MENDERES ADNAN (1899-1961)

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Co-fondateur du Parti démocrate turc (P.D.), qu'il mène à la victoire aux élections de 1950 contre le Parti républicain du peuple (P.R.P.), Adnan Menderes est Premier ministre de 1950 à 1960. Sa carrière politique se termine par l'arrivée au pouvoir d'une junte militaire, qui le condamne à mort le 17 septembre 1961. Dès l'après-guerre, il se veut défenseur du monde libre autour de la Méditerranée, la Turquie devant être un bastion contre le communisme. Aussi en fera-t-il l'alliée des États-Unis, en échange d'une aide économique et militaire.

Né près d'Izmir en 1899, Menderes fait ses études au collège américain de cette ville, puis il étudie le droit à l'Université d'Istanbul. Diplômé, il revient vivre auprès de sa famille, des paysans aisés, et s'efforce d'introduire des méthodes modernes dans l'agriculture. Dès 1923, il travaille dans une organisation politique et se fait remarquer par Kemal Atatürk. Élu député du parti unique, le P.R.P., en 1930, il rejoint en 1946 Djelal Bayar pour fonder le P.D. composé à ses débuts de dissidents du P.R.P. Ces « démocrates » sont farouchement nationalistes et anticommunistes. Promettant le progrès social et économique, ils n'hésitent pas à se dire partisans d'un retour aux valeurs traditionnelles pour obtenir l'appui des masses paysannes, remettant en question la laïcité de l'État turc. Après les élections de 1946, Menderes et Bayar ouvrent leur parti aussi bien aux kémalistes réformistes qu'aux libéraux ou encore à des hommes d'extrême droite. Ils mettent à profit la sclérose de la vie politique, engendrée par la dictature du P.R.P. et d'Ismet Inonu, pour tenter d'insuffler un vent nouveau à la vie politique. En réalité, le P.D. se contente de reprendre les thèmes et projets des kémalistes. Plus démagogue toutefois, il remporte 408 sièges aux élections de 1950, n'en laissant que 69 au P.R.P. Bayar devient président de la République, Menderes forme le nouveau cabinet.

Bénéficiant du soutien de toutes les couches de la population, les débuts du régime sont prometteurs. Le droit de grève est promis aux ouvriers ; les milieux intellectuels obtiennent la liberté de la presse ; les milieux d'affaires accueillent avec satisfaction le retour d'entreprises nationales au secteur privé. Convaincu que seule la libre entreprise peut assurer l'expansion économique, Menderes ouvre le pays aux capitaux étrangers, tandis qu'il fait distribuer plus d'un million d'hectares de terres arables aux paysans anatoliens et crée une banque de crédit agricole. Aux élections partielles de 1951, son parti remporte dix-huit sièges sur vingt et un. Partenaire déclaré du monde libre, Menderes envoie des troupes en Corée pour y défendre l'idéal de la nation turque qui devient membre de l'O.T.A.N. en 1951. Favorable à un rapprochement avec la Grèce, il prépare en 1952 un pacte d'amitié des Balkans qui sera signé en 1954, et auquel se joint la Yougoslavie, cependant qu'il affecte les trois quarts de l'aide financière étrangère à la défense nationale. Devenu le chef incontesté du parti démocrate, Menderes tempère à partir de 1952 le libéralisme de sa politique. Redoutant qu'en conséquence d'une trop grande liberté de la presse et de l'information sa gestion du pays soit remise en cause, il prépare une loi qui protégera en outre ses ministres contre la critique outrageante. En 1953, les partis extrémistes de gauche comme de droite sont frappés d'interdiction tandis que s'ouvre le procès des dirigeants du parti communiste (illégal depuis 1937) et d'intellectuels dont le poète Nazim Hikmet. Ces mesures autoritaires n'empêchent pas le P.D. de remporter les élections de 1954, ne laissant que trente-huit sièges à l'opposition. Sa politique extérieure, axée sur une collaboration très étroite avec les États-Unis, conduit la Turquie à être un véritable arsenal confié à plusieurs milliers d'officiers et d'experts américains. En 1955, Menderes signe le pacte de Bagdad avec l'Irak. L'inflation menaçante, l'alourdissement croissant de la dette extérieure ravivent les critiques des partis d'opposition, ce qui conduit Menderes à faire voter en 1956 une loi soumettant à une autorisation préalable les meetings tenus en temps normal par les partis politiques. Aux élections de 1957, tandis que les populistes du P.R.P. amorcent une remontée, Menderes est accusé de fraude électora [...]

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Pour citer l’article

Jean-Charles BLANC, « MENDERES ADNAN - (1899-1961) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/adnan-menderes/