DELVAUX ANDRÉ (1926-2002)

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Né à Héverlé, en Belgique, André Delvaux étudie la musique au Conservatoire parallèlement à la philologie et au droit. Puis il devient professeur de langues avant de se passionner pour le septième art. Au milieu des années 1950, il enseigne la mise en scène et dirige des émissions de télévision sur le cinéma. À partir de la décennie suivante, il va se partager entre l'enseignement cinématographique à l'université de Bruxelles, son travail à la télévision (sur Jean Rouch, Fellini, le cinéma polonais...) et la réalisation de longs-métrages. Côtoyant le fantastique, son cinéma mêle réel, rêve, souvenir et imaginaire dans un même « réalisme magique », selon ses termes. Pour traquer les mystères de l'esprit, il aura volontiers recours à l'adaptation d'œuvres littéraires : Johan Daisne pour L'Homme au crâne rasé et Un soir un train ; Julien Gracq pour Rendez-vous à Bray ; Suzanne Lilar pour Benvenuta ; enfin Marguerite Yourcenar pour L'Œuvre au noir. Mais sa thématique et son style sont si cohérents que Mathieu, protagoniste de Belle (1973) – un scénario original – développe les mêmes obsessions, qui amènent comme une bouffée d'air dans l'atmosphère étouffante qui emprisonne des vies étriquées. Seul Femme entre chiens et loups (1979, avec Marie-Christine Barrault) rompt avec ces aventures où l'imaginaire devient vite plus vivant que le réel, en brossant le portrait de Liève et l'histoire de sa lente prise de conscience. Épouse au foyer d'un fasciste ordinaire, séduite par un résistant vite décevant, elle apprendra peu à peu, par la force des sentiments, à se libérer des conflits politiques qui hantent la Belgique flamande, de 1940 à 1952.

À la fin des années 1960, le premier long-métrage d'André Delvaux, L'Homme au crâne rasé (1966), le place un temps en position de chef de file d'un éphémère mouvement du jeune cinéma belge (Luc de Heusch, Lucien Deroisy, Émile Degelin, François Weyergans, Harry Kümel...). L'Homme au crâne rasé évoque la dérive vers la folie d'un homme de loi, Govert Miereveld. Mais le film raconte-t-il le moment où tout bascule dans la vie de celui-ci, ou est-ce plutôt le récit qui brouille à plaisir les pistes, en affichant une chronologie plausible qui ne traduit en fait que la logique propre à la démence ? Un soir un train (1968, avec Anouk Aimée et Yves Montand) accuse encore le passage du réalisme méticuleux avec lequel est dépeint le froid professeur Mathias à l'absurdité inquiétante qui règne dans l'auberge des morts, vestibule de quelque Cité de l'indicible peur proche de celle de Jean Ray.

Dans Rendez-vous à Bray (1971, avec Anna Karina et Mathieu Carrière), Delvaux ose filmer les instants de bonheur passé qui n'étaient pourtant qu'évoqués allusivement par Julien Gracq dans sa nouvelle, Le Roi Cophetua. Nous sommes en 1917. Julien, jeune pianiste, est une belle âme fidèle à ses sentiments d'avant-guerre qui hantent le domaine de la Fougeraie. Là, il se laisse envoûter par une mémoire affective qui fait revivre ses amis Jacques et Odile, sans pour autant se masquer l'intensité de l'attirance qui le porte au même moment vers la jeune servante avec laquelle il passera la nuit. Plus tumultueux, le passé de Benvenuta (1983, avec Fanny Ardant et Vittorio Gassman) hante avec violence la recherche d'absolu de la romancière qui écrit en Flandre bien des années après, tout en nouant d'étranges relations avec un jeune scénariste plein d'insistance. Delvaux traite cette histoire en peintre des contrastes (érotisme-religiosité, nord-sud) et des complémentarités (musique-littérature). Un peu comme il approfondit dans son documentaire sur Dirk Bouts (1975) les spécificités des recherches plastiques de ce peintre de la fin du xve siècle, en jouant d'un audacieux parallèle avec son propre travail de téléaste.

Dans la somptueuse beauté d'une Bruges hivernale, L'Œuvre au noir (1988, avec Gian Maria Volonté) montre enfin l'Inquisition en train de laminer la liberté de la connaissance, d'abord favorisée par la Renaissance. C'est alors que Zénon, médecin et alchimiste, choisit d'affirmer sa dignité de savant, conscient que ce dernier combat le conduira à une mort annoncée. Film testamentaire, esthétiquement construit autour du motif du feu qui éclaire et dévore à la fois, L'Œuvre au noir marque l'aboutissement d'une méditation menée par André Delvaux sur le sens profond de l'existence.

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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ROMAN - Roman et cinéma

  • Écrit par 
  • Jean-Louis LEUTRAT
  •  • 6 193 mots
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Dans le chapitre « André Delvaux adapte Julien Gracq »  : […] Le cinéaste André Delvaux a pu dire : « Adapter ne veut rien dire. On part de la matérialité d'une œuvre existante pour aboutir à un autre langage. » Certains vont jusqu'à poser une différence irréductible entre les moyens d'expression, Josef von Sternberg, par exemple : « Il n'y a aucun rapport entre la qualité d'un film et celle d'un roman. » Le parallèle peut être redoutable et servir à affirme […] Lire la suite

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « DELVAUX ANDRÉ - (1926-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-delvaux/