WEYERGANS FRANÇOIS (1941-2019)

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François Weyergans est né le 2 août 1941 à Etterbeek en Belgique, d’une mère française et d’un père belge, l’écrivain catholique Franz Weyergans. Après des études à l’institut Saint Boniface-Parnasse, il rejoint à Paris l'équipe des Cahiers du cinéma, dans sa vingtième année. En 1962, il réalise un documentaire consacré au chorégraphe Maurice Béjart, puis un court-métrage sur le peintre flamand Jérôme Bosch et un premier long-métrage de fiction, Aline (1965), d'après le roman de Ramuz. Suit un téléfilm néerlandais sur Baudelaire. En 1968, le cinéaste commence un roman, Salomé, qui ne sera publié qu'en 2005. À partir de 1972, quatre longs-métrages lui permettent de s'affirmer comme réalisateur : Un film sur quelqu'un à propos du compositeur Pierre Henry, puis Je t'aime, tu danses, enfin Maladie mortelle (1977) et Couleur chair (1978) avec Laurent Terzieff.

Peu à peu, François Weyergans va se détourner du cinéma pour ne se consacrer qu'à la littérature. Dès 1973, il a publié un premier roman, Le Pitre, inspiré par la cure qu'il a suivie avec le psychanalyste Jacques Lacan. Il obtient de nombreux prix pour Macaire le Copte (1981), Le Radeau de la méduse (1983), La Démence du boxeur (1992, prix Renaudot) et Trois Jours chez ma mère (2005, prix Goncourt). Ce dernier livre est le deuxième volet – l'auteur s'y invente un double, François Weyergraf – d'une trilogie commencée avec Franz et François (1997) – le récit de sa relation tourmentée avec son père – et achevée avec une histoire d'amour, Royal Romance (2012).

François Weyergans

Photographie : François Weyergans

Du Pitre (1973) à Trois Jours chez ma mère (2005), en passant par Franz et François (1997), François Weyergans a su puiser dans l'autobiographie le meilleur d'une œuvre tout aussi drolatique qu'érudite. 

Crédits : Louis Monnier/ Gamma-Rapho/ Getty Images

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La difficulté d'écrire et d'honorer les contrats avec les éditeurs, le temps qui file entre les doigts, la relation privilégiée avec la mère, les aventures féminines – il imagine écrire un ouvrage au titre éloquent, Coucheries –, le sentiment de solitude, la passion de la digression, autant de thèmes autour desquels il articule l'œuvre de l'écrivain. Ainsi, en une mise en abyme dont il est coutumier, Weyergraf, le narrateur de Trois Jours chez ma mère, annonce que le récit plus ou moins autobiographique qu'il s'apprête à écrire depuis cinq ans aura pour narrateur François Weyerstein, écrivain... À ce jeu de miroirs s'ajoute un narrateur, au troisième degré : François Graffenberg « racontera les aventures et mésaventures de ce Weyerstein qui, très désemparé le jour de ses cinquante ans, annule tous ses rendez-vous et décide d'aller passer quelques jours chez sa mère pour souffler un peu et faire le point ». Quant au narrateur initial, c'est un mélancolique, imaginant sa mère en boa constrictor angélique. Ayant projeté d'écrire un roman sur les volcans, il se demande encore si le volcan de sa vie n'est pas sa mère, dont il n'a jamais pardonné l'abandon quand elle envoya le garçonnet à l'école pour la première fois. L'écriture et la mère finissent par se confondre : « Je me disais qu'on n'écrit que pour sa mère, que l'écriture et la mère ont partie liée, qu'un écrivain dédie ses pages non pas à celle qui a vieilli quand il est lui-même en âge d'écrire et de publier, mais à la jeune femme qui l'a mis au monde, à celle dont on l'a séparé le jour de sa naissance. »

L'enfance est un autre thème récurrent des romans de François Weyergans. Melchior Marmont, le héros âgé de La Démence du boxeur, est un fou de cinéma. Président de la société anonyme Melchior Films, il a la particularité de préparer longtemps un film sans jamais le tourner, un joli tour joué à la volonté. À quatre-vingt-deux ans, il devient le propriétaire de la maison où il a été un enfant et où il a vécu les mois ensoleillés du printemps de la vie. Cette maison du Bourbonnais, avec ses paysages – leur lumière et leur étendue –, contraste avec la vie menée depuis qu'il a dû s'en éloigner. Sans prise sur le temps, il fait tout pour que l'espace ne lui échappe pas. À l'intérieur de la maison, s'accumulent non seulement les souvenirs mais aussi toutes les boîtes de films, les deux cents marionnettes de Java..., autant de vraies présences, toutes dépositaires des moments les plus précieux de la vie du vieil homme. Si François Weyergans a finalement privilégié la littérature, le cinéma n'est jamais loin, au détour d'une remarque sur la lumière, par exemple à propos d'un film réussi. La lumière emplissait déjà le roman Macaire le Copte, du nom de l'anachorète des déserts d'Égypte, tout à tour esclave, boulanger et magicien parti à la rencontre des démons pour qu'ils le conduisent vers Dieu : « Dieu est la lumière, et la lumière n'a pas besoin d'être éclairée... » Ma [...]

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Véronique HOTTE, « WEYERGANS FRANÇOIS - (1941-2019) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-weyergans/