COURT DE GÉBELIN ANTOINE (1725-1784)

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Fort oublié de nos jours, Antoine Court, dit « de Gébelin », fut en son temps un savant respecté. La postérité en jugea autrement, qui voit en lui un encyclopédiste manqué et un mystificateur involontaire. Si son apport à la phonologie balbutiante est reconnu, son principal titre de gloire reste d'avoir jeté les bases d'une lecture ésotérique du tarot.

On ne sait au juste ni où ni quand Antoine Court est né : pour les uns, sa naissance se situe à Genève en 1719, pour d'autres à Nîmes en 1728. La date la plus probable paraît 1724 ou 1725. Court de Gébelin était le fils du pasteur Antoine Court, figure éminente du protestantisme français au xviiie siècle. C'est à Lausanne que le jeune Antoine fit ses études de théologie et devint pasteur à son tour en 1754. Après la mort de son père en 1760, Court décide de se rendre en France où les poursuites contre les protestants avaient cessé. Il arrive en 1763 à Paris et s'y fixe. Il y restera jusqu'à sa mort en 1784.

Antoine Court se mit d'abord au service des communautés protestantes, profitant de son statut de citoyen helvétique pour intercéder en leur faveur. Mais les attraits intellectuels et scientifiques de la capitale française eurent vite fait de happer le pasteur suisse. Il en profite pour ajouter à son patronyme le nom de jeune fille de sa grand-mère paternelle : désormais, il sera Court de Gébelin. Peu après 1771, il entre en maçonnerie en adhérant à la loge Les Amis Réunis et rejoint ensuite la célèbre loge des Neuf Sœurs dont il devient secrétaire en 1778. Il y côtoie Voltaire, Franklin, Greuze, de Lalande, Houdon et bien d'autres. Il quitte les Neuf Sœurs en 1780 pour fonder son propre groupe, intitulé d'abord Société apollonienne puis Musée de Paris, tout en restant membre des Amis réunis. Antoine Court fit aussi partie de l'ordre des Philalèthes et probablement de celui des Élus Cohens. On mesure ainsi mieux les influences et les thèmes qui se retrouvent dans ses ouvrages.

La publication, entre 1773 et 1782, des neuf volumes du Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne fut le grand œuvre de Court. Fort des encouragements de souscripteurs aussi célèbres qu'actifs (Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, Diderot, d'Alembert, Franklin, pour ne citer que les plus connus aujourd'hui), Court de Gébelin analyse et commente les manifestations du génie humain qui lui paraissent les plus significatives. Son esprit systématique devait naturellement le pousser à s'intéresser à ce que nous appellerions aujourd'hui la linguistique : deux des premiers volumes du Monde primitif traitent donc de la grammaire (tome II) et de l'étymologie (tome III). L'histoire du calendrier fournit la matière du tome IV, pendant que les tomes V à VII se préoccupent à nouveau d'étymologie, le tome IX formant à lui seul un « Dictionnaire étymologique de la langue grecque ».

Ce « monde primitif » – sorte de préscience de la préhistoire – avait précédé notre humanité tout en laissant visibles des « signes » que Court proposait de décoder et d'interpréter. Cette sémiotique naïve, qui portait sur l'étymologie, le blason, le calendrier et autres répertoires de figures, valut à Court la considération des cercles savants et sa promotion au rang de « censeur royal », fonction qu'il semble avoir exercée à partir de 1778. En 1776, il avait fait paraître une Histoire naturelle de la parole, ou Précis de l’origine du langage et de la grammaire universelle, essai de grammaire comparatiste assez audacieux qui fut même réimprimé au xixe siècle.

Le jugement de la postérité scientifique fut pourtant sévère pour les travaux de Court de Gébelin, qui aurait vu ainsi sa somme reléguée dans les oubliettes de l'histoire si le tome VIII du Monde primitif n'avait traité, entre autres, du tarot. En moins de cinquante pages, le savant pasteur devait s'assurer une pérennité à laquelle les développements modernes du tarot occultiste donnent tout leur poids.

Frappé par les images d'un jeu qui lui était familier (« J'ai eu l'occasion de le voir étant fort jeune... »), mais auquel il n'avait pas prêté d'attention particulière jusqu'ici, Antoine Court décréta, en 1781, qu'il s'agissait là des images d'un « livre égyptien », dont chaque « feuillet » méritait d'être commenté. C'est, à vrai dire, à un certain « M. le C. de M.*** » (Monsieur le comte de Mellet), à qui Court de Gébelin laisse la plume, que l'on doit les premières considérations sur l'usage divinatoire de ce que celui-ci appel [...]

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  • : licencié ès lettres, ingénieur du Conservatoire national des arts et métiers, historien du jeu

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Pour citer l’article

Thierry DEPAULIS, « COURT DE GÉBELIN ANTOINE - (1725-1784) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/antoine-court-de-gebelin/