ANDRAULT MICHEL (1922-2020) et PARAT PIERRE (1928-2019)

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En 1957, deux jeunes architectes remportent le concours international de la Basilique de Syracuse avec un projet dont l'audacieuse corolle inversée en voile de béton était présentée comme la métaphore de l'élévation de l'humanité vers Dieu. Diplômés de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1955, Michel Andrault (né le 17 décembre 1926 à Montrouge et décédé le 5 avril 2020 à Paris) et Pierre Parat (né le 16 avril 1928 à Versailles et décédé le 8 octobre 2019 à Paris) venaient de faire une entrée remarquée dans le monde de l'architecture, laissant prévoir une carrière dont la longévité n'aurait d'égale que sa fécondité.

Ce premier projet contenait les germes des principales problématiques que les architectes allaient exploiter au cours des décennies à venir : interprétation personnelle et originale de la commande, maîtrise des techniques issues de l'industrialisation, harmonie dans les arrangements spatiaux volumétriques, utilisation sensible et assumée du béton, affirmation d'un parti esthétique fort. Située dans la filiation de maîtres comme Auguste Perret, l'agence ANPAR ainsi créée va développer cette approche riche et inédite, notamment dans le cadre d'opérations de logements collectifs.

Qu'ils soient « sociaux », « économiques » ou « HLM », les nombreux logements dont Andrault et Parat reçoivent commande à partir de la fin des années 1950 doivent tous répondre au même impératif : de très grandes capacités d'accueil (1 300 logements à Saint-Ouen-l'Aumône, 1972, et 2 000 à Évry, 1972-1981) réalisés à des coûts réduits au minimum. À ces contraintes quantitatives, l'agence ajoute un engagement qualitatif : en tentant une approche inédite du phénomène du « logement de masse » – appellation qu'ils jugent péjorative – ils convainquent leurs maîtres d'ouvrages de les laisser expérimenter de nouvelles distributions spatiales et des partis esthétiques affirmés. C'est de cette fervente conviction que naîtra l'une des notions qui feront la célébrité de l'agence, celle de l'immeuble « gradin-jardin », illustrée notamment par les ensembles dits « pyramides » à Épernay (1969), Villepinte (1970) et Évry (1972-1981). La conception qui préluda à ces logements « intermédiaires » – expression qu'Andrault et Parat substituèrent à celle de logement social, en ajoutant les notions de services de proximité et de qualité de vie – fut celle de cubes superposés disposés en gradin, afin que les toits plats des uns deviennent les terrasses des autres. Cette idée est à mettre en perspective avec les recherches fonctionnalistes sur l'habitat standardisé et l'hygiénisme des toits terrasses (Le Corbusier, Unité d'habitation de Marseille, 1954), et avec les expérimentations menées par Moshe Safdie au Canada (Habitat'67, Montréal, 1967). Outre les qualités plastiques que ces assemblages permettaient, évitant la monotonie des tours et des barres, l'intérêt de tels ensembles fut de proposer une meilleure qualité de vie aux occupants de ces grands ensembles en offrant à chacun une terrasse privative ouvrant sur un environnement à la fois urbain et paysagé.

Parallèlement à ces expériences menées dans le cadre d'opérations de grande envergure, Andrault et Parat développèrent, au fil de commandes variées, un langage propre, mêlant un certain lyrisme sculptural à une discrétion fonctionnelle qui leur permit de livrer des édifices originaux, aux formes puissantes, sans jamais tomber dans la gratuité du geste (faculté de Tolbiac, Paris, 1973). Alliant une importante structure porteuse à des plateaux libres et à l'affirmation en façade des circulations et des fonctions intérieures, la tour Totem (Paris, 1978) montre l'aptitude des deux architectes à combiner monumentalité et souci des usagers.

La réalisation en 1983 du palais Omnisport de Bercy – sur une structure conçue par Jean Prouvé – dont la modularité intérieure rivalisait d'originalité avec les parois extérieures en pentes gazonnées, consacra l'agence au niveau national. Cette reconnaissance fut confirmée par l'obtention du grand prix national d'architecture en 1985 et la commande de plusieurs tours destinées à devenir des signaux dans la skyline de la Défense (tours Séquoia, 1990, Chassagne et Alicante, 1996).

Rassemblant jusqu'à 150 collaborateurs selon les chantiers, l'ag [...]

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  • : docteure en histoire de l'art

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ENVIRONNEMENT, art

  • Écrit par 
  • François LOYER
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Pour citer l’article

Eve ROY, « ANDRAULT MICHEL (1922-2020) - et PARAT PIERRE (1928-2019) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andrault-parat/