DERAIN ANDRÉ (1880-1954)

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Unité profonde de l'œuvre

Au cours d'une telle carrière, longue et féconde, la démarche de Derain est toujours restée très volontaire, très lucide ; on ne trouve rien de dionysiaque chez lui, aucun abandon à une inspiration spontanée, sauf peut-être à l'époque fauve. C'est vraisemblablement ce qui fait son unité et sa limite. Derain est conscient, particulièrement au début du siècle, à un moment où tout est remis en question, que le problème de tout artiste est celui de la stylisation, de la représentation du monde extérieur. Ce qu'il veut, c'est chercher de nouvelles formes de transposition en se renseignant sur les styles déjà trouvés par autrui. De là, très tôt, l'attention portée à Gauguin, dont les préoccupations furent voisines des siennes, l'intérêt donné à la gravure populaire, à l'art byzantin ou à l'art nègre, que Derain fut un des premiers à interroger. De là, son rôle dans l'invention du cubisme, où il accompagne pendant un temps Picasso et Braque, si même il ne les précède pas. De là aussi son avidité à étudier tout ce que l'art du passé peut lui offrir comme solution à ses problèmes plastiques. De là, enfin, son intérêt pour les domaines de l'art où l'on stylise le plus : la caricature, les jeux de cartes, les figures héraldiques, qu'il transpose à son tour. On a voulu voir de sa part, dans cette interrogation perpétuelle du passé, une sorte d'aveu d'impuissance. Ce n'est pas sûr. Il l'a pratiquée plus souvent que d'autres et a davantage diversifié son enquête, c'est tout. Comme toute forte personnalité, Derain incorpore son modèle à son propre style. Ce qui le distingue d'autres peintres, c'est qu'il se sent peut-être plus à l'aise en transposant un Signorelli ou une image d'Épinal qu'un modèle vivant. Dans son atelier, la vue de la fenêtre, la femme qui pose, la reproduction épinglée au mur sont modèles de même nature. Plus peut-être qu'aucun autre artiste du xxe siècle, Derain a pris conscience que notre civilisation est « historicisante » et que tout l'art du passé s'est imposé à notre univers visuel.


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Écrit par :

  • : conservateur du musée de l'Orangerie, chargé du palais de Tōkyō

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  • Écrit par 
  • Michel HOOG
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Dans le chapitre « Historique »  : […] Quand les fauves se manifestèrent comme tels en 1905, ce fut pour la critique, et surtout pour le public, une découverte ; en fait, la plupart d'entre eux travaillaient depuis quelques années déjà dans un esprit révolutionnaire et exposaient ici et là, notamment à la galerie Berthe Weil. C'est autour de Matisse, que son âge et son autorité intellectuelle prédisposaient à jouer ce rôle, que s'est c […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel HOOG, « DERAIN ANDRÉ - (1880-1954) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-derain/