BIKILA ABEBE (1932-1973)

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Vainqueur du marathon aux jeux Olympiques en 1960 à Rome puis en 1964 à T̄okȳo, l'Éthiopien Abebe Bikila demeure le symbole de l'émergence de l'Afrique sur la scène athlétique.

Abebe Bikila est né le 7 août 1932 dans une famille pauvre de paysans. Il s'engage dans la Garde impériale du négus Hailé Sélassié pour échapper à sa misérable condition. Habitué à courir de longues distances seul en altitude, pieds nus, il participe à des compétitions militaires d'athlétisme, ce qui lui permet d'être remarqué par Onni Niskanen, un Suédois chargé de l'éducation physique en Éthiopie, qui pense que ce coureur longiligne (1,76 m, 60 kg) pourrait devenir un marathonien de grande valeur. Niskanen astreint son nouvel élève à de rudes séances de préparation, lesquelles portent leurs fruits : Bikila gagne le marathon de sélection éthiopien pour les Jeux de Rome, sur un parcours très difficile, en 2 h 21 min 33 s, un excellent temps. Néanmoins, Bikila est totalement inconnu lorsqu'il se présente aux Jeux de Rome, et aucun commentateur sportif n'évoque son nom quand il s'agit de désigner les favoris du marathon olympique : on songe au Britannique Arthur Keily, à l'Argentin Osvaldo Suarez, aux Soviétiques Sergueï Popov et Konstantin Vorobiev, au Marocain Rhadi ben Abdesselam. Le 10 septembre 1960, jour du marathon olympique, Bikila, qui court comme il en a l'habitude pieds nus, part prudemment ; mais, après 5 kilomètres, il se détache en compagnie d'Arthur Keily, du Belge Aurèle Vandendriessche et de Rhadi ben Abdesselam. Au dix-huitième kilomètre, Rhadi force l'allure ; seul Bikila peut le suivre. Les deux hommes mènent bon train et se marquent jusqu'à 5 kilomètres du but. Bikila, profitant d'une légère montée, décroche Rhadi ; il accélère encore l'allure et franchit en tête la ligne d'arrivée, située sous l'Arc de Constantin, à l'endroit même où vingt-cinq ans plus tôt Mussolini avait lancé par un long discours ses troupes à la conquête de l'Éthiopie : il l'emporte en 2 h 15 min 16,2 s – battant le record olympique établi par Emil Zatopek à Helsinki en 1952 de près de 8 minutes –, devant Rhadi ben Abdesselam (2 h 15 min 41,6 s).

De retour dans son pays, le petit caporal, premier Éthiopien et premier Africain noir couronné champion olympique, est fêté en héros national. Il sera bientôt promu sergent. Mais la fête est éphémère : à la suite d'une tentative de coup d'État fomentée par la Garde impériale en décembre 1960, il est emprisonné, comme de nombreux militaires. Il faut que le négus intervienne lui-même pour que Bikila soit libéré.

Bikila se fixe un nouvel objectif sportif : devenir le premier homme à remporter deux fois le marathon olympique. Il s'entraîne sans relâche, court plusieurs dizaines de kilomètres chaque jour, sans jamais paraître affecté par la fatigue... Sur ordre du négus, le sergent Bikila est provisoirement libéré de toutes ses obligations militaires, afin qu'il puisse préparer au mieux le marathon des Jeux de T̄okȳo ; en outre, il ne court plus pieds nus, car une célèbre marque d'articles de sport le rémunère discrètement pour qu'il chausse des pointes portant son logo. Mais, cinq semaines avant le début des Jeux, il doit être opéré de l'appendicite ; pour les dirigeants de l'athlétisme éthiopien, il semble impossible que Bikila, dans ces conditions, puisse participer à l'épreuve, et ils sélectionnent Mamo Wolde pour le remplacer. Mais, au dernier moment, Bikila les persuade qu'il a retrouvé sa meilleure forme et qu'il est apte à défendre ses chances.

Le 21 octobre 1964, Bikila devient le premier homme vainqueur deux fois consécutivement du marathon olympique, à l'issue d'une course qu'il maîtrise de bout en bout : il ne tente pas de suivre l'Australien Ron Clarke, parti trop vite, dans les premiers kilomètres, rejoint le peloton de tête au dixième kilomètre, et s'échappe seul à la mi-course. Il s'impose dans le temps record de 2 h 12 min 11,2 s, à la moyenne de 19,150 km/h : il laisse le premier de ses adversaires à plus de 4 minutes et se permet, une fois la ligne d'arrivée franchie d'une foulée légère, d'effectuer des exercices de culture physique sous les yeux de milliers de spectateurs japonais médusés !

Promu lieutenant dans la Garde impériale, Bikila participe une troisième fois au marathon olympique, en 1968 à Mexico. Mais, à trente-six ans, il a perdu de sa superbe ; de plus, [...]

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « BIKILA ABEBE - (1932-1973) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/abebe-bikila/