Le parcours poétique d'Yves Bonnefoy peut se situer sous le signe de l'injonction rimbaldienne des Illuminations : « trouver le lieu et la formule ». Mais si la hâte est constitutive de la quête rimbaldienne, la maturation progressive est le propre de l'œuvre de Bonnefoy, organisée autour d'un centre générateur bifocal – le « simple » et le « sens ». L'œuvre de Bonnefoy naît d'une double urgence : celle d'identifier la poésie et le « sens » ; celle de contester toute parole pour laquelle cette identification ne serait pas problématique. La coïncidence conflictuelle de ces deux urgences fonde la poésie de Bonnefoy. L'acte de foi (la possibilité du « sens ») et le parti pris du doute (la mise à l'épreuve du « sens ») coexistent sous une haute tension qui est le signe distinctif de ce poète. Si Yves Bonnefoy peut aujourd'hui ouvrir la question du « sens », c'est qu'il la « formule » autrement, à travers une autre question, pour lui vitale : celle du « simple ». L'« espoir », clé de voûte de l'œuvre, se fonde alors sur le risque d'un apprentissage réciproque du « sens » par le « simple ».
1. Éléments pour un itinéraire spirituel
« Le lieu et la formule », Bonnefoy les cherche, dès l'enfance, dans le creuset de l'opposition entre la tristesse de sa ville natale (Tours) et la plénitude de la terre des grands-parents maternels (Toirac, lieu des « pierres »). Aussi un manichéisme géographique fonde-t-il d'emblée cette topologie poétique, oscillant dès l'origine entre l'« exil » et le « vrai lieu ». Le départ pour Paris, en 1943, est indissociable d'une relance de la quête, revivifiée au contact du surréalisme. Il s'agit alors de lutter contre le concept, de valoriser par le pouvoir du surréel la densité matérielle, primitive des choses. Si Yves Bonnefoy rompt avec le surréalisme en 1947, c'est que ce mouvement ne parvient plus à le mettre sur la voie recherchée : il est selon lui trop entaché de « gnose », au détriment de la simplicité du réel. Le poète demeurera cependant attaché, de […]
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