armé d’un fascisme français, les combattants de 14-18 sont très attachés à la paix, en un « pacifisme patriotique » partagé bien au-delà de la gauche. Mais surtout, cette thèse aborde déjà, dans une perspective tant d’histoire politique que d’anthropologie, tous les enjeux de mémoire qui vont animer l’historiographie pendant des décennies : les souvenirs et la sociabilité combattante, les monuments aux morts et les formes de la mémoire… Après avoir mis au second plan le chantier « 14-18 » au profit de l’histoire de l’éducation ou de la Seconde Guerre mondiale, Prost y revient depuis les années 2000 en prenant en considération tant les avancées de l’historiographie que les évolutions des mémoires. Il réfute ainsi l’idée que les soldats de 14-18 aient été « brutalisés » par l’expérience du front, au sens où l’entend l’historien George Mosse, et s’interroge sur la délicate question du comptage des pertes, ou sur celle de la mémoire des morts. Depuis ses premières recherches où il recourait aux méthodes quantitatives et statistiques – qu’il s’agisse d’étudier le vocabulaire politique avec la lexicologie, les conseillers généraux de 1870 (à l’époque des fiches perforées), les effectifs syndicaux –, Antoine Prost reste sensible à la question de la preuve.

—  Nicolas OFFENSTADT

Bibliographie

A. Prost, La CGT à l’époque du Front populaire 1934-1939 : essai de description numérique, Armand Colin, Paris, 1964 ; Histoire de l’enseignement en France, 1800-1967, ibid., 1968 ; Vocabulaire des proclamations électorales de 1881, 1885, 1889, PUF, Paris, 1974 ; Les Anciens Combattants et la société française, 1914-1939, 3 vol., Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1977 ; Les Anciens Combattants, 1914-1939, Gallimard-Julliard, Paris, 1977, rééd. 2014 ; L'enseignement s'est-il démocratisé ? Les élèves des lycées et collèges de l'agglomération d'Orléans de 1945 à 1990, PUF, 1992, 2e éd. rev. et augm. (1re éd. 1986) ; Éducation, société et politiques : une histoire de l’enseignement en France de 1945 à nos jours, Seuil, Paris, 1992, nouv. éd. 1997 ; Douze Leçons sur l’histoire, Seuil, 1996, éd. augm. 2010 ; Carnets d’Algérie, Tallandier, Paris, 2005 ; Du changement dans l’école. Les réformes de l'éducation de 1936 à nos jours, Seuil, 2013

A. Prost & G. Krumeich, Verdun, 1916 : une histoire franco-allemande de la bataille, Tallandier, 2016

A. Prost & J. Winter, Penser la Grande Guerre, Seuil, 2004.

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Pour citer l’article

Nicolas OFFENSTADT, « PROST ANTOINE (1933- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/antoine-prost/