NETO AGOSTINHO (1922-1979)

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Premier président de l'Angola indépendant, Agostinho Neto est né dans le petit village de Chachicane, à environ 60 kilomètres de Luanda. Son père, pasteur méthodiste, appartenait déjà au groupe restreint des « assimilés ». À une époque où les élèves africains étaient très peu nombreux, Agostinho Neto a pu passer son baccalauréat au lycée de Luanda. Il travaille pendant quelques années comme infirmier dans les hôpitaux de Luanda, puis une bourse des missions protestantes lui permet de s'inscrire à la faculté de médecine de Lisbonne en 1947.

Mais déjà, depuis 1944, Neto est un des poètes les plus en vue d'Angola, où les jeunes intellectuels, qui ne disposent pas de structures politiques ni culturelles, essayent d'élaborer un programme spécifiquement angolais et de faire entendre la voix authentiquement angolaise.

Ils y parviennent en lançant dès 1948 le programme Redécouvrir l'Angola, c'est-à-dire renouer avec les conditions particulières de l'Angola en refusant toutes les pesanteurs du colonialisme portugais. Ce combat, Neto le poursuit au Portugal en adhérant au Parti communiste portugais, qui sera clandestin jusqu'en 1974, en appartenant ensuite, en tant que représentant des jeunesses colonisées, au comité central du M.U.D.-Juvenil (Mouvement d'unité démocratique-Jeunesse), mouvement sinon légal, tout au moins toléré par la dictature. Il appartient aussi et surtout au groupe des jeunes intellectuels africains d'expression portugaise qui se réunissent dans les cafés de la place du Chili à Lisbonne et dans la maison de la famille Espirito Santo, rue de l'Acteur Vale. Ces intellectuels – on y trouve, outre Neto, Amilcar Cabral, Eduardo Mondlane, Mario (Pinto) de Andrade, Marcelino dos Santos – donnent un vocabulaire politique radical à la protestation culturelle, préparant ainsi les actions militaires futures. Cette activité politique l'ayant mis trop en évidence, Agostinho Neto est incarcéré une première fois en 1951 pendant trois mois ; à nouveau arrêté en février 1955, il ne sera libéré qu'en juin 1957. Une fois ses études de médecine terminées, Neto – qui entre-temps dirige la Casa dos estudantes do Império (Maison des étudiants de l'Empire) – rentre en Angola pour s'intégrer au Mouvement populaire de libération de l'Angola (M.P.L.A.) dont il a été un des fondateurs en 1956. Une fois de plus sa double activité de médecin et de militant le met aux prises avec la police politique : arrêté en juin 1960, il est envoyé au Cap-Vert, où le gouvernement portugais l'assigne à résidence. Rentré au Portugal, il parvient à en fuir en juillet 1962, pour reprendre le combat en Angola, où la guérilla a débuté entre le 4 février et le 15 mars 1961.

En accédant à la présidence, Agostinho Neto se trouve face à un appareil du M.P.L.A.

fort ébranlé ; il succède à Mário (Pinto) de Andrade ; celui-ci a remplacé Viriato da Cruz qui se trouvait à la tête du mouvement depuis sa fondation. Dès 1962, Agostinho Neto élimine Viriato da Cruz, accusé, parmi d'autres, d'avoir déclenché la lutte armée de façon prématurée. Mais surtout, Neto se trouve à la tête d'un parti discrédité, qu'il faut réinventer. Tâche difficile : sous la pression de Holden Roberto qui dirige alors l'Union des populations angolaises (U.P.A.), qui deviendra par la suite le Front national de libération de l'Angola (F.N.L.A.), le gouvernement du Congo-Kinshasa décide d'interdire au M.P.L.A. les deux mille kilomètres de frontière commune avec l'Angola. Ce n'est qu'en 1963 que le M.P.L.A. peut enfin se réorganiser : la chute de l'abbé Fulbert Youlou au Congo-Brazzaville lui permet d'installer des arrières logistiques, instaurant une guérilla symbolique, mais politiquement importante, dans les régions forestières de l'enclave de Cabinda. Si le M.P.L.A. ne peut pas atteindre les structures vitales de la colonisation portugaise, il peut néanmoins souligner sa volonté de se battre ainsi que montrer la réalité de ses infrastructures.

Neto fait alors pour la première fois appel aux Cubains, non seulement pour entraîner des combattants à Cuba, mais aussi pour les conseiller dans les opérations de guérilla. Il noue ainsi des liens très importants avec les Cubains [...]

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  • Philippe GERVAIS-LAMBONY, 
  • Didier PÉCLARD
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Dans le chapitre « Une guerre civile internationalisée »  : […] La guerre d'indépendance se transforme donc rapidement en une guerre civile internationalisée, tributaire d'une logique de guerre froide, mais surtout nourrie par les profondes divisions sociales et historiques entre les trois mouvements nationalistes. Rapidement abandonné par ses alliés zaïrois, le F.N.L.A. disparaît pratiquement de la scène politico-militaire angolaise. La guerre se réduit à un […] Lire la suite

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Alfredo MARGARIDO, « NETO AGOSTINHO - (1922-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/agostinho-neto/